Athènes, le 27 février 2010
JOURNALISTE : Comment expliqueriez-vous le plan d’Athènes sur l’adhésion des pays des Balkans occidentaux à l’Union européenne, la Serbie étant le premier pays à adhérer, en 2014 ?
M. D. DROUTSAS : L’objectif de la Grèce est l’adhésion des pays des Balkans occidentaux à l’UE conformément aux critères et modalités fixés par l’Union. L’expérience à ce jour a montré que l’élargissement constitue l’un des instruments les plus efficaces de l’UE pour la consolidation de la paix, de la stabilité et de la prospérité. Toutefois, en raison, entre autres, de ladite « fatigue de l’élargissement » et de la crise actuelle, l’élan donné initialement par la Stratégie de Thessalonique – encore une initiative de la Grèce au cours de la présidence de l’UE en 2003 – à la perspective européenne des Balkans occidentaux doit être renouvelé. Dans ce contexte, le Premier ministre a annoncé, peu après sa prise de fonctions au mois d’octobre, une initiative grecque, l’Agenda 20104. Notre objectif est de donner un nouvel élan à la perspective d’adhésion des Balkans occidentaux tout en fixant l’objectif symbolique de leur intégration à l’Union européenne en 2014. L’importance de cette initiative est évidente : la perspective européenne, une fois que les conditions préalables seront remplies, est un processus vivant et surtout tangible. L’Europe est l’avenir de chaque citoyen habitant dans notre région sensible. C’est à lui de préparer cet avenir.
JOURNALISTE : Cette initiative ne constitue-t-elle qu’un moyen d’encourager les pays des Balkans occidentaux à encourager la réalisation des réformes ou joue-t-elle un rôle plus important dans le processus de leur intégration européenne ?
M. D. DROUTSAS : Il est vrai que notre objectif est double. Le premier objectif est de renouveler l’engagement de l’Union vis-à-vis de cette région tandis que le deuxième objectif est de faire de l’année 20104 une date butoir revêtant un caractère symbolique, qui incitera les pays de la région à intensifier leurs efforts dans le cadre de leur parcours vers l’UE. Cela comporte également le règlement des questions en suspens dans la région, sur la base des relations de bon voisinage ce qui constitue d’ailleurs une condition préalable incluse dans le Processus de Stabilisation et d’Association. L’initiative est donc symbolique et substantielle, ambitieuse et réalisable. Toutefois, le résultat final dépend des efforts consentis par les parties intéressées elles-mêmes. Mais il est tout aussi important que la volonté de l’UE soit visible.
JOURNALISTE : Cette initiative porte-elle aussi sur le Kosovo ? Que pensez-vous de la perspective européenne du Kosovo ?
M. D. DROUTSAS : Pour ce qui est du statut du Kosovo, la position de la Grèce est connue. Cette position est déterminée par le plein respect du droit international. Par ailleurs, nous devons avoir le regard tourné vers l’avenir. Nous ne devons pas laisser le Kosovo devenir encore une source de tension en Europe. C’est pourquoi nous considérons que notre initiative concernant l’Agenda 2014 a une valeur ajoutée : elle peut avoir un rôle catalyseur qui pourra donner un nouvel élan au dialogue en vue de trouver une issue diplomatique. Elle peut servir de moyen pour mettre en valeur le rôle de l’Europe.
JOURNALISTE : Est-ce que vous attendez une réponse positive de la part de vos partenaires au sein de l’UE, étant donné que certains pays se sont opposés à la ratification de l’Accord de Stabilisation et d’Association jusqu’à ce que la coopération avec la CPI de la Haye soit finalisée ?
M. D. DROUTSAS : En tant que plus ancien Etat membre de l’Union dans la région, la Grèce a présenté sa proposition à ses partenaires. L’esprit de l’initiative est compris par un grand nombre de partenaires. Dans ce cadre s’intègre la récente lettre commune que j’ai signée avec le ministre autrichien des Affaires étrangères. Cette lettre met en valeur les priorités du parcours d’adhésion des Balkans occidentaux. D’autres initiatives suivront. Je suis certain que des partenaires de plus en plus nombreux prennent conscience que l’adhésion des Balkans occidentaux n’est ni une question de « fatigue de l’élargissement », ni de « repos », mais la mise en œuvre de la vision d’unification pour la paix, la stabilité, la prospérité et les bonnes relations dans l’Europe tout entière.
JOURNALISTE : La question de la candidature serbe à l’adhésion à l’UE fera-t-elle l’objet de discussions au sein des instances européennes au cours de ces prochains mois ?
M. D. DROUTSAS : La Grèce a joué un rôle pionnier dans l’adoption de la récente décision du Conseil de « dégeler » l’Accord commercial intermédiaire. Nous attendons avec intérêt la décision respective qui permettra la ratification de l’Accord de Stabilisation et d’Association. En ce qui concerne la récente demande d’adhésion à l’UE soumise par la Serbie, notre position est claire : cette candidature devra être examinée le plus tôt possible, de façon équitable et substantielle, comme pour les autres pays des Balkans occidentaux. La Serbie appartient à la famille européenne et plus vite elle prendra la place qu’elle mérite, mieux cela vaudra pour elle-même et l’ensemble de l’Europe.