Athènes, le 3 mars 2011
JOURNALISTE : Une autre question qui apparemment demeura au cœur de l’actualité est celle de la Libye. Nous évoquerons cette question avec le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, M. G. Delavekouras.
M. G. DELAVEKOURAS : Bonjour.
JOURNALISTE : Bonjour.
JOURNALISTE : J’ai l’impression que la situation en Libye se détériore jour après jour.
M. G. DELAVEKOURAS : Malheureusement, la situation est très grave et préoccupante. Nous la suivons de près. Certes, l’opération de rapatriement des Grecs désireux de rentrer en Grèce a été couronnée de succès et cela est très important. L’opération menée a été très difficile et tous sont rentrés en Grèce sains et saufs, à l’exception du fonctionnaire de notre ambassade qui a été blessé.
JOURNALISTE: D’accord, mais il y a eu pas mal de problèmes, des mécontentements ont été exprimés…mais laissons ça maintenant et parlons de l’état actuel des choses.
M. G. DELAVEKOURAS : Je pense qu’il faut juger les choses en fonction des résultats. L’objectif d’une opération de ce genre est de rapatrier tous ces gens sains et saufs. Et cette opération a été menée dans un contexte très difficile, il ne faut pas l’oublier.
JOURNALISTE : Quel est l’aperçu actuel ?
M. G. DELAVEKOURAS : Et bien, actuellement la situation demeure grave. Le pays est divisé en effet et des opérations militaires sont en cours, il y a des victimes et des conflits. La communauté internationale a pris une décision très importante. La communauté internationale par le biais de cette résolution du Conseil de sécurité a tout d’abord fait preuve de son unité et de sa détermination. Des mesures ont été prises, des mesures qui, espérons-nous, exerceront plus de pressions sur le régime. Outre le gel des biens, la Cour pénale internationale a été saisie de ces crimes et cela est une garantie qu’il n’y aura pas d’impunité, à savoir les responsables de ces crimes seront traduits en justice. Cela dit…
JOURNALISTE : Divers scénarios sont développés concernant les interventions militaires en Libye, ceux-ci ont un rapport soit avec les Américains soit avec l’OTAN. Hier, il y a eu aussi une visite en Grèce du Sous-secrétaire d’Etat américain. Pensez-vous que ces scénarios sont bien fondés ?
M. G. DELAVEKOURAS : Nous lisons nous aussi les rapports, nous participons aux discussions, des discussions sont engagées dans le cadre de l’Organisation des Nations Unies, de l’OTAN, de l’UE. Et, ici, au sein du ministère des Affaires étrangères des réunions sont également tenues. Il y aura bientôt une grande réunion avec les chefs politiques et les hauts fonctionnaires ainsi qu’avec des représentants du milieu universitaire. Indéniablement, le plus important moyen que la communauté international a à sa disposition en ce moment est son unité et cette unité est mise en valeur de manière symbolique par la résolution du Conseil de Sécurité et sur celle-ci nous devons axer notre attention. Nous devons examiner toutes les éventualités, nous devons être prêts à toute éventualité et nous devons retenir encore un élément, à savoir la légitimité de la résolution du Conseil de sécurité.
JOURNALISTE : S’il y a une décision d’intervention militaire unanime, la Grèce participera-t-elle à cette opération ?
M. G. DELAVEKOURAS : Ce scénario est tout à fait hypothétique car en ce moment le Conseil de sécurité a décidé de prendre des mesures concrètes contre le régime. Ce que nous devons retenir est que nous devons être prêts à toute éventualité. Mais en ce moment engager une discussion hypothétique sur des opérations militaires ne sert à rien.
JOURNALISTE : Suivez-vous les scénarios de domino dans les autres pays ? Nous craignons que cela ait également des répercussions sur l'Arabie Saoudite, non ? Avec tout le pétrole, etc.
M. G. DELAVEKOURAS : A l’heure actuelle, il y a des tensions dans de nombreux pays arabes et certes cela suscite avant tout des préoccupations. Nous devons suivre près les évolutions et ne pas oublier que cette région est très sensible et certains s'efforceront de manipuler ces mouvements, qui sont des mouvements sociaux populaires. Ces mouvements sont nés des demandes légitimes des peuples de la région, des jeunes de la région qui peuvent réellement changer le visage de notre région. La question...
JOURNALISTE : Est-ce que c’est aussi le cas en Libye ? Pardonnez-moi de vous couper la parole, mais est-ce aussi le cas en Libye ? Car ce n’est pas exactement l’idée que l’on se fait de la Libye. Ce que vous avez décrit vaut probablement pour la Tunisie ou l’Egypte, mais en Libye, il me semble que les choses sont différentes.
M. G. DELAVEKOURAS : Tout d'abord il faut savoir que chaque cas est un cas à part.
JOURNALISTE : C’est juste.
M. G. DELAVEKOURAS : Chaque cas est unique, il a ses propres particularités qui sont influencées de façon déterminante par les conditions prévalant dans le pays, la composition démographique, les données économiques et sociale, donc le résultat est différent, le processus est différent, toutefois ce que l’on sait est que le processus sera douloureux. A l’heure actuelle, la guerre fait rage en Libye, c'est pourquoi l’on ne peut comparer cette situation à ce que l’on a pu voir jusqu’à aujourd’hui. Nous avons à faire à des demandes sociales, des demandes légitimes, mais il faudra examiner toutes les éventualités. La dimension religieuse, la dimension raciale dans la composition démographique même du pays. On ne peut bien entendu ignorer tout cela. Nous parlons d'une situation volatile et nous verrons comment les choses évolueront. Le plus important est que la violence cesse. La violence ne peut produire aucun résultat, elle provoquera de grandes tensions dans le pays même et les pays voisins, comme l’Egypte et la Tunisie, elle créera une pression migratoire vers l’Europe cela est sûr. Tous ces événements sont très préoccupants. C’est pourquoi la communauté internationale devra avant tout soutenir les changements qui se produisent et apporter son aide afin que les développements puissent de nouveau mener à la normalisation.
JOURNALISTE : Nous nous entretenons avec le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, M. Grigoris Delavekouras.
JOURNALISTE : Une question concernant les immigrés, etc., lors d’une guerre civile et lorsque les choses se déroulent de façon plus dramatique, un nouveau cycle de migration commence. Dans quelle mesure notre pays est-il préparé pour parer à cette éventualité ?
M. G. DELAVEKOURAS : Tout d’abord, dès le début du conflit, la Grèce et d'autres pays du Sud de l'Union européenne ont soulevé cette question devant les Conseils européens qui étaient en cours. Nous pensons que l’Union européenne dans son ensemble devra faire face à cette question et cette mission sera très difficile. Comme vous le savez déjà, nous avons une présence, nous avons des opérations de forces européennes en Grèce, mais en Italie aussi qui a subi des pressions migratoires et un afflux de réfugiés en provenance de la Tunisie, ce ne sera pas une affaire facile et il faudra que les Etats membres de l'Union européenne se partagent le poids de cette pression, et que nous ayons des subventions, des infrastructures, des procédures pour pouvoir répartir ces poids de façon équitable.
JOURNALISTE : Très bien.
JOURNALISTE : Monsieur Delavekouras, merci beaucoup pour cet entretien.
M. G. DELAVEKOURAS : C’est moi qui vous remercie.