Seul le prononcé fait foi
Athènes, le 1er juillet 2010
Journaliste : S’agissant du mécanisme de soutien européen mis en place pour aider la Grèce, comment se passent les choses jusqu’à présent ?
M. Droutsas : J’aimerais tout d’abord vous dire que notre gouvernement ainsi que notre Premier ministre, M. Papandréou dès le départ, dès que nous avons eu à faire face à ce grand défi par rapport à la situation économique du pays, se sont montrés très systématiques et on a relevé le défi, on a pris ces mesures à bras le corps qui étaient nécessaires afin de faire vraiment du nettoyage, si je peux vraiment m’exprimer ainsi.
C’étaient des mesures qui devraient avoir des répercussions immédiates en mettant l’accent sur les réformes structurelles dans notre pays. Permettez-moi également de rajouter que les premiers mois de mise en œuvre de ces mesures, les premiers chiffres, les premiers résultats montrent qu’il faut être très satisfaits et optimistes car nous sommes déjà au-delà des objectifs que nous nous étions fixé. Et, par conséquent, cela est pour nous la preuve que nous sommes dans la bonne direction.
Journaliste : Les réformes proposées par le gouvernement de M. Papandréou concernant les systèmes des retraites en Grèce, comprennent deux choses : faire passer l’âge de la retraite à 65 ans pour tous et la durée des contributions à 40. Néanmoins, une enquête a montré que 60% des Grecs pensent que ces changements au système des retraites ne seront pas efficaces. Ont-ils raison ou non ?
M. Droutsas : La réforme des retraites est nécessaire et c’est un défi que nous devons relever. Les citoyens grecs devront également relever ce défi. Mais ce sont des mesures qui sont nécessaires pour notre pays, pour la conjoncture, pour l’avenir de notre pays et celui de nos prochaines générations. Et lorsque nous parlons du système des retraites c’est l’avenir des prochaines générations qui est en jeu. Ce n’est pas facile. Ce sont des reformes qui touchent chacun des citoyens grecs, ce n’est certainement pas facile mais c’est nécessaire. Et je pense que la grande majorité des Grecs comprend, sait que nous devons réaliser ces réformes pour la viabilité de notre pays.
Journaliste : Ils le comprennent. Mais les réformes ont déclenché des manifestations en masse en Grèce avec une cinquième grève générale mardi. Est-ce que votre gouvernement va néanmoins maintenir les réformes ?
M. Droutsas: Les manifestations sont l’expression d’une certaine frustration, si vous voulez bien, c’est-à-dire, on n’est pas véritablement satisfaits des reformes qui doivent être réalisées. Je pense que c’est tout à fait logique. Cela montre que nos concitoyens s’expriment très librement. Et, c’est tout à fait logique et naturel.
Journaliste : Obtenir l’assentiment du parlement pour le prochain projet de loi sur la réforme des retraites pourrait être difficile puisque plusieurs politiques au sein du gouvernement ont émis des réserves à cet égard. Est-ce que vous pensez que vous allez pouvoir faire passer cette loi ?
M. Droutsas : La Grèce est une démocratie et notre démocratie est très vivante. Et le débat parlementaire est toujours très utile. C’est un mécanisme très nécessaire mais le projet de réforme des retraites qui a été proposé par notre gouvernement passera et, comme je l’ai déjà dit, nos concitoyens comprennent la situation est savent que le gouvernement ainsi que le Premier ministre mettent tous les problèmes sur la table et prennent toutes les questions au sérieux.
Journaliste : Néanmoins vous faites partie du parti socialiste, le Pasok. Avez-vous le sentiment que ce parti devient de plus en plus impopulaire à cause de la crise ?
M. Droutsas : Le Pasok ainsi que notre gouvernement ont reçu la confiance de la majorité écrasante de l’électorat grec, il y a neuf mois, pourvu que le Pasok et notre Premier ministre, M. Papandréou relèvent le défi et réalisent les réformes nécessaires pour notre pays. C’est le message que l’électorat grec nous a adressé de par son vote et nous prenons ce vote de confiance très au sérieux et nous faisons ce qui est nécessaire pour le pays.
Journaliste : Bien, parlons maintenant du leadership en Europe et de la Chancelière, Angela Merkel. Elle est à la tête de l’économie la plus puissante en Europe. Pensez-vous qu’elle a pris la bonne décision au bon moment vis-à-vis de cette crise ?
M. Droutsas: Tous ceux qui connaissent les mécanismes de l’UE, savent que les choses prennent du temps avec nos partenaires européens. Je pense que l’Union européenne s’est montrée très catégorique en la matière et je pense qu’au départ, lorsque la crise a démarré, qui aurait pensé que quelques semaines plus tard l’Union européenne aurait mis sur place un mécanisme de stabilisation ainsi qu’un programme d’aide de 750 milliards d’euros ? Je pense que nous devrions nous concentrer sur les résultats et c’était nécessaire.
Journaliste : Cependant les opinions les plus critiques disent que les économies, les 80 milliards d’euros annoncées par Mme Merkel pour les quatre années à venir vont affecter la croissance dans la zone euro. Que pensez-vous ?
M. Droutsas : La croissance de toutes les économies des membres de l’Union européenne et des membres de la zone euro montre que c’est un grand défi à relever, c'est-à-dire qu’il faut prendre les mesures nécessaires afin de rétablir la situation budgétaire et en parallèle à cela nous avons besoin de prendre les mesures nécessaires pour la croissance de notre pays. J’aimerais ajouter ici qu’en Grèce, le gouvernement grec a choisi ce modèle afin de réaliser les mesures nécessaires, afin de rétablir l’économie du pays ainsi que réaliser les mesures nécessaires afin de garantir la croissance en Grèce.
Journaliste : Vous êtes venus en France, lundi et mardi. Quel est le résultat de cette visite et des entretiens que vous avez eu avec différents ministres ?
M. Droutsas : Tout d’abord, les relations entre la Grèce et la France sont excellentes. Et, j’aimerais en profiter pour exprimer un message aux français, un message très simple, un message qui me vient du cœur : « Merci à la France et aux citoyens français pour le soutien et la solidarité dont ils ont fait preuve vis-à-vis de la Grèce et dès lors qu’on a eu à relever le défis ».
Journaliste : Sur un autre sujet maintenant. Vous participez de nouveau à d’importantes discussions avec la Turquie sur le contentieux chypriote. Est-ce que vous pensez qu’il y ait une possibilité de solution rapide à ce grave problème européen ?
M. Droutsas : Je pense que si la volonté politique est au rendez-vous des deux côtés, alors nous obtiendrons une solution au problème très bientôt. J’aimerais également ajouter que le Président Dimitris Christofias a exprimé une volonté politique de façon très répétée au cours des négociations qui ont été tenues à Chypre. Les Chypriote turcs doivent faire ce qui est nécessaire et le nouveau dirigeant, M. Eroglu, doit jouer un rôle important. Mais je pense que la Turquie, Ankara doit également jouer un rôle très important en la matière. Et, nous nous tournons également vers Ankara et nos amis en Turquie afin qu’ils fassent tout ce qui est nécessaire afin de trouver une solution à Chypre, une solution pérenne qui pourra garantir aux Chypriotes grecs et turcs qu’ils ont un avenir commun au sein de l’Union européenne.
Journaliste : S’agissant de la crise à Gaza, est-ce que vous êtes préoccupés par la position de la Turquie vis-à-vis d’Israël ? Est-ce qu’il s’agit d’un revirement vers l’orient et le monde arabe ?
M. Droutsas : Je pense que c’est tout à fait naturel et logique qu’un Etat comme la Turquie qui de par sa position géographique se tourne également vers l’Est et le Moyen-Orient. Je suis également convaincu que l’avenir de la Turquie est en Europe et au sein de l’Union européenne. Et je suis convaincu que les chefs politiques turcs partagent cette opinion. Et, bien évidemment, c’est à la Turquie de faire les choix nécessaires, de prendre les décisions nécessaires. Et, en ce qui concerne l’Union européenne, je pense qu’il est grand temps aujourd’hui d’envoyer un message très clair à la Turquie, c’est un message que l’Union européenne avait déjà envoyé de par le passé lorsque les relations entre l’Europe et la Turquie ont démarré. Alors le message est le suivant : si vous réalisez de bonnes reformes, si vous changez, si vous devenez vraiment européens, alors l’Union pourrait ouvrir ses portes à une nouvelle candidature.
Journaliste : Alors, en d’autres mots, vous blâmez Nicolas Sarkozy et Angela Merkel pour avoir fermé les portes à la Turquie à l’espace européen ?
M. Droutsas : Je ne blâme personne mais les messages que l’on envoyait à la Turquie auparavant étaient des signaux mitigés, ce n’étaient pas des messages aussi clairs comme au début de cet effort conjoint. Je vous dis ici que si l’Union européenne prend la candidature de la Turquie au sérieux, alors nous devrions de nouveau envoyer un message très clair : « Faites votre travail, effectuez des réformes nécessaires, observez les critères européens et l’Union européenne sera prête à accepter votre candidature ».