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Athènes, le 6 juillet 2010

 

 

Points principaux :

·          (Sur la question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine). Il semblerait qu’il y ait une certaine mobilité, car M. Gruevski envoie quelques messages timides indiquant qu'il comprend désormais qu’il faille changer d'attitude s’il veut réellement voir un avenir européen pour son pays. C’est pourquoi nous disons « nous attendons, si vous voulez venir à la table des négociations menées sous l’égide des Nations Unies et discuter de manière constructive, nous examinerons avec sérieux la question afin que nous puissions avancer ».

·          (Sur le dossier chypriote) Nous croyons en vos bonnes intentions (de la Turquie, ndlr) lorsque vous dîtes que vous souhaitez parvenir très rapidement à un règlement de la question chypriote. Toutefois, nous pensons qu’il faut enfin mettre en pratique toute cette théorie. Donc si vous voulez, en tant que pays, donner une véritable impulsion, une impulsion crédible aux négociations, il faut que vous procédiez à des actions qui contribueront à instaurer la confiance nécessaire aux négociations. Ces actions sont doubles : d'une part, le retrait des forces d’occupation et d’autre part le retour de Famagouste [à ces habitants légaux, NdT].

·                      (sur les relations gréco-turques) : Les derniers jours nous constatons une forte mobilité de la part de la partie turque, des demandes et des activités qui provoquent de toutes les façons. Toutefois, en ce qui nous concerne, je voudrais dire que, nous avons fait un choix clair d’œuvrer dans ce sens, à savoir de coopérer avec la Turquie. Il s’agit d’un choix et d’une décision politiques.

·                      Nous nous demandons si les activités de la partie turque de ces derniers jours sont conformes à la politique des problèmes zéro avec ses voisins, une politique dont la Turquie se prévaut très largement.

·                      La crédibilité de la partie turque est sans aucun doute mise en question. Par conséquent, la partie turque, les chefs politiques de la Turquie doivent prendre leurs décisions. Ils doivent prouver qu’ils resteront fidèles à leurs affirmations.

·                      Le gouvernement devant ces incidents fait preuve de retenue, de sérieux, de responsabilité et dans un même temps – et je voudrais souligner cela – de la détermination nécessaire. Nous avons transmis un message clair dans toutes les directions : nul ne peut contester que la Grèce et le gouvernement grec aient les moyens et la détermination de défendre ses droits souverains.

 

 

Texte intégral de l’interview :

 

M. N. HATZINIKOLAOU : Permettez-moi d’accueillir M. Droutsas, ministre adjoint des Affaires étrangère. M. le ministre bonjour.

 

M. D. DROUTSAS : Bonjour M. Hatzinikolaou, bonjour aux auditeurs de votre émission.

 

M. N. HATZINIKOLAOU : J’aimerais commencer par une question dont je dirais qu’il y a une certaine mobilité ces derniers temps : la question du nom de l'Ancienne République yougoslave de Macédoine. Y a-t-il du nouveau, est-ce que nous pouvons nous attendre très prochainement à des évolutions ?

 

M. D. DROUTSAS : J’aimerais rappeler les trois messages clairs que nous avons envoyés à la fois à nos voisins et à la communauté internationale dès que notre gouvernement a assumé ses fonctions.

Le premier message est que nous avons la volonté politique de parvenir à un règlement. Le deuxième est que ce règlement est soumis à des conditions : un nom avec indicatif géographique et pour tous les usages. Et le troisième message, tout aussi clair, est : il ne peut y avoir perspective européenne, vous ne pouvez commencer les négociations d’adhésion avec l’Union européenne si la question du nom n’est pas préalablement résolue.

Par ces trois messages clairs, la communauté internationale a bien compris que la Grèce, le gouvernement grec, le pensent vraiment et ont épousé ces points de vue. Ainsi c’est Skopje qui est maintenant sous pression. Si l’autre partie et plus précisément M. Gruevski changent sa façon de penser, alors on peut dire oui, nous avançons. Et il peut y avoir une perspective de règlement, toutefois, toujours dans le contexte que nous avons défini.

Une certaine mobilité peut transparaître car M. Gruevski envoie quelques messages timides indiquant qu'il comprend désormais qu’il faille changer d'attitude s’il veut réellement voir un avenir européen pour son pays. C’est pourquoi nous disons « nous attendons, si vous voulez venir à la table des négociations menées sous l’égide des Nations Unies et discuter de manière constructive, nous examinerons avec sérieux la question afin que nous puissions avancer ». Telle est la situation, très simplement. 

 

M. N. HATZINIKOLAOU : Très bien. Le dossier chypriote maintenant. Où en sommes-nous ? Y a-t-il des évolutions ? Ou bien est-ce que les choses sont complètement gelées? Je lis par exemple ces derniers jours dans la presse que le gouvernement chypriote fait de nouveau avancer le dossier de Famagouste en envoyant à la Turquie le message suivant : si elle [la Turquie] restitue le port de Famagouste à la Chypre libre, le gouvernement chypriote pourrait débloquer certains chapitres relatifs au parcours d'adhésion de la Turquie à l'Union européenne.

 

M. D. DROUTSAS : Pour nous la question est claire, tout comme notre attitude. Le Président, Dimitris Christofias, a un nouvel interlocuteur, à savoir le nouveau chef chypriote turc, M. Eroglu. Comme chacun sait, ce dernier a exprimé et continue d’exprimer des positions qui malheureusement font penser au passé de la question chypriote et non l’avenir. Ces positions ne sont pas tournées vers l’avenir, l’avenir nécessaire pour notre Chypre.

Et quel est cet avenir ? Il est au sein de l’Union européenne, que les Chypriotes grecs et Chypriotes turcs puissent réellement jouir en commun des privilèges que procure la participation à l’Union européenne.

Toutefois, il existe la question du manque de confiance qui a comme résultat de ne pas faire progresser les choses. Vous vous êtes référés à la question de Famagouste soulevée par le président Christofias. Je rappellerais que nous aussi, de notre côté, avons dit – je l’avais d’ailleurs moi-même affirmé lors d’une récente interview –, et là encore il ne faut pas se faire d’illusion, que la clé du dossier chypriote est à Ankara et nous aimerions dire à Ankara et à M. Erdogan personnellement la chose suivante :

Nous croyons en vos bonnes intentions lorsque vous dîtes que vous souhaitez parvenir très rapidement à un règlement de la question chypriote. Toutefois, nous pensons qu’il faut enfin mettre en pratique toute cette théorie. Donc si vous voulez, en tant que pays, donner une véritable impulsion, une impulsion crédible aux négociations, il faut que vous procédiez à des actions qui contribueront à instaurer la confiance nécessaire aux négociations. Ces actions sont doubles : d'une part, le retrait des forces d’occupation et d’autre part le retour de Famagouste [à ces habitants légaux, NdT].

La balle est dans le camp de la partie chypriote turque et d'Ankara, mais je ne cacherais pas que nous entrons dans une phase cruciale où il est nécessaire de faire preuve de vigilance, d’attention, de politique juste et d’unité.

 

Μ. Ν. HATZINIKOLAOU : Vous dites cela à cause des pressions exercées sur notre pays ?

 

M. D. DROUTSAS : Nous ne subissons aucune pression et nous ne jouons pas le rôle de simple spectateur. Nous lisons entre les lignes et voyons une certaine mobilité. Et, il est vrai que certaines pressions sont exercées, dans le sens où un calendrier doit être défini et d’ici à la date fixée les deux pays devront être parvenus à un accord et si cela n’est pas le cas, nous devrons envisager d’autres solutions.

 

A cet égard notre réponse a de nouveau été directe et claire : nous ne voulons pas entendre parler de pressions exercées depuis l’extérieur, nous ne voulons pas entendre parler de calendriers et notamment de calendriers artificiels.

 

Nous devons laisser les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs libres de discuter et de négocier leur avenir commun au sein de l’Union européenne.

 

Μ. Ν. HATZINIKOLAOU : Actuellement les discussions sur les recherches pétrolières en mer Egée et en mer Ionienne s’enflamment de nouveau ainsi que les discussions sur l’exploitation de la mer Egée à cause de la crise économique à laquelle notre pays est confronté.

Ma question est la suivante : quel est le climat actuel dans les relations gréco-turques et dans quelle mesure pourriez-vous être optimiste quant à la possibilité pour les deux pays d’entrer dans des eaux calmes au cours des prochaines années afin que soient réduites les dépenses militaires qui sont considérables des deux côtés de la mer Egée ?

 

M. D. DROUTSAS: Vous avez tout à fait raison et je ne serais pas crédible si j’affirmais que tout va très bien. Les derniers jours nous constatons une forte mobilité de la part de la partie turque, des demandes et des activités qui sont provocatrices. Toutefois je voudrais dire que, en ce qui nous concerne, nous avons fait un choix clair d’œuvrer dans ce sens, à savoir de coopérer avec la Turquie. Il s’agit d’un choix et d’une décision politiques.

 

Ces derniers jours, comme vous l’avez-vous-mêmes constaté, nous avons entrepris certains pas positifs. Des messages sont transmis par les chefs politiques de la Turquie, par M. Erdogan et M. Davutoglu avec lequel nous avons des contacts réguliers. Ils affirment  également leur volonté politique d’aller de l’avant.  Mais là encore notre réponse est que nous voulons croire à ces belles paroles et nous fondons nos actions sur ces paroles mais nous avons besoin de preuves tangibles.

 

Et, malheureusement, je le dis en toute sincérité, nous nous demandons si les activités de la partie turque de ces derniers jours sont conformes à la politique des problèmes zéro avec ses voisins, une politique dont la Turquie se prévaut très largement.

 

Nous sommes formels sur ce point  et nous posons la question suivante à la partie turque : est-ce que vous pensez que ces pratiques contribuent vraiment à la politique dont vous parlez ? Et nous attendons des réponses.

 

Une autre chose aussi : la crédibilité de la partie turque est sûrement mise en question. Par conséquent, la partie turque, les chefs politiques de la Turquie doivent prendre leurs décisions. Ils doivent prouver qu’ils resteront fidèles à leurs affirmations. Car il existe, bien évidemment, un déficit de confiance entre non seulement les deux pays, mais aussi entre nos deux peuples.

 

Nous voulons nous employer à instaurer la confiance nécessaire. Mais je me demande si des pratiques de ce genre, telles que celles survenues ces derniers jours – et sans vouloir ni exagérer ni sous-estimer le caractère sérieux de ces pratiques – y contribuent.

 

Je voudrais tout simplement assurer vos auditeurs et vous-mêmes que le gouvernement devant ces incidents fait preuve de retenue de sérieux, de responsabilité et dans un même temps – et je voudrais le souligner – de la détermination nécessaire. Nous avons transmis un message clair dans toutes les directions : nul  ne peut contester que la Grèce et le gouvernement grec aient les moyens et la détermination de défendre tous nos droits souverains.

 

Μ. Ν. HATZINIKOLAOU : Dernière question : dans quelle mesure la crise économique pèse lourd sur notre politique étrangère au niveau des entretiens que vous avez avec nos partenaires au sein de l’Union européenne et en général avec la communauté internationale ? Dans quelle mesure notre pays a-t-il été victime de diffamation par les médias en raison de la crise économique ?

 

M. D. DROUTSAS : Je vous donnerai la réponse que j’ai à maintes reprises donnée, à d’autres occasions : bien évidemment, la crise économique à laquelle nous sommes actuellement confrontés ne nous facilite guère la tâche mais dans un même temps je voudrais souligner que, pour ce qui est de la défense et de la promotion de nos questions et de nos intérêts nationaux, nous ne n’avons permis à personne de tout mettre dans le même sac.

 

Autrement dit, nous avons des positions immuables lesquelles sont axées sur les principes du respect absolu du droit international. Cela est respecté et par conséquent personne n’essaye en raison de la crise économique d’exercer des pressions supplémentaires sur l’une ou l’autre question. Nous ne l’avons pas permis. Je suis formel à cet égard.

 

Mais comme vous avez soulevé cette question, je voudrais également vous dire que dernièrement, après les décisions très sérieuses qui ont été prises par le gouvernement – des mesures malheureusement difficiles à supporter pour nos concitoyens – notre pays a, en grande partie, regagné sa crédibilité.

 

Je vous le dis en toute sincérité.  Lorsque nous avons assumé nos fonctions nous avons fait l’objet de vives critiques – des critiques qui, bien entendu, blessent – mais les commentaires sont de plus en plus positifs maintenant, dans le sens où la Grèce et le peuple grec ont fait preuve de leur capacité à envisager avec sérieux une telle crise.

 

Le peuple grec a été très courageux car il a accepté ces mesures, il a accepté aussi de faire des sacrifices. Et la communauté internationale le reconnaît.

 

Μ. Ν. HATZINIKOLAOU : Je vous remercie.

 

M. D. DROUTSAS : Je vous remercie également.




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