Athènes, le 4 juin 2010
M. G. DELAVEKOURAS : Bonjour. J’aimerais commencer par l’affaire du convoi d’aide humanitaire à Gaza et le rapatriement de nos compatriotes.
Comme vous le savez, hier, tôt le matin, le ministre adjoint des Affaires étrangères et les représentants des partis et les familles [des ressortissants grecs détenus en Israël] ont accueilli les ressortissants grecs rapatriés d’Israël à bord d'un avion spécial de l'armée de l'air.
Comme nous l’avons affirmé à partir du moment où les faits ont été rendus public, pour nous toute Organisation non gouvernementale exerçant une activité légale doit pouvoir exercer son activité librement, c’est une question de principe
Notre pays a condamné de manière catégorique l’opération militaire conduite dans les eaux internationales par l’armée israélienne; il l'a condamnée non seulement en termes forts, mais aussi concrètement en interrompant un exercice militaire gréco-israélien en cours et en reportant la visite du chef d'état-major de l'armée de l’air israélienne.
Nous avons de concert avec nos partenaires demandé l'ouverture d'une enquête afin de pouvoir avoir un tableau complet de la situation.
J’aimerais redire que toutes les actions du ministère des Affaires étrangères pendant toute la durée de cette crise ont été dictées par la nécessité de garantir la sécurité de nos compatriotes et de veiller à leur rapatriement le plus rapidement possible.
Pour cette raison, de nombreuses démarches ont été entreprises au niveau du niveau du ministre adjoint des Affaires étrangères, du Secrétaire général du ministère et de notre ambassadeur à Israël.
J’aimerais par ailleurs rappeler les contacts qu’a eus Premier ministre avec le Président de la République chypriote, le Président de l'Autorité palestinienne, le Secrétaire général de la Ligue arabe, le Premier ministre de la Turquie et le ministre des Affaires étrangères d'Israël.
Le ministre des Affaires étrangères aura, au début de la semaine prochaine, une rencontre avec les ambassadeurs arabes accrédités à Athènes, comme l'ambassadeur d'Israël. Lors des entretiens entre le Premier ministre et le Président Christofias, ces derniers sont convenus de travailler de concert en vue d'examiner des moyens visant à augmenter le flux d’aide humanitaire. Pour cette raison, un effort commun sera entrepris afin que nous puissions avoir des résultats.
Passons maintenant aux programmes. Aujourd’hui, à 12h00, le ministre adjoint des Affaires étrangères participera à la discussion sur l’Accord de Stabilisation et d’Association entre l’Union européenne et la Bosnie-Herzégovine.
Mercredi, il est prévu que le ministre adjoint accompagne le Premier ministre qui effectue une visite en Libye.
En ce qui concerne le programme du Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, M. Kouvelis, tôt ce matin, il a eu une rencontre avec le Directeur exécutif du «American Hellenic Institute», tandis que dimanche 6 juin, il se rendra en Russie afin de participer aux travaux de la 7e Réunion du Comité interministériel mixte Grèce – Russie, consacrée à « la coopération économique, industrielle et technologique ». Dans le cadre de la visite, il aura des rencontres avec des représentants de la communauté grecque. Il prononcera une allocution avec le ministre des Transports de la Russie lors de la 3e Conférence d’affaires Grèce - Russie intitulée « De la crise financière internationale au développement de nouvelles perspectives de coopération Grèce - Russie.
Mardi 8 juin, M. Kouvelis se rendra à Sotchi, ville des Jeux Olympiques d’hiver de 2014. Il visitera les installations olympiques et participera à une table ronde consacrée aux moyens visant à élargir la coopération entre la Grèce et la Russie lors de la préparation des Jeux olympiques. A Sotchi, il aura une rencontre avec le vice-président du gouvernement russe, M. Kozak. Enfin, de retour à Moscou, M. Kouvelis assistera à une manifestation consacrée à la présentation de vins grecs.
Je passe à un autre sujet et j’aimerais rappeler que lorsque le ministre adjoint des Affaires étrangères s’était déplacé à Agathonissi pour fêter l’Epiphanie, nous étions convenus alors avec la communauté d'Agathonissi que le ministère des Affaires étrangères aurait assumé la réalisation du Site internet d'Agathonissi qui n’existait pas.
Le Site Internet d’Agathonissi pilote fonctionne depuis un mois et demi environ à l’adresse WWW.AGATHONISI.GR. Conçu par l’équipe de développement de sites Internet du ministère des Affaires étrangères, il présente la culture et les traditions de l'île, les sites archéologiques ainsi que l'infrastructure touristique; un riche éventail de photos illustre le site Internet. Il s'agit d'un effort visant à valoriser l'île et à présenter ses possibilités touristiques pour augmenter le flux de touristes à destination d'Agathonissi.
La coupe du monde de football approchant, j’aimerais vous rappeler que des informations sont disponibles pour tous ceux qui ont l'intention de visiter l'Afrique du Sud pour suivre les matchs de notre équipe nationale sur le site Internet du ministère des Affaires étrangères www.mfa.gr, sur le site de notre ambassade en Afrique du Sud www.mfa.gr/pretoria, mais aussi sur Facebook http://www.facebook.com/mfa.gr et Twitter http://twitter.com/greeceMFA.
Passons à deux autres questions. En ce qui concerne la présidence de la CEMN, de l’Organisation pour la Coopération de la Mer Noire, notre pays assume la présidence de cette Organisation depuis le 1er juin jusqu’à la fin de l’année.
La présidence grecque est axée sur le développement vert. Notre objectif est l'adoption et le développement de certains projets déjà en cours dans le domaine des transports terrestres et maritimes. Par ailleurs, la réalisation de projets régionaux sur l'économie d'énergie, la promotion de sources alternatives d'énergie et l'esprit d'entreprise.
Sur l’agenda de la présidence grecque de la CEMN figure le renforcement des liens de coopération de la CEMN avec l’Union européenne, ce sur quoi nous avons travaillé activement dans le passé également et notamment le développement de l'initiative européenne pour la Coopération en Mer noire.
Vers la fin du mois, la deuxième quinzaine du mois de juin, une manifestation sera organisée par le ministère des Affaires étrangères afin de présenter les priorités de la présidence grecque, tandis que la manifestation annuelle aura lieu à Istanbul, comme chaque année, qui est le siège de l’Organisation.
Enfin, notre pays assume la présidence du groupe de contact pour la lutte contre la piraterie au large des côtes de la Somalie, comme vous le savez déjà. Le 10 juin se tiendra la réunion du groupe de contact à New York, un événement majeur pour notre présidence, qui jusqu’à présent a recueilli des commentaires particulièrement positifs.
C’est ce que je voulais vous dire. Je suis à votre disposition pour répondre à vos questions, s'il y en a.
M. CH. LOUKAS : M. le porte-parole, au cours de ces dernières 24 heures, d’importantes informations concernant la crise de Gaza – car il s’agit d’une crise – ont été communiquées. En effet, le gouvernement Obama admet avoir contacté les Israéliens avant le déroulement de l’opération sanglante ; les Américains avaient d’ailleurs demandé à Israël d’être prudent.
Je vous lis la déclaration de M. Crowley, représentant du State Department : « Nous avons contacté plusieurs fois Israël par le biais de diverses chaînes en ce qui concerne la flottille. Nous leur avons demandé de faire preuve de retenue et de prudence compte tenu de la présence de citoyens, dont des ressortissants américains ».
J’ai une question directe à vous poser : est-ce que la partie grecque était en contact avec les israéliens avant l’incident tragique, déteniez-vous une quelconque information, saviez-vous que les Israéliens allaient conduire une opération contre la flottille internationale qui transportait également des ressortissants grecs ?
M. G. DELAVEKOURAS : Nous suivons de prêt la préparation de cette mission depuis des mois. Nous étions en contact avec les organisateurs ici en Grèce et par la suite, pendant toute la durée de la mission.
Nous étions aussi en contact permanent avec la partie israélienne et nous avions souligné la nécessité de garantir la sécurité des ressortissants grecs qui allaient participer à cette mission.
Israël avait annoncé son intention d’empêcher l’accomplissement de la mission, nous le savions et c’est pourquoi nous avions averti les organisateurs du risque que comportait leur mission.
En tout cas, l’opération militaire dans les eaux internationales conduite par Israël est condamnable et pour cette raison nous avons requis le rapatriement immédiat des ressortissants grecs, ce qui s’est finalement passé et tous les Grecs sont rentrés sains et saufs.
M. CH. LOUKAS : Est-ce que peu avant l’opération la coordination était assurée, vous aviez des informations ?
M. G. DELAVEKOURAS : Nous n’avons jamais eu de coordination opérationnelle avec Israël. Nous avions des contacts politiques, diplomatiques, tout le temps, afin de faire pression et assurer la sécurité des ressortissants grecs. Dans le même temps, nous étions en contact avec les organisateurs afin que nous puissions les informer du danger que comportait leur mission.
M. O. PANTELOGLOU : Puisque vous avez parlé de l’interruption de l’exercice gréco-israélien, est-ce qu’une décision a été prise au sujet de l’interruption de la seconde partie de l’exercice qui devrait commencer à la fin du mois de juin et qui concerne les mêmes forces qui ont mené l’opération des forces israéliennes ?
M. G. DELAVEKOURAS : Cet exercice a été interrompu, comme nous l’avons déjà annoncé.
J’aimerais toutefois ajouter – et cela est important de le dire – que nous voulons maintenir les voies de communication, en vue de garantir le processus de paix. Nous sommes actuellement à une étape cruciale du processus de paix, les contacts de proximité ont déjà été engagés.
Certes, les incidents dramatiques qui se sont produits avec l’envoi de l’aide humanitaire à Gaza grèveront ce processus, cela ne fait aucun doute. Toutefois, ce processus ne devra pas être interrompu. Nous devrons mettre l’accent sur l’énorme enjeu existant, à savoir la paix au Moyen-Orient.
Nous devons trouver les moyens de poursuivre ce dialogue, afin que la question du Moyen-Orient puisse être résolue sous tous ses aspects. De toute évidence, la violence ne peut apporter de solutions, ni encore faire la publicité de la violence.
C’est là que nous devons tous unir nos forces. Pour cette raison, la Grèce souhaite une implication active de l’Union européenne, c’est pourquoi nous voulons que la question soit débattue lors du prochain Conseil Affaires générales, c’est pourquoi nous déployons des efforts avec Chypre en vue d’ouvrir des couloirs humanitaires ; nous devrons trouver des moyens de faire avancer le processus de paix. C’est seulement ainsi que nous pourrons avoir la paix dans la région du Moyen-Orient.
M. O. PANTELOGLOU : En ce qui concerne l’augmentation de l’envoi d’aide humanitaire à Gaza. De quelle façon l’aide doit-elle être acheminée ? De la façon dont Israël le prévoit et l’avait proposé comme alternative, à savoir du port d’Ashdod d’abord et par la route ensuite ou bien directement ?
M. G. DELAVEKOURAS : Cette façon existe déjà. La question est de savoir comment nous pourrons augmenter l’aide. Actuellement, tout le monde demande la levée immédiate de l’embargo sur Gaza. A Gaza vivent des gens qui ont besoin de nous.
La Grèce a l’a prouvé concrètement en envoyant de l’aide, en offrant systématiquement de l’aide humanitaire, encore pendant cette conjoncture difficile que nous traversons, sans relâche, car nous voulons aider nos semblables de cette région.
Nous sommes à quelques heures après l’incident tragique que nous avons décrit. Nous devons voir comment nous pourrons augmenter l’aide humanitaire. C’est une nécessité. Nous devons trouver des moyens de lever l’embargo sur Gaza.
Mais je le répète, le plus difficile dans cette histoire est de trouver les moyens de soutenir et de promouvoir le processus de paix. De parvenir à une solution de la question du Moyen-Orient, dans tous ses aspects.
MME K. FRYSSA : Vous avez parlé d’une initiative commune Grèce – Chypre pour l’aide humanitaire. Est-ce que vous pensez prendre des initiatives dans un avenir proche ?
M. G. DELAVEKOURAS : Cela a été le fruit d’une entente entre le Premier ministre grec et le Président de la République chypriote. M. Droutsas, ministre adjoint des Affaires étrangères a également discuté avec le ministre chypriote des Affaires étrangères. Ils sont en coordination avec de pouvoir mettre en œuvre les prochains pas à entreprendre. Nous vous donnerons, ces prochains jours, des informations y relatives. Des voyages sont d’ores et déjà prévus, des contacts.
M. G. CHADOULIS : Un peu plus tôt, en semaine, M. Zepos a eu des informations selon lesquelles les activistes grecs ont subi des mauvais traitements. M. Droutsas a parlé avec eux hier. J’aimerais savoir si nous avons des informations supplémentaires sur ces personnes, sachant que le ministre adjoint leur a parlé en privé, si cela est vrai et si vous avez entrepris d’autres actions avec Israël.
Ma deuxième question est la suivante : au début vous avez dit que toutes les actions légales des ONG devaient être autorisées. Ici les avis divergent, nous le savons, c’est pourquoi j’aimerais savoir si selon les informations disponibles cette opération était légale sur toute son étendue ?
M. G. DELAVEKOURAS : Pour répondre à votre première question, j’aimerais tout d’abord rappeler les actions entreprises par notre ambassade à Israël. Nous avions une équipe à Ashdod. L’ambassadeur de Grèce était dans la prison, la première journée pour faire pression et pouvoir voir la quasi-totalité des Grecs. Notre ambassade a réussi à être avec les ressortissants grecs avant leur départ de l’aéroport. Elle les a mis en contact avec un avocat.
Certains Grecs se plaignent de mauvais traitements. La cellule de crise, sur mandat du ministre adjoint des Affaires étrangères, entrera en contact avec tous les citoyens grecs qui ont participé à la mission en vue de recenser ces plaintes, les objets perdus et ces informations seront utilisées lors de nos contacts avec la partie israélienne.
Pour répondre à votre deuxième question, je redirais qu’en tant qu’UE nous avons demandé qu’une enquête soit conduite. Nous voulons la mise en place d’une enquête indépendante qui permettra de faire la lumière sur cette affaire. Cela est également dans l’intérêt d’Israël, afin de voir ce qui s’est réellement passé et qui a des responsabilités. Et si responsabilité il y a, la justice devra être rendue.
MME CH. POULIDOU : (hors micro) que signifie indépendante ?
M. G. DELAVEKOURAS : Une enquête qui nous fournira des conclusions fiables.
JOURNALISTE : (hors micro)
M. G. DELAVEKOURAS : Actuellement, nous sommes en train de gérer la crise. Mais ce que nous voulons est de faire toute la lumière sur l’affaire et pour ce faire il faut mettre en place une enquête indépendante ce qui nous fournira des résultats fiables sur les vrais faits et nous permettra par la suite de prendre les décisions y relatives. Je pense que cela est dans l’intérêt d’Israël aussi.
MME CH. NIKOLAOU : Autrement dit, vous avez demandé la mise en place d’un groupe constitué de représentants de pays qui sera chargé de la coordination de cette affaire ? Avez-vous pris vous-mêmes une initiative relative à la constitution d’un comité qui enquêtera sur les faits ?
M. G. DELAVEKOURAS : Non. A l’heure actuelle, nous avons demandé la mise en place d’une enquête en notre qualité de membres de l’UE. Toutefois, nombreux sont ceux qui préconisent la constitution d’un tel comité. Je pense que cela est également une chose acquise en Israël aussi. La question est maintenant de mettre en place cette enquête et de voir les résultats. Toute la lumière devra être faite.
MME N. VIDALI : La mise en place d’une enquête est une décision du Conseil de sécurité. Indépendamment de cette enquête, s’agit-il d’une initiative de l’UE ou y a-t-il une coopération dans le cadre des Nations Unies ?
M. G. DELAVEKOURAS : En fait, nous parlons de la même chose. L’UE a demandé par la voie d’un communiqué fait lundi matin la mise en place d’une enquête. Par la suite, le Conseil de sécurité a fait une déclaration politique. La communauté internationale est en faveur d’une enquête circonstanciée sur ces faits. Cela est indispensable.
M. N. STAVROULAKIS : Permettez-moi de rebondir sur la question de mon collègue et de la développer. Vous avez dit qu’une activité de ce genre de la société civile devrait être exercée librement à condition qu’elle soit légale. Admettons que cette activité fut légale ? Est-ce qu’elle était exercée librement ? Car, comme nous avons pu le constater, cette activité était menée sous l’égide du gouvernement de M. Erdogan. Qu’en pensez-vous ?
M. G. DELAVEKOURAS : De tout cela, il faut retenir que les ressortissants grecs qui participaient à cette mission étaient à bord d’un navire battant pavillon grec et qu’à l’heure de l’opération militaire, ce dernier se trouvait dans des eaux internationales. Je vous répète qu’une enquête devra être menée afin de faire toute la lumière sur ces incidents.
Cela dit, nous parlons des ressortissants grecs et d’un navire grec. Les motifs de chaque organisation non gouvernementale, ses contacts ou ses moyens de financement, tout cela est une autre histoire. S’agissant de ressortissants grecs et du navire battant pavillon grec, je vous répète que ce navire se trouvait dans des eaux internationales et transportait une aide humanitaire.
M. N. STAVROULAKIS : Je veux dire qu’une activité menée par la société civile est devenue une activité gouvernementale.
M. G. DELAVEKOURAS : Je n’ai pas l’intention d’émettre de commentaire sur la façon dont les organisations non gouvernementales en Turquie exercent leurs activités. Moi, je parle des ressortissants grecs qui se trouvaient dans des eaux territoriales et transportaient une aide humanitaire.
MME R. MALTEZOU : (hors micro) Les deux navires étaient-ils grecs ?
M. G. DELAVEKOURAS : Il y a un navire battant pavillon grec et un autre appelé « SFENDONI » battant pavillon étranger.
MME R. MALTEZOU : Est-ce que nous connaissons la raison pour laquelle certains activistes sont rentrés plus vite que d’autres ?
M. G. DELAVEKOURAS : Je n’ai pas en ce moment d’informations fiables. Un premier groupe constitué de six personnes est arrivé. Lorsqu’ils ont quitté Israël, la situation était différente sur la base des contacts que nous avions avec la partie israélienne. En d’autres termes, les intentions d’Israël étaient différentes à l’égard de la gestion de l’affaire relative aux participants à cette mission.
Par la suite, le gouvernement d’Israël a rendu une décision au niveau politique en vue d’accélérer les processus et de libérer l’ensemble de participants. Pour notre part, un avion de l’armée de l’air grecque était prêt à décoller. Cet avion a été en fait envoyé en Israël en vue d’accélérer la libération et le rapatriement des personnes détenues ce qui a été fait finalement.
M. G. VLAVIANOS : Monsieur le porte-parole, une question sur le droit de la mer : est-ce que son application est stricte comme elle devrait l’être ? Car nous voyons la Turquie pousser des cris d’indignation en disant que ces incidents sont survenus dans des eaux territoriales au large de Gaza alors qu’elle n’a pas signé le droit de la mer et ne le reconnaît pas pour ce qui est de l’Egée. Qu’entend faire la diplomatie grecque à l’égard de cette question ?
M. G. DELAVEKOURAS : Lors de la réunion du Conseil de sécurité à laquelle a également participé le ministre turc des Affaires étrangères, M. Davutoglu, ce dernier a signalé que les actions d’Israël constituent une violation du droit de la mer et du droit coutumier international.
Nous espérons que cela est une position de principe qui atteste d’un changement d’attitude de la Turquie à l’égard de cette question. Nous espérons qu’il s’agit d’un premier pas afin que la Turquie se rallie aux 160 autres pays du monde qui ont signé et ratifié la convention sur le droit de la mer, ce dernier étant le seul moyen pour régler la question relative à la délimitation des zones maritimes entre la Grèce et la Turquie ainsi que la seule réponse claire aux contestations soulevées de temps à autre par Ankara.
M. F. PAPATHANASSIOU : J’ai constaté que vous aviez mis un accent particulier sur l’aspect politique, à savoir sur la sauvegarde des pourparlers de proximité sur la question du Moyen-Orient.
Au même titre, outre l’initiative commune qu’envisagent de prendre la Grèce et le gouvernement chypriote, est-ce qu’elle entend également entreprendre certaines actions au niveau politique ?
M. G. DELAVEKOURAS: Nous sommes d’ores et déjà en train d’examiner les actions qui pourront être éventuellement entreprises dans le cadre des pourparlers et des contacts.
Comme je vous l’ai dit, le ministre adjoint des Affaires étrangères aura des contacts la semaine prochaine avec des ambassadeurs des pays arabes, avec l’ambassadeur d’Israël, ce qui modifiera éventuellement l’agenda prévu.
Les positions qui sont actuellement en cours d’élaboration seront abordées avec nos partenaires au sein de l’Union européenne. Nous pensons que l’Europe doit jouer un rôle. C’est un interlocuteur objectif qui peut apporter une contribution importante à la question du Moyen-Orient au niveau de l’aide au développement et humanitaire. Toutefois, sa présence politique n’est pas aussi marquée.
Nous devons mettre en avant de nouvelles idées. Il existe le processus des pourparlers de proximité et nous devons faire un pas de l’avant. C’est pourquoi, nous voulons avec nos partenaires de l’UE discuter de certaines idées et parvenir à une position commune qui prendra en considération non seulement les données disponibles jusqu’à ce jour, mais qui permettra aussi de trouver de nouveaux moyens et de progresser dans le sens voulu.
M. F. PAPATHANASSIOU : Toutefois, toutes ces démarches se feront-elles au niveau européen et non pas bilatéral ?
M. G. DELAVEKOURAS : Bilatéral, pourquoi ? Quelle est l’autre partie ?
M. F. PAPATHANASSIOU : La Grèce veut entreprendre des actions au niveau de l’UE, à savoir c’est l’Union européenne qui entreprendra les prochains pas.
M. G. DELAVEKOURAS : Nous pensons qu’une présence clairement définie et coordonnée, une voix politique claire aura de la part de l’Union européenne dans son ensemble aura un poids plus important. Bien entendu, nous ne sommes pas les seuls à entreprendre des actions car les autres partenaires au niveau international devront également apporter une aide dans ce sens. Nous aurons besoin de l’aide du Quartet, des Nations Unies, de la Russie, des Etats-Unis, nous devons investir dans la recherche d’un règlement définitif de la question du Moyen-Orient dans son ensemble.
MME CH. POULIDOU : Une clarification. D’après nos informations, les six premiers ont signé un document que les autorités israéliennes leur ont remis en langue juive dans lequel ils regrettent avoir violé l’espace maritime d’Israël. Est- ce que les autres aussi ont été appelés à signé ce document ?
M. G. DELAVEKOURAS : D’après mes informations, de ce groupe de six personnes, ils n’ont pas tous signé ce document. Par conséquent, je ne peux pas vous dire en toute certitude qui a signé ou s’il a signé un document. D’après les informations parvenues à notre ambassade, certains ont signé ce document et d’autres non.
M. O. PANTELOGLOU : Est-ce qu’il y a des questions légales demeurées en suspens pour les personnes qui sont retournées en Grèce ou la question est-elle considérée comme étant close ?
M. G. DELAVEKOURAS : Tout d’abord, nous parlons d’une enquête qui sera menée sur les incidents en vue de nous renseigner sur les véritables faits.
Deuxièmement, j’imagine que ces personnes elles-mêmes examineront leurs choix légaux. Notre ambassade a mis à disposition un avocat et a réussi à accompagner le groupe grec jusqu’à l’aéroport. Ils ont donc contacté un avocat et examineront les possibilités offertes.
En ce qui concerne le ministère des Affaires étrangères, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, la cellule de crise se mettra en contact avec ces personnes en vue de les débriefer et nous verrons en fonctions des conclusions comment les choses évolueront.
M. G. VLAVIANOS : Jusqu’à présent, les pourparlers de l’UE sont menés avec l’Autorité palestinienne sur les territoires palestiniens. Est-ce que l’UE entend changer sa politique et entamer désormais des pourparlers avec d’autres interlocuteurs…
M. G. DELAVEKOURAS : Aucune discussion n’est actuellement engagée dans le cadre européen.
M. CH. LOUKAS : Vu que des ressortissants grecs ont été arrêtés dans des eaux internationales et ont été retenus comme otages, pensez-vous que la réaction grecque vis-à-vis d’Israël a été similaire à celle par exemple de l’Afrique du sud, de l’Equateur ou du Nicaragua qui ont révoqué leurs ambassadeurs et ont suspendu leurs relations diplomatiques avec Israël ?
Une deuxième question : si vous me le permettez, s’agissant de la question du programme nucléaire iranien, la chaîne iranienne « PRESSE TV » a diffusé des informations d’après lesquelles, la Grèce et la Suède soutiennent la déclaration de Téhéran, à savoir l’accord sur le projet d’échange d’uranium contre du combustible nucléaire entre Téhéran et Ankara. Selon toujours cette chaîne, il y a eu un entretien téléphonique entre M. Papandréou et M. Mottaki, le ministre iranien des Affaires étrangères mercredi soir. Ma question est la suivante : vu les objections de l’Ouest, notamment des Etats-Unis à l’égard de cette question, la position de la Grèce sur la question du nucléaire iranien se différencie désormais de la position de l’Ouest et sur quel motif ? Merci.
M. G. DELAVEKOURAS : Pour ce qui est votre première question, comme je vous l’ai dit tout à l’heure, actuellement notre objectif est de maintenir les canaux de communication ouverts, de pouvoir protéger le processus de paix. Car de ce processus émanera la solution et la paix.
Le gouvernement grec a fermement condamné cet acte d’Israël et a procédé à des actions précises. Ce qui importe est de procéder, de parvenir à une solution et non pas de couper les ponts.
Pour ce qui est de la deuxième question, nous avons très naturellement suivi toutes les évolutions. Ce qui nous intéresse dans un premier temps, c’est d’assurer une bonne coopération entre l’Iran et l’Agence internationale de l’Energie atomique concernant son programme nucléaire. L’accord auquel vous vous êtes référé a toute son importance, importante qui est évaluée à l’heure actuelle.
Parallèlement, dans le débat élargi qui se déroule sur la coopération entre l’Iran et l’Agence internationale de l’Energie atomique, les points de vue des « 3 plus 3 » qui négocient avec l’Iran depuis de nombreuses années revêtent manifestement une importance capitale.
MME CH. POULIDOU : Permettez-moi de changer de sujet. Il y a deux jours, à Sarajevo, M. Droutsas a rencontré Mme Ashton. Ont-ils discuté de la question du nom avec Mme Ashton à Sarajevo ?
M. G. DELAVEKOURAS : Non.
JOURNALISTE : Pas du tout ?
M. G. DELAVEKOURAS : Pas du tout.
MME S. RISTOVSKA : Comment était la rencontre avec M. Milososki ? Quelle a été votre impression et pouvez-vous nous dire si vous vous attendiez à ce que la question soit résolue jusqu’au 17 juin, date de la réunion au sommet, pour que l’Ancienne République yougoslave de Macédoine reçoive une date d’adhésion, de négociation avec l’Union européenne. Autrement dit, le délai est court, donc …
M. G. DELAVEKOURAS : Lors de la brève discussion du ministre adjoint des Affaires étrangères et de M. Milososki en marge de la réunion UE – Balkans occidentaux, nous avons de notre côté réitéré la nécessité pour les chefs politiques de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine de venir à la table des négociations avec un esprit constructif.
La Grèce, pour sa part, souhaite réellement parvenir à une solution. Nous avons entrepris des pas nécessaires dans ce sens en vue d’améliorer le climat de la relation entre les deux pays.
Toutefois, je ne peux vous cacher que ce qui nous parvient de Skopje nous inquiète, comme par exemple le discours prononcé récemment par le Premier ministre Gruevski. Je pense qu’une telle rhétorique est la meilleure preuve car il est impératif de trouver une solution à la question du nom. La question du nom devient le véhicule du nationalisme. Cela doit changer et cela changera que lorsque nous parviendrons à une solution définitive, mutuellement acceptable par les deux parties.
C’est ce que nous voulons, mais en dépit de nos efforts nous ne constatons aucune réaction favorable de la part de l’autre partie et cela ne procure aucun optimisme. Nous continuerons nos efforts, nous sommes résolus à parvenir à une solution et nous œuvrerons dans ce sens.
Le sentiment que nous avons de la société civile en Ancienne République yougoslave de Macédoine, le sentiment que nous avons de nos contacts est que les deux peuples peuvent être amis. La Grèce n’a pas besoin d’être présentée à Skopje comme un pays ennemi.
De cette manière, nous ne parviendrons jamais à une solution. Nous sommes convaincus que les deux pays peuvent être de bons voisins, mais nous ne pouvons y parvenir si Skopje dresse systématiquement un tableau noir de la Grèce. Cela doit changer. Le climat dans les relations entre les deux pays doit changer et c’est ce à quoi nous nous employons.
Nous avons eu des rencontres du Premier ministre grec avec son homologue de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine. Nous avons eu des initiatives communes de coopération de la part de la Grèce, comme ce fut le cas à Prespès.
La Grèce soutient l’intégration de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine aux instances euro-atlantiques, mais cela devra être fait sur une base claire, à savoir une appellation mutuellement acceptable.
MME S. RISTOVSKA : Si une solution n‘est pas trouvée jusqu’à la réunion sommet, est-ce que la Grèce mettra son veto ?
M. G. DELAVEKOURAS : Il existe des décisions prises à l’unanimité de l’UE qui stipulent clairement que la question du nom doit être résolue afin que l’Ancienne République yougoslave de Macédoine commence ses négociations d’adhésion. Et je le répète, notre souhait est de trouver une solution, demain même si nous le pouvions. Et nous sommes prêts.
La question fait l’objet de discussions depuis 17 ans. Nous n’attendrons pas une quelconque illumination, c’est de la volonté politique dont nous avons besoin. Une volonté politique claire. Et la Grèce a cette volonté politique.
Nous espérons que le gouvernement à Skopje prendra ces décisions politiques importantes et fera les pas nécessaires. Mais une chose doit être claire : nous ne pouvons parler de perspective euro-atlantique de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine sans la résolution préalable du nom.
Merci beaucoup.