Athènes, le 2 février 2010
M. D. DROUTSAS : A travers cette première visite de travail de courte durée aux Etats-Unis, nous souhaitons jeter les bases sur lesquelles sera axée une nouvelle relation, plus substantielle avec les Etats-Unis.
Notre gouvernement est nouveau et lors de cette visite l’occasion nous est offerte de présenter nos réflexions et nos approches à l’égard des questions majeures qui préoccupent notre région.
Sans aucun doute, les questions d’intérêt particulier pour la Grèce sont au cœur de nos efforts et elles le sont toujours. Les Etats-Unis jouent un rôle important dans la région de l’Europe du Sud-est et de la Méditerranée orientale et il est essentiel qu’ils aient un aperçu clair de la position grecque.
J’aimerais toutefois souligner que la discussion ne portera pas seulement sur des questions d’intérêt direct.
Le gouvernement s’est fixé l’objectif de déployer des efforts afin que la Grèce regagne la place qu’elle mérite sur la scène internationale et qu’elle soit de nouveau dotée d’une voix forte, une voix qui s’est affaiblie ces dernières années et a perdu de sa substance. Nous sommes en train de reconstruire, et ce dans des conditions difficiles, la Grèce, un pays qui participe de manière active aux développements internationaux. Nous pouvons y apporter une contribution considérable. Nous pouvons et voulons jouer un rôle dans notre voisinage, les Balkans, le Moyen-Orient. Nous aurons par exemple l’opportunité d’informer nos interlocuteurs de l’initiative grecque, l’ « Agenda 2014 », une feuille de route visant à l’intégration européenne des Balkans occidentaux d’ici à 2014.
Tels sont les messages que nous nous emploierons à transmettre à Washington lors de nos rencontres avec les hauts fonctionnaires du State Department et les membres du Congrès mais aussi avec le Secrétaire général de l’ONU à New York avec lequel j’aurais l’occasion de discuter des évolutions relatives à la question chypriote suite à la visite de M. Ban Ki-moon à Chypre. Cette période est critique pour Chypre et l’hellénisme dans le monde entier. La Grèce est de nouveau aux côtés du Président, M. Christofias lors des négociations menées avec le dirigeant Chypriote turc. Elle est de nouveau aux côtés de Chypre, et ce, non seulement en théorie mais en pratique aussi. Avec le Secrétaire général nous aurons bien entendu l’occasion de discuter à fond de la question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine ainsi que de l’évolution des négociations en cours sous l’égide des Nations Unies.
A ce stade permettez-moi de faire une observation à caractère plus personnel. Cette visite m’offre une première occasion de faire la connaissance de la communauté dynamique grecque des Etats-Unis. Je considère la communauté grecque comme l’avantage comparatif de notre pays. Et nous devons être à ses côtés et profiter de ses forces. Et c’est cela que nous nous efforçons de faire en adoptant de nouvelles idées et une attitude plus dynamique.
QUESTION : Comment pourrait la communauté grecque contribuer aux relations gréco-américaines ?
M. D. DROUTSAS : C’est un grand honneur pour moi de représenter une petite partie de la communauté grecque de l’étranger. La communauté grecque constitue notre cellule vitale. Chaque Grec et Grecque vivant ici est un véritable ambassadeur de notre pays. Et dans le domaine de la politique étrangère aussi, la communauté grecque contribue aux efforts déployés pour défendre nos intérêts nationaux. Elle a, à maintes reprises, fait preuve de sa capacité à contribuer.
J’attends avec grand intérêt les entretiens que nous aurons ici et je cherche à avoir des contacts continus avec la communauté grecque. Le gouvernement et le ministère des Affaires étrangères feront tout ce qui est en leur pouvoir pour rendre encore plus efficace cette coopération et cette contribution apportée par les Grecs de l’étranger.
QUESTION : Que pensez-vous de la question du vote des Grecs de l’étranger ?
M. D. DROUTSAS : Le vote des Grecs de l’étranger constitue une volonté claire et un défi critique pour nous tous. Cette question revêt une importance majeure pour notre gouvernement. Le ministère des Affaires étrangères est d’ores et déjà en train d’élaborer un nouveau cadre juridique et j’espère que bientôt ce cadre sera soumis à la consultation publique, une méthode innovatrice de participation démocratique que le nouveau gouvernement met en place. Toutefois, nous devons prendre en considération le fait que la réalisation de ces objectifs nécessite le consensus entre les forces politiques en Grèce. J’espère que toutes les parties se montreront à la hauteur et répondront aux appels lancés par l’hellénisme du monde entier.
Il est très important pour nous d’avoir des contacts directs avec nos compatriotes. D’écouter leurs expériences et de les incorporer dans le texte final du projet de loi qui sera soumis au Parlement. Dans ce contexte, je voudrais inviter chacun de nos compatriotes à étudier et à exprimer son point de vue sur le projet de loi aussitôt que celui-ci sera soumis à la consultation publique. Nous voulons écouter leur opinion et leurs réflexions. La contribution de chacun sera très importante.
QUESTION : Pensez-vous que le fait que le Premier ministre, M. Papandréou effectue en premier lieu une visite à Moscou influe sur les relations gréco-américaines qui se sont apparemment « refroidies » suite à ce changement d’orientation de la Grèce vers le Nord pour ce qui est des accords sur l’énergie ?
M. D. DROUTSAS : L’agenda du Premier ministre grec n’est pas basé sur ces critères. Ne cherchez pas des symboles cachés. Nous avons assumé une mission cruciale pour le pays : que la Grèce soit de nouveau à l’avant-scène. Lui donner la place qu’elle mérite sur la scène internationale. Il n’y a aucune ombre dans nos relations avec les Etats-Unis. Cela ne signifie pas néanmoins que nous sommes satisfaits du niveau actuel des relations. Je suis convaincu qu’il existe des champs élargis de coopération et des possibilités de progrès réel dans nos relations. Malheureusement, au cours des cinq dernières années, nous avons perdu du temps dans ce domaine.
J’aimerais souligner qu’il n’existe aucune ombre dans les relations de la Grèce avec les autres pays, quels qu’ils soient. Nous avons nos propres intérêts et nos propres positions. Des positions claires basées sur le respect du droit international. Il n’est pas nécessaire de s’entendre sur tous les sujets avec un interlocuteur pour pouvoir bâtir une coopération réelle. C’est exactement ce que nous voulons faire avec les Etats-Unis.
Pour ce qui est de l’agenda du Premier ministre, soyez sûr d’une chose : aussi bien le Premier ministre, que le ministère des Affaires étrangères déploieront tout effort possible pour réussir. Des semaines de travail intensif nous attendent. C’est ce que le peuple grec nous a demandé de faire en nous honorons de sa confiance.
QUESTION : Est-ce que la question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine et les questions gréco-turques constituent une « épine » dans les relations entre la Grèce et les Etats-Unis ?
M. D. DROUTSAS : Avec les Etats-Unis, nous avons une tradition d’amitié et de coopération. Nos valeurs communes sont un socle solide pour bâtir d’excellentes relations de coopération. Le plus important est, à mon sens, la volonté commune qui existe actuellement de promouvoir davantage ces relations. Ainsi, tout échange de vues ne peut que constituer un terrain fertile pour nos relations.
En ce qui concerne la question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, le choix du gouvernement américain précédent de reconnaître ledit nom constitutionnel du pays voisin a certes compliqué les choses et éloigné de la solution, ce que nous avons dit aux Etats-Unis en toute honnêteté. La position de la Grèce est claire. Nous aspirons à une appellation avec détermination géographique à l’égard de tous, un nom « erga omnes ». Nous estimons que les Etats-Unis peuvent jouer un rôle constructif dans cet effort, c’est pourquoi il importe qu’ils aient une perception claire des positions grecques. Il est clair, ce qui a été souligné dans des décisions unanimes de l’OTAN et de l’UE, que le règlement de la question du nom est une condition au progrès du parcours euro-atlantique du pays voisin.
En ce qui concerne nos relations avec la Turquie, nous avons envoyé un message au gouvernement turc et préalablement au peuple turc : nous souhaitons entretenir des relations amicales et pacifiques, des relations axées sur un avenir commun de développement et de coopération dans le cadre de la famille européenne. Tel est le principal message contenu dans la lettre du Premier ministre grec envoyée la semaine passée à son homologue turc. Tel a été également l’esprit de ma récente rencontre avec le ministre turc des Affaires étrangères. Au même moment, toutefois, nous faisons clairement savoir que la condition à cela est le plein respect par la Turquie du droit international, des règles de bon voisinage, le plein respect de l’intégrité territoriale et des droits souverains de la Grèce. Bien entendu, la Turquie devra reconnaître la République chypriote et contribuer de manière constructive au progrès des négociations visant à la résolution de la question chypriote. Pour nous ce sont des conditions sine qua non.
QUESTION : La Grèce peut-elle acquérir de nouveau le rôle puissant qu’elle avait en Méditerranée, en tant qu’allié étroit des Etats-Unis, ce que la Turquie semble désormais posséder ?
M. D. DROUTSAS : Notre objectif est d’exercer une politique étrangère active. Une politique extérieure intelligente et audacieuse faite d’initiatives et d’idées novatrices. Notre objectif est d’avoir à nouveau une présence diplomatique, notamment dans notre voisinage, les Balkans, le Moyen-Orient, la Méditerranée, le Caucase et la région de la Mer Noire, où nous assumerons bientôt la présidence du CEMN. Enfin, notre objectif est de devenir un pôle d’action diplomatique.
Les opportunités et les défis sont grands. Et les réponses que nous allons donner les prochaines années détermineront non seulement le parcours de notre pays, mais celui de la région tout entière.
Et puisque nous nous sommes référés à la Turquie, j’aimerais souligner que nous n’appréhendons pas nos relations avec les autres pays, quel qu’il soit, de manière antagoniste. Nous sommes un pays européen, membre de l’UE et de l’OTAN depuis de nombreuses années, un pays avec des positions et des objectifs clairs, une vision de paix et de stabilité pour notre région. La Grèce ne se définit pas par rapport aux autres pays ayant des caractéristiques particulières, des problèmes en suspens et de grands défis à relever.
En ce qui concerne la Turquie plus particulièrement, je pourrais retourner la question et présenter une perspective d’initiatives communes au Moyen-Orient, où chacun des pays apportera sa contribution fort de ses avantages comparatifs. Je rappelle l’exemple de la visite Papandréou – Cem en 2002 en Israël et les territoires palestiniens, à une époque où Arafat était bloqué à Ramallah et les contacts avec Israël étaient totalement gelés. J’effectuerais bientôt une tournée dans les pays du Moyen-Orient, une tournée qui est en préparation. La Grèce a toujours entretenu une relation spéciale avec ces pays.