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Interview du ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Droutsas à la station radio allemande Deutschlandfunk (04.03.10)
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Athènes, le 4 mars 2010
JOURNALISTE : La Commission européenne, le gouvernement fédéral et la BCE ont salué les nouvelles mesures d’austérité annoncées par le gouvernement grec. La bourse de Francfort a parlé de mesures supplémentaires de stabilisation substantielles et durables. Demain à Berlin, M. Papandréou, Premier ministre grec et ministre des Affaires étrangères sera l’invité d’Angela Merkel. Nous avons ce matin sur Deutschlandfunk le ministre adjoint grec des Affaires étrangères, M. Droutsas. M. Droutsas bonjour.
M. D. DROUTSAS : Bonjour M. Spengler.
JOURNALISTE : Qu’attendez-vous de la rencontre de demain entre Mme Merkel et M. Papandréou?
M. D. DROUTSAS : J’attends avant tout une très bonne discussion. Je pense que c’est une occasion exceptionnelle pour le Premier ministre grec de présenter de nouveau à Mme Merkel la façon dont le nouveau gouvernement grec – qui je le rappelle est au pouvoir depuis tout juste quatre mois – entend faire face à cette situation économique difficile dont la Grèce a hérité, en mettant en œuvre un ensemble de mesures préparées au terme d’un travail sérieux et systématique. Pas plus tard qu’hier, nous avons décidé et annoncé les mesures supplémentaires à Athènes, lors d’une séance extraordinaire du Conseil des ministres.
JOURNALISTE : Grâce à cet ensemble de mesures, vous devriez économiser 5 milliards d’euros. Est-ce que ces mesures suffiront à réduire cette année le déficit public de 12,7% à 8,7%, ou bien est-ce que des mesures d’austérité supplémentaires seront nécessaires ?
M. D. DROUTSAS : Nous espérons que ce train de mesures sera suffisant. Comme vous l’avez si bien dit, l’objectif du gouvernement grec pour 2010 est de ramener le déficit public de 12,7% à 8,7%, soit une réduction de quatre points. Nous sommes très optimistes et pensons que grâce à la bonne application de ces mesures nous pourrons atteindre cet objectif pour 2010. C’est notre obligation, c’est un devoir que le gouvernement grec accomplit avec sérieux
JOURNALISTE : La Grèce a besoin de 20 milliards d’euros jusqu’en mai pour pouvoir honorer ses dettes. D’où proviendra cet argent ?
M. D. DROUTSAS : En effet, les choses en sont ainsi. Nous sommes obligés, comme malheureusement de nombreux autres pays ou partenaires européens, d’emprunter aux marchés financiers internationaux par le biais d’émissions obligataires. C’est exactement sur ce point que nous avons besoin d’aide, nous avons besoin du soutien de nos partenaires européens, qu’ils fassent preuve de solidarité, afin que les obligations d’Etat de la Grèce sur les marchés financiers internationaux n’atteignent pas des taux exorbitants. Permettez-moi de vous donner un exemple pour que nos auditeurs comprennent mieux ce que je veux dire. Aujourd’hui la Grèce doit, pour un emprunt obligataire de 5 milliards d’euros, payer 750 millions d’euros de plus en taux d’intérêts que l’Allemagne pour un emprunt obligataire du même montant. Il s’agit des fameux « spreads » qui sont très élevés pour la Grèce et que nous essayons de réduire. C’est pourquoi nous avons besoin de la confiance des marchés financiers internationaux. C’est ce que servent ces mesures que nous annonçons. C’est pourquoi il est nécessaire que nos partenaires au sein de l’UE et de l’Allemagne nous soutiennent et expriment leur solidarité.
JOURNALISTE : Par le mot soutien, M. le ministre, entendez-vous un soutien économique, des payements directs ?
M. D. DROUTSAS : Permettez-moi d’expliquer. La Grèce, le gouvernement grec n’a jamais demandé à ses partenaires européens une aide économique directe. Cette aide n’est pas nécessaire, la Grèce n’en a pas besoin. Nous voulons assainir notre économie par nos propres moyens et notre budget national. Ce dont nous avons toutefois besoin de la part de nos partenaires au sein de l’UE et notamment de l’Allemagne, qui est un partenaire important, est qu’ils expriment leur solidarité expresse. Qu’ils envoient un message clair et catégorique aux marchés financiers internationaux, dans lequel ils exprimeront leur pleine confiance en la Grèce et le gouvernement grec.
JOURNALISTE : Pourquoi ne faites-vous pas appel au FMI ?
M. D. DROUTSAS : Nous sommes membres de l’UE, de la zone euro. Nous voulons nous en sortir par nos propres moyens, avec l’aide et le soutien de nos partenaires à l’UE. Tel est notre objectif et nous pensons avec optimisme que nous réussirons.
JOURNALISTE : Vous avez décidé d’appliquer des mesures d’austérité très dures. J’aimerais y revenir. Les retraites des employés des secteurs public et privé gèlent, les taxes sur les produits comme l’alcool et le tabac augmentent, le 13e mois de salaire de la fonction publique est réduit de 30% et le 14e mois de salaire de 60%. Est-ce que vos compatriotes vont accepter sans rien dire ?
M. D. DROUTSAS : Certes, la situation n’est pas agréable pour nos compatriotes. Naturellement le gouvernement en appelle à leur compréhension. Il s’agit de mesures dures et les temps sont difficiles pour les citoyens grecs. Toutefois, nous pensons que nous pourrons envisager la question par la voie du dialogue avec nos compatriotes.
JOURNALISTE : Est-ce que les Grecs savent que dans un pays riche, comme l’Allemagne, il n’y a quasiment pas de 13e mois de salaire dans la fonction publique, sans parler du 14e mois.
M. D. DROUTSAS : Comme je l’ai dit, ce sont des nécessités structurelles. Le salaire moyen d’un fonctionnaire grec est, si l’on compare à celui d’un fonctionnaire allemand, bien moins élevé et, par conséquent, la question du 13e et du 14e mois de salaire est très importante et sensible pour les Grecs. C’est pourquoi je pense – et cela atteste du sérieux et de la volonté du gouvernement de prendre des mesures sérieuses – que le gouvenement n’a pas hésité à soulever ces questions sensibles.
JOURNALISTE : Ces derniers temps, les articles dans la presse consacrés à la Grèce se multiplient. Souvent on peut lire que sans les pots-de-vin rien ne peut être fait en Grèce. Ou encore que quasiment personne en Grèce ne paye ses taxes, qu’un salarié sur quatre est fonctionnaire et qu’il y a de riches armateurs qui jouent les pauvres. Comment entendez-vous changer un tel système, une telle mentalité – dès lors que tout cela est vrai – sans révolution ?
M. D. DROUTSAS : Nous savons que dans le passé des mentalités ont prévalu auprès de l’opinion publique et ont conduit à cette situation fâcheuse pour l’économie grecque. Vous avez raison et l’un des grands projets de ce gouvernement est de changer cette mentalité. Mais cela ne peut se faire du jour au lendemain. Nous avons beaucoup de travail qui nous attend, un travail difficile, mais ce gouvernement est animé par la volonté de le faire. Et à ce stade, permettez-moi de vous dire une dernière chose. La Grèce connaît en effet une grave crise. Nous espérons non seulement que nous pourrons y faire face, mais aussi que nous verrons dans cette crise une opportunité que nous valoriserons pour bâtir la Grèce de demain.
JOURNALISTE : M. le ministre, permettez-moi de vous poser une dernière question. Dernièrement les relations gréco-allemandes ne sont pas au beau fixe. Pourquoi est-ce que les citoyens grecs ne tiennent pas compte des critiques ou des conseils de l’Allemagne ?
M. D. DROUTSAS : Tout d’abord, je pense que les relations entre nos deux pays, la Grèce et l’Allemagne continuent d’être très bonnes. Je pense que cela se reflètera dans la rencontre de demain entre M. Papandréou et la chancelière Angela Merkel. Il est faux de dire que le peuple grec ne veut pas entendre des conseils, bien au contraire. Mais il convient de tenir compte du fait que le citoyen grec doit relever un défi de taille. Il comprend bien que ce qui nous attend est difficile. Mais ces derniers temps, les citoyens entendent plus des critiques que de conseils, des critiques formulées sur des tons qui souvent peuvent générer des malentendus. Cela peut déchaîner les esprits. Toutefois, je répète que les relations entre la Grèce et l’Allemagne sont très bonnes. Bon nombre d’Allemands connaissent bien la Grèce et c’est, je pense, la meilleure base d’une coopération étroite et permanente et de très bonnes relations entre nos deux pays.
JOURNALISTE : Monsieur Dimitris Droutsas, ministre adjoint des Affaires étrangères de la Grèce, je vous remercie beaucoup pour cet entretien.
M. D. DROUTSAS : Je vous remercie aussi.
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