M. B. PAÏKOS : Nous avons en ligne le ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Droutsas. Bonjour, monsieur le ministre.
M. M. KOTTAKIS : Bonjour.
M. D. DROUTSAS : Bonjour à vous aussi.
M. B. PAÏKOS : Ce mois sera bien entendu difficile pour ce qui est notamment des affaires économiques. On vous a déjà posé cette question : pensez-vous que la situation économique difficile de notre pays constitue un obstacle à vos gestes diplomatiques ?
M. D. DROUTSAS : Il est tout à fait logique que cette situation ne facilite pas mes efforts, ni ceux consentis par la Grèce en général.
M. B. PAÏKOS : Exactement, et en plus nous demandons de l’aide et des emprunts. Dans ce contexte, je ne sais pas dans quelle mesure nous dépensons éventuellement nos ressources diplomatiques.
M. D. DROUTSAS : En dépit du fait que cela influe sur nos efforts, je voudrais souligner que nous déployons des efforts - et je pense que nous avons déjà fait les premiers pas dans ce sens – en vue que la Grèce joue de nouveau un rôle de premier rang dans les développements internationaux. Autrement dit, il faut que la Grèce cesse d’être le parent pauvre et montre qu’elle peut de nouveau jouer un rôle dans les développements internationaux et y apporter sa contribution.
M. B. PAÏKOS : Vous voulez dire que la Grèce doit entreprendre des initiatives ?
M. D. DROUTSAS : Exactement. Je me réfère à la question des Balkans, à la question du Moyen-Orient, deux domaines où la Grèce dispose des moyens qu’elle doit valoriser comme il se doit.
M. M. KOTTAKIS : Monsieur le ministre, si vous me le permettez, quels sont les fonds dont nous disposons vu que nous entreprenons une initiative visant à l’adhésion des Balkans occidentaux, ledit Agenda 2014, alors que le Premier ministre bulgare négocie avec les agriculteurs aux frontières ? La Grèce ne perd-elle pas de son prestige ?
M. D. DROUTSAS : Oui, nous devons être sincères avec nous-mêmes. Les barrages ne rehaussent pas le prestige de la Grèce.
INTERRUPTION
M. B. PAÏKOS : Aux Etats-Unis vous aurez des rencontres intéressantes, vous vous entretiendrez avec Mme Clinton et d’autres hauts fonctionnaires du pays. Quel sera le principal dossier abordé lors de ces rencontres ?
M. D. DROUTSAS : En toute sincérité, nous essayerons de ne pas mettre seulement l’accent sur les questions de notre propre intérêt. Certes, nous profiterons de cette occasion offerte par ces entretiens en vue de présenter encore une fois nos propres positions, notre approche pour ce qui est de nos relations avec la Turquie, le règlement de la question chypriote, la question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine.
M. B. PAÏKOS: La question de l’ARYM.
M. D. DROUTSAS : Exactement. Toutefois, mon objectif sera, au-delà de ces discussions, de mettre en valeur le rôle que la Grèce peut jouer dans certaines régions de la planète. Dans notre voisinage, les Balkans et notamment dans la région du Moyen Orient. Nous voulons essayer d’identifier ensemble les domaines dans lesquels nous pourrons coopérer.
M. B. PAÏKOS : Nous allons donc revendiquer un rôle qui plus est un rôle de protagoniste.
M. D. DROUTSAS : Certainement. Un rôle que nous devons assumer.
M. M. KOTTAKIS : Monsieur le ministre, la déclaration de M. Davutoglu à l’issue de votre rencontre à Londres, a fait une vive impression. Le ministre turc a parlé des « nouveaux horizons qui s’ouvrent » et selon le jargon diplomatique cela révèle qu’un certain progrès a été réalisé. A votre avis, qu’est-ce qui a conduit M. Davutoglu à exprimer cet enthousiasme et à faire par conséquent cette évaluation ?
M. D. DROUTSAS : Nous avons eu une discussion véritablement constructive. Je pense que le fait que nous puisions dans nos expériences – des expériences très positives à mon avis – acquises dans le passé récent constitue un élément important. Nos efforts consentis quand nous étions au pouvoir durant la période 1999-2004. C’est justement cette approche, cette approche de coopération avec la Turquie que nous voulons faire revivre à travers des pas très prudents et en faisant une bonne préparation. En fixant bien entendu nos propres conditions. Je pense que cette approche est commune. Il s’agit d’une approche, d’une volonté politique de coopération qui a été également constatée par le Premier ministre, M. Papandréou lors de ces contacts avec M. Erdogan et moi-même lors de mes entretiens avec M. Davutoglu.
M. M. KOTTAKIS : Toutefois, monsieur le ministre on constate une certaine méfiance par une partie de la presse et de la part de l’opposition. Hier, des articles sont parus dans la presse dans lesquels il est dit que la mer Egée est mise sur la table tandis que l’opposition par le biais de son président, M. Samaras demande des informations sur les lettres échangées entre M. Papandréou et M. Erdogan.
Est-ce que vous allez faire publier la lettre de M. Erdogan si l’opposition vous le demande ?
M. B. PAÏKOS : Ne vous n’avez pas publié la lettre dans son intégralité ?
M.M. KOTTAKIS : Oui, vous devez la publier. Si ce document ne doit pas être publié, allez-vous la remettre à l’opposition. Allez-vous organiser une séance d’information à l’intention de l’opposition ?
M. D. DROUTSAS : Commençons par la question des lettres. Je serai clair comme toujours. Je pense qu’un gouvernement qui se veut sérieux ne doit pas « jouer » avec la correspondance du Premier ministre. Nous exerçons une politique étrangère substantielle.
Certes, pour de plus amples informations, je suis à la disposition de tous les partis politiques et des chefs des partis. Mais non seulement pour leur fournir plus d’informations – et je le souligne – mais pour avoir un échange d’idées substantiel. Afin que nous puissions ensemble consentir des efforts, des efforts que le gouvernement actuel est en train de consentir.
M. M. KOTTAKIS : En tout cas, M. Droutsas, si l’on se réfère au passé également, c’est le ministre des Affaires étrangères lui-même qui prenait l’initiative. Et M. Molyviatis, je me souviens, lorsque la lettre Nimetz sur la question de Skopje avait été envoyée, mais aussi Mme Bakoyannis prenaient l’initiative et demandaient à voir le chef de l’opposition ou les chefs des autres partis, que ce soit au Conseil national de politique étrangère qu’ils convoquaient, ou lors d’une rencontre privée pour les informer. Je veux dire par là qu’il n’était pas nécessaire que l’autre partie le demande.
K. D. DROUTSAS : Et qui vous dit que nous ne prenons pas cette initiative et ne sommes pas disposés à la prendre.
M. M. KOTTAKIS : Nous attendons et sommes heureux de l’entendre.
K. D. DROUTSAS : Simplement, permettez-moi de dire, pour apporter plus de précisions, que je ne voudrais pas entrer dans la logique de « qui des deux le fait en premier ».
M. V. PAÏKOS : Bien entendu.
K. D. DROUTSAS : Je vous ai dit que l’initiative était commune. Notre volonté va de soi et il y aura une rencontre du Conseil national de politique étrangère, une séance d’information au Parlement hellénique ainsi qu’une réunion privée avec les partis politiques. Tout cela va de soi, comme je vous l’ai dit, et tout sera fait dans les règles de l’art.
M. V. PAÏKOS : D’accord.
M. M. KOTTAKIS : En ce qui concerne l’Egée, hier, dans un journal du dimanche il a été écrit que le terme « Egée » est contenu dans la lettre de M. Papandréou au lieu du terme « FIR d’Athènes ». Cela signifie-t-il que vous négociez au-delà des frontières ?
K. D. DROUTSAS : Je vous remercie de me donner l’occasion de préciser cette question. Souvent on entend parler de « dialogue sur toutes les questions », « diplomatie secrète », toutes ces expressions sont – permettez-moi de le dire – classiques et sont utilisées ici en Grèce dans l’opposition politique. A mon sens, ces expressions sont dénuées de substance et de fondement.
L’approche du gouvernement est celle que la Grèce avait depuis des années, des décennies je dirais, rien n’a changé.
M. V. PAÏKOS : Cette approche est la même en effet.
K. D. DROUTSAS : Dans le cadre de ces efforts de coopération avec la Turquie, notre objectif est la délimitation du plateau continental en Egée.
M. V. PAÏKOS : Pour la première fois, néanmoins, vous définissez un calendrier. Ou plutôt, vous demandez un calendrier précis.
K. D. DROUTSAS : Exactement. Nous avons dit que ce processus ne pouvait demeurer ouvert, pour ce qui est du temps, car nous n’aboutirons nulle part. Nous avons dit qu’après un délai respectable si nous ne pouvons aboutir au résultat escompté par le biais des contacts exploratoires…
M. V. PAÏKOS : Nous irons à la Haye.
K. D. DROUTSAS : Nous saisirons de concert la Cour internationale de la Haye.
M. M. KOTTAKIS : Est-ce que M. Davutoglu s’est accordé sur le calendrier lors de votre rencontre ?
K. D. DROUTSAS : Nous ne sommes pas entrés dans le détail et je le dis en tout honnêteté. Il s’agissait d’un premier échange de vues et d’idées concernant également les lettres des deux premiers ministres.
M. M. KOTTAKIS : J’entends sur le principe, pas sur les dates. S’est-il accordé sur le principe d’un calendrier et d’un renvoi. Je ne parle pas d’une date précise.
K. D. DROUTSAS : Il y a eu un échange de vues franc sur toute une série de question. Et permettez-moi de ne pas transmettre publiquement les positions exprimées par M. Davutoglu.
M. V. PAÏKOS : Parlez-nous un peu de M. Ban Ki-Moon. Car sa visite à ce stade des discussions, des discussions intracommunautaires n’est pas mure et cela est quelque peu surprenant. Sa visite n’est pas mure. Qu’a-t-il l’intention de faire ? A votre sens ou d’après les informations que vous détenez, a-t-il l’intention de donner une nouvelle impulsion ?
K. D. DROUTSAS : J’ai eu l’occasion de m’entretenir avec le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-Moon à Londres. Nous sommes à une étape assez cruciale des pourparlers. Vous savez que la communauté internationale et tous ceux qui suivent les évolutions de la question à Chypre parlent d’une opportunité à l’heure actuelle, compte tenu du fait que M. Talat est l’interlocuteur du président Christofias.
M. V. PAÏKOS : Combien de temps M. Talat le sera-t-il ? Là est la question.
K. D. DROUTSAS : Effectivement. Comme chacun sait, en avril auront lieu les « élections » sur les territoires occupés et de l’avis général M. Talat pourrait sortir perdant de ces élections.
M. V. PAÏKOS : Il pourrait ne pas être réélu.
K. D. DROUTSAS : C’est pourquoi l’idée est que des efforts doivent être consentis maintenant. C’est dans cet esprit que le Secrétaire général de l’Onu a voulu visiter Chypre, afin qu’il essaie de son côté de faire ce qu’il peut compte tenu du prestige dont il jouit.
M. V. PAÏKOS : Pour apporter du renfort avec son prestige.
K. D. DROUTSAS : Je vous dirais en toute franchise que je lui ai répondu que la Grèce soutenait pleinement ce processus et les efforts du président Christofias. Bien entendu la Grèce et le gouvernement grec apporteront leur soutien à toute initiative qui, selon le Secrétaire général de l’ONU, pourrait promouvoir les efforts de résolution de la question chypriote. Je lui ai dit clairement qu’à notre avis, à l’heure actuelle le processus des négociations n’a pas atteint sa maturité, de sorte que l’on ne peut pas être optimiste quant à l’atteinte d’un règlement.
M. V. PAÏKOS : M. Le ministre, bon voyage et tous nos vœux de réussite lors de votre voyage.
M. M. KOTTAKIS : Que les résultats soient bons.
K. D. DROUTSAS : Je vous remercie beaucoup.