Athènes, le 6 avril 2011
JOURNALISTE : Monsieur le Ministre, qui a pris l’initiative d’organiser ces consultations avec l’envoyé libyen, M. Abdul Ati al Obeidi ?
D. DROUTSAS : C’est la partie libyenne qui a pris l’initiative d’organiser ces consultations, ces dernières étant notamment le résultat d’un entretien téléphonique entre le Premier ministre, M. Papandréou et le Premier ministre libyen M. Al Mahmudi, qui a été effectué suite à une demande formulée par Tripoli. Le résultat de cet entretien a été l’envoi d’un représentant libyen à Athènes, à Ankara et à Malte. Suite à des consultations avec nos partenaires de l’UE, de l’OTAN et du monde arabe, nous avons décidé d’accueillir l’envoyé libyen, vu que la Grèce n’a jamais voulu renoncer aux efforts consentis en faveur d’une solution politique.
JOURNALISTE : Après vos consultations avec Obeidi, est-ce que vous considérez plausible l’atteinte d’une solution politique ?
D. DROUTSAS : La plus importante conclusion de nos consultations a été que le régime libyen a reconnu qu’il n’existe pas d’autre possibilité que l’atteinte d’une solution politique. Cela est le premier pas important. Toutefois, nous ne pourrons nous rapprocher d’une solution tant que régime impose des conditions. Par conséquent, il est trop tôt pour conjecturer sur l’issue d’un tel processus. La partie libyenne a toutefois manifesté son intention de respecter les résolutions des Nations Unies, à savoir mettre fin aux hostilités et protéger la population civile. Néanmoins, le régime de Kadhafi avait dans le passé également déclaré son intention dans ce sens, ce qui n’a pas été le cas. A l’heure actuelle, la question est de trouver les modalités qui permettront d’imposer de manière efficace le cessez-le-feu et notre proposition va justement dans ce sens. Toutes les deux parties, le régime et le Conseil national intérimaire doivent, sous la surveillance des Nations Unies, de la Ligue arabe, de l’Union européenne et de l’Union africaine, créer les conditions nécessaires pour un cessez-le-feu efficace.
JOURNALISTE : Considérez-vous que les affirmations du régime concernant l’engagement d’un dialogue au sein du pays sont crédibles ?
D. DROUTSAS : Cette question demeure en suspens. La récente expérience acquise ne permet pas à la communauté internationale d’être optimiste. Par ailleurs, nous devons essayer de résoudre les problèmes par la voie diplomatique et politique car la poursuite des opérations militaires dans la région n’est dans l’intérêt de personne. La crédibilité des récentes assurances données par le régime sera bientôt vérifiée.
JOURNALISTE : Est-ce que l’envoyé libyen a donné l’impression que Tripoli considère qu’une éventuelle solution pourrait compromettre l’avenir politique de Mouammar Kadhafi ou de ses fils ?
D. DROUTSAS : Quand on est diplomate, il faut être prudent pour ne pas se diriger tout droit dans une impasse. La communauté internationale s’est d’ores et déjà exprimée à l’égard de l’avenir de Kadhafi. Il n’y a personne au sein de la communauté internationale qui pourrait s’imaginer que Mouammar Kadhafi puisse participer à la vie politique de la Libye dans le futur.
JOURNALISTE : Est-ce qu’Al Obeidi a parlé du rôle futur des fils de Kadhafi ?
D. DROUTSAS : Concernant cette question, on ne peut rien affirmer de concret à l’heure actuelle. Toutefois, il est clair que les futurs chefs du pays ne seront nommés que par le biais de la consultation du peuple libyen qui s’y prononcera en toute liberté.
JOURNALISTE : M. Al Obeidi a poursuivi son voyage à Ankara. Est-ce que la Libye est entrain de recherche le médiateur le plus accommodant ?
D. DROUTSAS : Je ne veux pas conjecturer sur les intentions du régime libyen concernant le voyage de l’envoyé spécial à Athènes, à Ankara et à Malte puisque des représentants libyens ont été envoyés dans des pays africains aussi. La Grèce, toutefois, n’est certainement pas un médiateur accommodant. En tant que pays de la région qui entretient de bonnes relations de longue date avec tous les pays arabes, nous souhaitons nous mettre à la disposition de la communauté internationale. Pour cette raison, je suis en contact étroit avec le ministre turc des Affaires étrangères, M. Davutoglu et le Premier ministre Papandréou est en contact permanent avec son homologue, M. Erdogan afin qu’ils puissent coordonner la tactique de nos pays dans la région. La Grèce et la Turquie peuvent de concert exercer leur influence dans le but de mettre fin à la crise.
JOURNALISTE : Est-ce que des rencontres supplémentaires ont été convenues avec la partie libyenne ?
D. DROUTSAS : Nous sommes en contact avec tous nos partenaires afin de discuter de la voie à suivre, notamment dans le cadre du groupe international de contact pour la Libye.