Athènes, le 2 décembre 2009
Μ. V. LYRITZIS : Nous allons discuter des questions relevant de la politique étrangère avec M. Droutsas.
M. D. OIKONOMOU : Ces derniers jours avec la réunion de l’OSCE à Athènes, la Grèce est devenue le centre de consultations diplomatiques.
Μ. V. LYRITZIS : Le ministre adjoint des Affaires étrangères est avec nous. Bonjour, M. Droutsas.
M. D. OIKONOMOU: Bonjour, Monsieur le ministre. Soyez le bienvenu Monsieur le ministre.
M. D. DROUTSAS : Bonjour.
M. D. OIKONOMOU : La question de la sécurité européenne est au cœur des discussions engagées lors de ce Conseil puisqu’il s’agit d’une réunion de l’OSCE. Toutefois, notre intérêt porte surtout sur les questions bilatérales. Hier, vous avez eu – vous-mêmes Monsieur le ministre ainsi que le Premier ministre – des entretiens en marge du Conseil avec M. Milososki. Quel a été l’objet des discussions engagées dans le cadre de ces entretiens?
M. D. DROUTSAS: Permettez-moi de dire quelques mots sur le thème du Conseil ministériel et, bien entendu, sur les entretiens bilatéraux.
En ce qui concerne ce Conseil je dirais qu’Athènes accueille en effet une manifestation internationale de très grande envergure. Plus de 50 ministres des Affaires étrangères sont venus ici, à Athènes. Cette manifestation est très importante car l’objet principal des discussions – une question qui nous intéresse tous – porte sur la nouvelle architecture de sécurité en Europe. J’irais même jusqu’à dire que la Grèce a légué à l’OSCE un patrimoine précieux, le Processus de Corfou.
Il s’agit d’une discussion sur l’avenir. Nous déployons ces efforts pour parvenir à une décision qui nous permettrait de jeter les bases en vue d’engager une discussion ultérieure sur cette question importante.
Μ. V. LYRITZIS : Toutefois, M. Droutsas on pourrait soutenir que l’Union européenne, vu son élargissement continu et ses politiques en faveur d’une intégration plus élargie sur des questions relevant de la politique étrangère et de la sécurité, devrait normalement jouer ce rôle et que l’OSCE devrait avoir un rôle secondaire. C’est-à-dire, si nous voulons renforcer le rôle politique de l’Union dans ce domaine, on peut le faire et dans quel autre domaine ?
M. D. DROUTSAS : Bon, l’Union européenne compte actuellement 27 Etats membres. L’OSCE compte 56 Etats membres et, comme vous le constatez vous-mêmes, cette organisation couvre beaucoup d’autres régions géographiques et, on pourrait même dire qu’elle reflète aussi différentes idéologies. Telle est, à mon sens, la grande valeur de l’OSCE. C’est pourquoi nous accordons une telle importance à ces discussions.
Nous pensons, comme la plupart des Etats-membres de l’OSCE, que cette organisation est le forum approprié pour engager une telle discussion. Toutefois, l’une chose n’exclue pas l’autre.
M. D. OIKONOMOU : Nous n’avons pas M. Droutsas le temps d’entrer dans les détails. Des efforts sont déployés par le gouvernement grec, les contacts bilatéraux se poursuivent et le Premier ministre s’est récemment entretenu avec M. Gruevski et il a eu également, aussitôt qu’il a assumé ses fonctions, une rencontre, bien qu’informelle, avec M. Gruevski. Il s’est également entretenu avec lui avant-hier.
Μ. V. LYRITZIS: Avons-nous changé de politique ?
M. D. OIKONOMOU : Exactement.
Μ. V. LYRITZIS: Autrement dit voulons-nous régler le problème par le biais des relations bilatérales ou demeurons- nous attachés à la position d’après laquelle cette question est internationale et doit être débattue au sein de l’ONU ?
M. D. DROUTSAS: Vous me donnez encore une fois l’opportunité de dire l’évidence : le seul processus valable pour la question du nom de Skopje est le processus de l’ONU. Tel est le processus, nous le soutenons et dans ce cadre nous déployons nos efforts.
M. D. OIKONOMOU : Donc, quel est l’objectif de ces rencontres Monsieur le ministre ? Voulons-nous améliorer le climat ? Qu’est-ce qui se passe exactement ?
M. D. DROUTSAS: C’est justement ce qu’affirme le gouvernement, telle est notre façon de voir les choses. Nous affirmons que les contacts directs avec Skopje non seulement ne nuisent pas au processus mais ils peuvent y contribuer.
M. D. OIKONOMOU : Est-ce que vous irez également à Skopje monsieur le ministre ?
M. D. DROUTSAS: A notre sens, lorsque quelqu’un a des positions claires, et la Grèce a des positions claires sur cette question de Skopje, on doit montrer la voie à suivre à travers des initiatives, et ce en toute confiance. Et c’est justement cela que nous faisons. Dans ce cadre s’intègrent également les contacts directs avec Skopje.
Je tiens à souligner encore une fois que ces contacts peuvent à notre sens contribuer au processus et le seul processus qui existe est…
M. D. OIKONOMOU : Constatez-vous un certain changement d’attitude de la part de Skopje au cours de ces contacts ?
M. V. LYRITZIS : Discutez-vous du nom ?
M. D. OIKONOMOU : Exactement.
M. D. DROUTSAS : Ecoutez, je ne peux pas dire que l’on puisse décerner un changement d’attitude de la part de Skopje, mais nous sommes de nouveau dans un processus de négociations dans le cadre de l’ONU, c’est dans cette enceinte qu’ont lieu les négociations et c’est là que nous verrons comment évoluent les choses
M. V. LYRITZIS : D’accord, mais nous avons devant nous d’autres procédures en cours. Je veux dire par là que alors que la question du nom n’a pas été résolue, nous en sommes encore au stade du dialogue, il y a d’autres procédures qui sont engagées et qui concernent les relations entre Skopje et l’Union européenne. En tant que pays et compte tenu de notre position, si un progrès n’a pas été noté concernant la question du nom ou un progrès dans les pourparlers, est-ce que nous donnerons notre accord pour que ces procédures de rapprochement entre l’Union européenne et Skopje avancent ? Parce que je constate que l’autre partie a tendance à reporter les échéances.
M. D. OIKONOMOU : A cause du climat.
M. V. LYRITZIS : J’imagine que c’est à cause du climat.
M. D. OIKONOMOU : La position de la Grèce est source de préoccupations, cela est manifeste.
M. V. LYRITZIS : Notre position est-elle stable, est-elle la suivante : «les processus d'adhésion ne sont pas promus tant que la question du nom n'est pas résolue» ?
M. D. DROUTSAS : Dès le départ, la position du gouvernement était claire. Elle le demeure et je le souligne encore une fois. Il ne peut y avoir ouverture des négociations d'adhésion entre Skopje et l'Union européenne si la question du nom de Skopje n'est pas préalablement résolue. Nous sommes clairs là-dessus.
M. D. OIKONOMOU : Vous déplacerez-vous à Skopje, M. le ministre ?
M. D. DROUTSAS : Comme je l’ai dit à maintes reprises, pour nous le fait d’étudier toutes les questions, même au niveau théorique, atteste du sérieux du gouvernement. La question d’une éventuelle visite à Skopje, notamment dans le cadre de la présidence en exercice de l’OSCE, est toujours sur la table. Nous étudions cette question et nous verrons si une telle visite est opportune, utile, si elle peut être réalisée. Nous le verrons en fonction des évolutions.
M. D. OIKONOMOU : Allez-vous discuter de notre question avec le nouveau chef de l’opposition dans le cadre de la ligne nationale que nous avons évoquée ?
M. D. DROUTSAS : Ecoutez, comme je l’ai déjà dit et j’estime que cela va de soi, nous sommes toujours à la disposition de tout le monde pour discuter de nos questions nationales. Je l’ai souligné à maintes reprises. Je pense qu'ici, en Grèce, les choses sont positives, j'entends par là que la grande majorité des forces politiques du pays s'accordent sur les principes, les objectifs à atteindre pour ce qui est de nos grandes questions nationales. Cela est très important et je le souligne encore une fois, à savoir qu'une discussion ouverte va de soi.
M. V. LYRITZIS : Oui, cela va de soi. Pour sa part, est-ce que le gouvernement songe à convoquer un Conseil des chefs politiques ou des représentants des partis en charge des questions de politique étrangère – alors que tous ces processus concernant la République voisine, et pas seulement, mais aussi les questions concernant la perspective européenne de la Turquie sont promus – et ce, dans le but d'engager une discussion privée et non publique?
M. D. DROUTSAS : Comme je vous l’ai dit, le dialogue, l’entente vont de soi. A savoir quels moyens le gouvernement choisira, quels moyens le Premier ministre choisira, je pense que nous avons encore du temps devant nous pour débattre de toutes ces questions.
Je souligne encore une fois que la discussion, l’entente, la communication d'informations à toutes les forces politiques du pays vont de soi.
M. V. LYRITZIS : Une dernière question concernant la perspective européenne de la Turquie, M. Droutsas. Nous sommes en décembre et nous nous approchons de la date de discussions au sein de l'UE, la Turquie a fait ce qu’elle a fait jusqu'à maintenant rien ne pourra changer le cours des choses. Nous connaissons tous les pas que la Turquie a faits ou n'a pas faits.
Il y a beaucoup de choses qui sont dites et écrites concernant l’attitude qu'adoptera Chypre à l'Union européenne concernant cette question, est-ce que la Grèce - si les choses n'évoluent pas – se prononcera en faveur de la poursuite des procédures ou bien est-ce qu’elle est disposée à opposer son veto ?
M. D. DROUTSAS : Je l'ai souligné bon nombre de fois et je pense que ce ne sont pas des paroles en l'air et que nous l'avons prouvé par nos actions depuis ces 50 jours où nous sommes au pouvoir. Dès les premiers instants, nous avions dit que la Grèce serait aux côtés de Chypre, aux côtés du peuple chypriote, non pas en théorie, mais dans la pratique.
Nous l’avons prouvé. En effet, dès les premières semaines j'ai été en contact permanent avec le ministre chypriote des Affaires étrangères, M. Markos Kyprianou. Nous avons eu 4 à 5 rencontres. Notre dernière entrevue date d'avant-hier où nous avons eu une longue discussion. Nous coopérons quotidiennement et étroitement. Nous sommes coordonnés et iront au Conseil en ayant une seule ligne de conduite.
M. V. LYRITZIS : Merci beaucoup M. le ministre.
M. D. OIKONOMOU : Bonne journée et bonne continuation.
M. D. DROUTSAS : Je vous remercie également. Au revoir.