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Athènes, le 1er février 2010


Mme A. PELONIS : Compte tenu des violations turques en mer Egée, pensez-vous que c’est le moment approprié pour lancer le dialogue gréco-turc ?

 

M. D. DROUTSAS : L’agressivité accrue de la Turquie nous contrarie et nous l’avons signalé à nos interlocuteurs turcs. Cependant, cela ne signifie pas que nous ne devons pas entamer nos efforts. Au contraire, nous devons accélérer nos propres actions. Nous ne pouvons suivre les développements passivement. Nous devons valoriser les opportunités actuelles et créer de nouvelles opportunités, entreprendre des initiatives. Nous devons nous-mêmes agir en sorte que la conjoncture devienne favorable. Nous avons des objectifs et une méthode pour les atteindre. Nous entamons un nouvel effort sans conjecturer le résultat de ces efforts. Nous sommes bien préparés, nous agissons avec précaution et nous savons quels sont les objectifs que nous voulons atteindre. Nous avons acquis l’expérience nécessaire par des efforts similaires consentis dans le passé. Des efforts qui ont apporté des résultats positifs. Nous servons les intérêts de notre pays, nous défendons ses droits et nous n’avons pas peur du dialogue qui doit être toutefois engagé dans un cadre défini par nous-mêmes. Et il n’est pas question de mettre sur la table les droits souverains de notre pays.

 

Mme A. PELONIS : Pourquoi la lettre de M. Papandréou n’avait-elle pas été publiée dans son intégralité. Est-ce que dans le texte figure le mot « plateau continental » ?

  

M. D. DROUTSAS : Il faut gérer avec sérieux et respect la correspondance du Premier ministre grec. Nous ne cherchons pas à impressionner à travers la politique étrangère que nous exerçons. Toutefois, la transparence en matière de politique étrangère est une question de principe pour moi. Nous avons pris l’engagement de fournir des informations concernant le contenu de la lettre du Premier ministre et nous l’avons fait. Je suis tout à fait disposé à fournir à tous les partis politiques de plus amples informations et à avoir avec eux un échange d’idées. Toutefois, je considère qu’il est inopportun d’accuser le gouvernement, le gouvernement grec quel qu’il soit, d’avoir agi à l’encontre des intérêts du pays qui plus est en secret. Nous devons renoncer à cette mentalité, cesser de gaspiller nos forces dans des batailles intérieures et tourner notre regard vers l’avenir. Pour ce qui est du mot « plateau continental », il est évident que celui-ci figure dans la lettre.

 

Mme A. PELONIS : Considérez-vous Ahmed Davutoglu comme la personne avec laquelle nous pourrons tourner la page pour ce qui est des questions gréco-turques ? Essaye-t-il de transmettre à son interlocuteur la perception « néo-ottomane ?

 

M. D. DROUTSAS : Ahmed Davutoglu est un homme dont la pensée est bien structurée, il a de l’imagination et des objectifs bien précis. Il sert les intérêts de son pays, tout comme chacun d’entre nous, de la meilleure façon. En définitive toutefois, l’amélioration des relations avec la Grèce est dans l’intérêt de la Turquie. Et cela fait partie des objectifs déclarés d’Ankara. Nous aurons des contacts continus et nous développerons une relation de coopération et non pas d’antagonisme, en dépit des stéréotypes connus. Nous pouvons aller au-delà de la logique du jeu à somme nulle dans les relations gréco-turques et marquer le début d’une nouvelle ère dans notre approche. Je pense que nous avons tous les deux la volonté sincère et nous devons consentir des efforts dans ce sens.

 

Mme A. PELONIS : Etes-vous préoccupés par le fait que M. Antonis Samaras vous accuse d’avoir repris le dialogue bilatéral avec la Turquie ? Cela marque-t-il la fin du consensus sur des questions relevant de la politique étrangère ? 

 

M. D. DROUTSAS : Je suis préoccupé par le fait que M. Samaras applique apparemment la recette de son prédécesseur dans le domaine de la politique étrangère. Il adopte une attitude d’absentéisme, d’inertie, et dans le meilleur des cas,  il met  le « pilote automatique » dans l’espoir que les problèmes disparaitront tous seuls. Et le syndrome de la Grèce « impuissante et peureuse ». Cette époque a pris fin. Le gouvernement actuel sait dans quelle direction il veut fixer le cap de la Grèce. Nous croyons au consensus et nous nous attacherons à l’atteindre en déployant des efforts sincères. Toutefois, nous laisserons derrière nous le passé. Il est temps que notre pays regagne la place qui lui convient. Et j’espère en toute sincérité que le chef de l’opposition mais aussi tous les partis politiques ne cèderont point à la tentation d’émettre des critiques faciles sur les questions nationales. La bataille que nous livrons est dans l’intérêt de notre patrie et dans cette bataille nous avons besoin de toutes les forces politiques.

 

Questions des lecteurs :

 

Question: On a taxé le nouveau gouvernement d’atlantisme. Quelle est la stratégie suivie au niveau des relations gréco-américaines ? Espérez-vous, avec votre visite aux Etats-Unis, mettre fin à la question de visas ?

 

M. D. DROUTSAS : S’agissant des relations gréco-américaines également, nous avons traversé une période marquée de stagnation. Nos pays se sont éloignés l’un de l’autre qui plus est sans qu’il y ait un motif précis. Dans une relation avec une grande puissance le moins puissant n’est pas nécessairement en position impuissante et défensive. A travers cette première visite nous voulons jeter les bases sur lesquelles sera axée une nouvelle coopération dans le cadre d’une relation d’égalité et mutuellement bénéfique, dans les domaines où cela est possible. La condition nécessaire à cela est l’engagement d’un dialogue ouvert et sincère. Les Etats-Unis demeurent un facteur important dans la région et nous voulons qu’ils aient un aperçu clair de nos positions, de nos efforts et de nos initiatives. S’agissant de la question de visas, il reste aux Etats-Unis à parachever leurs propres processus intérieurs.  En ce qui nous concerne, aucune question n’est en suspens et rien de plus ne nous a été demandé. Cela devrait être fait depuis très longtemps, une opinion que partagent également nos interlocuteurs aux Etats-Unis.

 

Question :   Quel est le rôle du ministère des Affaires étrangères dans le projet « Kallikratis » qui sera mis en place dans la région de Thrace vu que l’administration des régions importantes sera confiée aux maires musulmans ?

 

M. D. DROUTSAS : Le projet « Kallikratis » constitue une réforme radicale pour le système administratif du pays. Il permettra aux collectivités locales de se libérer de la bureaucratie du système administratif dont elles relèvent actuellement. Il s’agit d’une initiative très importante entreprise par le gouvernement et notamment par le ministère de l’Intérieur. Nous devons cesser toutefois de considérer la région de Thrace comme relevant de la « responsabilité » du ministère des Affaires étrangères. Thrace est une société ouverte, pleine de vie, l’exemple européen de la coexistence harmonieuse entre des citoyens grecs, chrétiens et musulmans. Il serait bien que les autres pays de la région suivent cet exemple et cessent de traiter les membres de leurs minorités comme des citoyens de deuxième catégorie.




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