Athènes, le 30 juin 2011
(Texte traduit de l’anglais)
S. LAMBRINIDIS : Je vous remercie monsieur le Président, je vous remercie monsieur le ministre des Affaires étrangères pour cet accueil cordial et, notamment pour votre Présidence dans le cadre du Processus de la Coopération en Europe du Sud-est. Vous vous êtes fixés l’objectif de mettre l’accent sur les efforts en faveur de la perspective européenne de notre région et vous avez réussi à travers cette approche à axer de nouveau nos efforts sur une série de questions qui devront être discutées, une discussion qui à ce jour n’a toujours pas été engagée. Permettez-moi aussi de féliciter le Président de la Serbie qui exercera désormais la présidence et de souhaiter à vous tous tout le succès dans le travail important que nous devrons accomplir.
Chers amis, l’Europe traverse aujourd’hui une crise, non pas au niveau des politiques mais plutôt au niveau des valeurs. Certaines valeurs fondamentales de l’Union européenne ont été remises en cause ces dernières années. Parmi ces valeurs figure la responsabilité : la responsabilité de certains pays vis-à-vis de leurs partenaires au sein de l’UE et des engagements qu’ils sont assumés dans le cadre des traités. Et une valeur qui est actuellement contestée et coïncide avec la responsabilité est celle de la solidarité, une valeur fondamentale sur laquelle est axée la construction européenne.
Cette remise en cause parallèle des valeurs fondamentales a engendré, dans un contexte marqué par la crise économique, un danger avec lequel, nous, en Europe du Sud-est, sommes bien familiarisés de par le passé. Et ce danger rend les peuples apeurés par cet avenir de plus en plus incertain et volatile par rapport aux années précédentes. Cette peur a fait en sorte que les hommes se renferment dans leurs frontières et leurs pays. Et cette peur risque – ce phénomène est présent dans un grand nombre d’Etats européens – de provoquer des manifestations de nationalisme extrême, de méfiance mutuelle, même entre les peuples et les pays qui, du point de vue institutionnel et historique, entretiennent des relations amicales.
L’Europe est actuellement confrontée à ce danger. Je pense que l’Europe sortira de ce processus plus forte. Et, ce car l’Europe, se montre, à bien des égards, plus unie au cours de la dernière décennie. Et, l’exemple les plus connu est le plus important est celui de l’Union monétaire. Mais, aujourd’hui, nous nous trouvons justement au milieu de ce processus d’intégration économique qui précéderait l’Union monétaire. Nombreux ont été ceux qui ont soutenu que cette intégration économique était absolument nécessaire, mais cette dernière n’a jamais été réalisée. Cette entreprise requiert de plus en plus d’efforts laborieux de la part de l’économie la plus puissante, la plus grande et marquée de la plus grande diversité au niveau mondial, si l’on y inclut tous les membres actuels de l’Union européenne et j’espère – c’est à cette fin que nous nous employons – les pays de notre région qui deviendront bientôt des membres de l’UE.
L’Europe sortira de cette crise plus forte. Par conséquent, j’imagine que le message que nous devons retenir mais aussi transmettre aux spectateurs de notre réunion, est, comme je l’ai tout à l’heure souligné, que nous ne devons pas rester indifférents face à ces préoccupations. Mais, en aucun cas on ne peut soutenir que cela marque la fin car ce n’est que le début d’une Europe plus forte et c’est sur cela que nous devons axer tous nos efforts.
Actuellement, monsieur le Président, ces phénomènes de phobie, de nationalisme et d’introversion nationale lesquels, depuis des décennies étaient communément considérés comme étant des caractéristiques propres à notre région tout entière, se manifestent dans le contexte actuel où nous nous trouvons. Pourrions-nous guider les autres afin qu’ils puissent régler les problèmes auxquels nous étions nous-mêmes confrontés dans le passé ? Je pense que oui. Et je pense que ces dernières années la coopération régionale en Europe du Sud-est a été considérablement renforcée. Cette coopération est marquée par la responsabilité régionale, ce qui revêt une importance cruciale, ainsi que par l’ouverture à toutes les parties intéressées pour ce qui est de leur participation à l’ensemble du processus.
Nous avons également réalisé de grands progrès dans les domaines du développement social et économique, de la Justice et des Affaires intérieures, du développement du capital humain, de la coopération parlementaire mais – et il y a des indices révélateurs dans ce sens – nous avons encore à accomplir une œuvre considérable dans ces domaines aussi. Notre œuvre n’a pas encore été achevée. Et c’est justement ce défi que la Présidence de la Serbie sera appelée à relever.
Permettez-moi d’évoquer trois ou quatre points qui nécessitent un travail dur et systématique. Un travail qui assurera un parcours stable vers l’intégration européenne et euro-atlantique. Et cela est bien évident pour la Grèce. Actuellement, nous avons besoin d’un débat ouvert, démocratique, structuré et politique entre les parties intéressées. Cela constitue une condition à l’amélioration du climat politique et social dans la région et à l’adhésion aux structures européennes et atlantiques. Cela est nécessaire.
Deuxièmement, il est évident que nous avons besoin de relations de bon voisinage. Cela a été communément admis. Mais les relations de bon voisinage n’ont pas été encore consolidés entre tous les pays de la région et à tous les niveaux de l’activité de l’Etat. Conflits frontaliers, méfiance entre les nations, nationalisme galopant. Ces phénomènes se produisent sur nos frontières, vous le savez, vous le savez très bien. Les conflits prolongés entre des pays voisins doivent être résolus. Nous pouvons y arriver. Nous l’affirmons depuis très longtemps mais je pense que maintenant le moment est venu pour nous et pour l’Europe dans son ensemble de saisir l’occasion de jouer un rôle de premier plan tout en donnant l’exemple aux autres. Nous pouvons transmettre le flambeau de l’espoir au reste de l’Europe et je vous assure, moi personnellement et au nom de mon pays, que nous ne renoncerons pas à cette responsabilité et que nous saisirons cette opportunité.
Troisièmement, nous devons œuvrer de manière coordonnée et collective au niveau à la fois régional et national en vue de faire face aux effets négatifs de la crise économique. Sans aucun doute, l’énergie est une question d’importance majeure que nous dévons aborder, y compris les réseaux d’approvisionnement en énergie, ce qui revêt une importance fondamentale pour l’Europe et il est nécessaire de mettre en place des réseaux de transport pour l’interconnexion des pays.
Permettez-moi de vous donner un exemple qui provient de mon expérience personnelle : je suis venu au Monténégro en avion depuis la Roumanie. J’ai dû prendre un vol très tôt le matin à destination de l’Australie et par la suite attendre quelques heures avant de m’embarquer sur un vol de la compagnie aérienne Air Monténégro à destination du Monténégro. Il serait plus pratique d’avoir le choix entre plusieurs liaisons aériennes. Certes, cela serait coûteux mais c’est cette sorte de coopération dont nous avons besoin. Nous devons trouver les moyens de séparer ces lignes afin que chaque compagnie aérienne réalise des profits et afin que nous réalisions des profits tous ensemble, en tant que région.
Maintenant, dans ce contexte, chers amis, la Grèce est sur la bonne voie vers la reprise économique. En une seule année, en 2010, nous avons réussi à réduire notre déficit de 5%, notre déficit étant très élevé et notre dette aussi. Une économie très avancée et très dynamique s’est trouvée dans une situation très difficile et maintenant nous avons pris l’engagement de corriger les erreurs et de les corriger dans les plus brefs délais. Cela ne sera pas facile mais nous y arriverons, je vous assure. Les problèmes de l’Europe seront bientôt résolus, cela est aussi valable pour les problèmes de la Grèce aussi.
Le programme d'ajustement budgétaire que nous appliquons, qui bénéficie du soutien de l'UE, de la Banque centrale européenne et du FMI, a été enrichi de dispositions fondamentales comme les privatisations de grande envergure, la valorisation des biens publics et bien entendu la baisse des dépenses publiques. Le système bancaire grec, chers amis, est un système sain et stable et les grandes entreprises grecques qui se sont installées en Europe du sud-est conservent leur part de marché. Je pense que l’Union européenne, grâce à la reprise économique qui gagne très rapidement toute l’Europe, soutiendra davantage l’Europe du sud-est. Je vous assure que la Grèce se trouvera en première ligne de ces efforts.
Chers amis, en conclusion, j’aimerais me référer à la perspective européenne de notre région. Je souhaiterais vous transmettre mon expérience personnelle après le récent conseil Affaires étrangères qui s'est tenu à Luxembourg la semaine passée. Je tiens à vous assurer que les ministres des Affaires étrangères étaient très enthousiastes vis-à-vis de la Croatie. Qui s’y serait attendu, compte tenu de tout ce qui est dit au sujet de la fatigue européenne, comme vous l'avez dit, ce qui en réalité n’est pas le cas. L’enthousiasme était au rendez-vous car nous sommes arrivés à la fin de ce processus.
Il y avait également un grand espoir concernant la Serbie, après l’arrestation de Mladic. De nombreux ministres des Affaires étrangères, moi y compris, ont souligné que la Serbie avance de manière stable dans son cheminement vers l’intégration européenne et je pense que cela permettra de lever les obstacles et de donner de l’espoir pour la région tout entière.
J’estime que maintenant nous avons besoin d'une plus grande impulsion. Et je me réfère au fait que, comme vous vous en souvenez d'ailleurs, la Grèce a annoncé l'Agenda 2014, une initiative dans le cadre du processus de Coopération en Europe du sud-est. Nous avons promu cette initiative et continuons de la promouvoir très activement et dynamiquement au sein de l'UE.
L’UE a besoin d’encouragement et notre région a besoin d'encouragement dans le cadre de ce processus. Le Président de la Serbie a mentionné, à juste titre, que chaque pays suit sa propre voie et a ses propres responsabilités, mais les responsabilités et le processus de réformes sont connues, tout comme les critères et nous, dans cette région, tous les pays encore membres de l'UE doivent savoir que l'Union européenne soutient fermement l'adhésion et s'est engagée en faveur de leur adhésion, dès lors que les changements nécessaires sont réalisés.
Au même moment, l’UE elle-même doit se souvenir – ceci est en rapport avec ce que j’ai dit au début - de la grande valeur de la solidarité qui a revêtu une importance majeure lors de la création de l'UE et cela nous a aidés à devenir cet espace immense de paix, de stabilité et de prospérité, ce à quoi aucun pays – indépendamment de sa taille – ne serait parvenu par lui-même. Cela est très clair. Mais beaucoup l’oublient ces jours-ci.
Pouvons-nous par le biais de l’Agenda 2014 parvenir à l’impulsion dont nous avons besoin? Je vous assure qu'après 2003 et l'Agenda de Thessalonique, lorsque la Grèce assumera de nouveau la présidence de l'UE en 2014, nous allons promouvoir ce que nous appelons « Thessalonique II ». Notre objectif est de convoquer une conférence UE - Balkans occidentaux et d'adopter une déclaration politique qui fixera des objectifs précis, réalistes et ambitieux, pour le parachèvement du processus d’intégration des pays des Balkans occidentaux.
Je pense que nous pouvons réaliser notre objectif. Et certes, cela va de soi, très vite nous inaugurerons des débats et des consultations avec toutes les parties autour de cette table afin de garantir la réalisation de cet objectif de la meilleure manière possible.
Chers amis, pour que nous voisins et amis des Balkans occidentaux puissent devenir membres de plein droit de l’UE, tous les critères et modalités fixés par l’UE doivent être remplis. Leur rythme d’adhésion dépend des pays eux-mêmes.
Dans ce contexte, le processus de stabilisation et d’association demeure le principal vecteur de la perspective européenne des Balkans occidentaux et pour ce qui est de notre coopération, et je conclurais là-dessus, permettez-moi de dire ceci : d'aucuns ont dit que nous sommes une région avec une histoire et nous avons une longue histoire. Naturellement. Tout le monde le sait. Et aujourd’hui nous sommes confrontés à un défi de taille : devenir pionniers et conduire le reste de l'Europe vers le progrès afin de la libérer des phobies nationalistes, qu'elle ne se renferme pas dans ses frontières. Notre histoire peut être notre avenir. Elle ne doit pas être notre passé. Nous avons une chance unique d’écrire l’histoire. Il faudra arrêter d’essayer de réécrire l’histoire. Quel sens y a-t-il à vouloir réécrire l’histoire alors que nous pouvons écrire l’histoire? Je pense que nous pouvons, j’espère que nous le ferons. Je vous assure que la Grèce sera toujours un fervent et fiable défenseur de l’intégration européenne de l’Europe du sud-est. Nous serons toujours les uns aux côtés des autres. Merci.