Athènes, le 7 juillet 2011
(langue de l’original : allemand)
SZ : Monsieur le ministre, est-ce que vous recommandez aux Allemands – en toute bonne conscience – de visiter la Grèce cette année pour les vacances ?
M. LAMBRINIDIS : Bien entendu, des milliers d’Allemands ont déjà pris la décision de venir en Grèce. Ils n’ont pas besoin de mes encouragements. Notre industrie touristique est particulièrement saine. Les revenus provenant du tourisme ont enregistré cette année une hausse de 10%.
SZ : Ce n’est pas sans raison que nous vous posons la question. Est-il vrai que les Allemands ne sont pas particulièrement appréciés en ce moment en Grèce ?
M. LAMBRINIDIS : Cela n’est pas vrai. Souvent la politique et les articles publiés dans la presse sont confondus avec la réalité. La majorité écrasante des Grecs, non seulement n’éprouvent aucun ressentiment vis-à-vis des Allemands, mais au contraire ils sont reconnaissants de la solidarité dont l’Allemagne a fait preuve.
SZ : Est-ce que les manifestations donnent une image tronquée du pays ?
M. LAMBRINIDIS : Il est certain qu’il y a des situations extrêmes. Dans mon pays, on peut rencontrer des manifestants arborant des affiches aux slogans offensants pour les Allemands. Je peux comprendre les manifestations, mais ce genre d’incidents me met en colère. Ces gens ne représentent qu’eux-mêmes. En Allemagne aussi il y a eu des gens qui ont dit des choses terribles sur les Grecs. Cela m’attriste également. Depuis des décennies la relation bilatérale est particulièrement bonne. On ne peut permettre que prévale l’opinion de ces personnes qui essayent d'affaiblir cette relation.
SZ : Est-ce que toute proposition de la Chancelière Angela Merkel était la bienvenue ?
M. LAMBRINIDIS : Certaines propositions sont les bienvenues, d’autres le sont moins. Il en a été probablement de même avec les propositions grecques au gouvernement allemand. Mais ce n’est pas la question. Cette crise a révélé des problèmes essentiels dans la gestion économique grecque, mais aussi des questions fondamentales pour la structure de la zone euro. Nous devions tous tirer les enseignements appropriés, la chancelière et aussi le premier ministre grec. Une chose est sûre maintenant, nous avançons ensemble pour avoir un euro qui soit le plus sûr et le plus fort possible, pour une évolution positive dans la zone euro et dans toute l’Europe.
SZ : La critique de la chancelière concernant la Grèce était-elle juste ?
M. LAMBRINIDIS : Dans l’Union européenne, il y a le principe important de la responsabilité, que la Grèce a violé en affichant un énorme déficit budgétaire. Le message de la chancelière parlant du retour de la Grèce au principe de responsabilité était certes dur, mais juste. Il en va de même pour le message du gouvernement grec, qui a alerté qu’une autre valeur européenne était en danger : la valeur de la solidarité. L’UE s’est basée sur les deux valeurs qui ont été attaquées l’année passée. Si nous ne revenons pas à ces valeurs, nous continuerons d'avoir une UE, mais elle sera très affaiblie. Nous ne pouvons nous payer ce luxe. Nous sommes le plus grand marché au niveau mondial et la plus grande force politique en puissance.
SZ : Oui, mais justement la Grèce n’a-t-elle pas mis tout cela en danger ?
M. LAMBRINIDIS : Il serait injuste d'affirmer cela. Nous revenons à la notion de responsabilité. En 2010, en l’espace d’une année seulement, nous avons baissé ce déficit de cinq points. En l’espace d’une année seulement, les dépenses publiques ont diminué, ce qu'aucun pays de la zone euro n'aura réussi à faire en si peu de temps. La procédure de collecte des impôts et d’augmentation des revenus a commencé avec succès. Nous avons réduit le nombre de fonctionnaires de 10% et nous avons augmenté l'âge réel de la retraite. Le service des statistiques qui avait envoyé des données falsifiées à l’UE est maintenant soumis au contrôle permanent d’Eurostat.
SZ : Mais les agences de notation sont mécontentes.
M. LAMBRINIDIS : Oui, dans un premier temps elles ont baissé notre note car nous n’avions pas encore pris certaines mesures et notre déficit était encore très élevé. Par la suite, elles ont de nouveau baissé notre note car nous avions pris des mesures mais notre économie ne se développait pas à un rythme rapide.
SZ : Finalement la question est de savoir si la Grèce peut rembourser les prêts. Est-elle en mesure de les rembourser ?
M. LAMBRINIDIS : Certainement, à deux conditions. Premièrement, nous devrons appliquer les mesures pour lesquelles nous nous sommes engagés vis-à-vis de nos partenaires à l'UE, comme nous le faisons jusqu'à présent et certes de manière plus efficace. Je vous donne ma parole d'honneur. Deuxièmement, nous avons besoin de croissance. Compte tenu des économies que nous devons faire, nous avons besoin du soutien de nos partenaires pour parvenir à la croissance. La question est de savoir si cette solidarité existe, cela est d'importance capitale.
SZ : Demandez-vous à l’Allemagne et aux autres pays un genre de plan Marshall ?
M. LAMBRINIDIS : Les investissements nous intéressent. Une première mesure serait le décaissement prématuré des fonds européens que la Grèce devrait recevoir ces prochaines années. En Grèce, la possibilité d'un cofinancement ultérieur des actions doit être donnée. Cela permettrait à la Grèce – malgré les restrictions – de réaliser des investissements, par exemple dans le domaine de la recherche, de l'innovation, des technologies vertes, de l'énergie. Il y a également des possibilités de coopération et d'investissement. Cela est valable pour les sources d'énergie renouvelables, l'industrie pharmaceutique ou le tourisme. Nous souhaiterions que des sociétés allemandes participent à ces projets. La Grèce n’est pas un pays pauvre. C'est un pays qui pendant des années a été mal dirigé. La Grèce réussira à compter parmi les pays qui constituent la force motrice de la zone euro.
SZ : Est-ce que les investisseurs potentiels ne sont pas découragés par les rapports sur la corruption ou la gestion tatillonne ?
Lambrinidis : Je comprends les soucis que se font les hommes d’affaires allemands avec tous ces articles qu’ils lisent dans la presse. Je les invite à effectuer une recherche plus approfondie. Les formalités liées à la création d’une entreprise en Grèce sont devenues plus flexibles. Dans ce cadre, nous avons demandé à l’Allemagne de nous fournir un soutien technique pour pouvoir absorber les fonds européens de manière encore plus efficace. Nous ne restons pas indifférents devant les entraves liées à la bureaucratie qui demeurent encore.
SZ : Espérez-vous que des Allemands participeront également à l’acquisition des biens privatisés?
Lambrinidis : Bien évidemment, chaque investisseur proposant une offre avantageuse est le bienvenu.
SZ : Mais l’opinion publique ne réagira-t-elle pas en disant que les Allemands ont détruit notre économie et que maintenant ils viennent acheter notre pays ?
Lambrinidis : Non. L’opinion publique grecque sait qui est responsable de la situation économique du pays avant les élections de 2009 et a exigé que des changements s’opèrent dans le secteur public.
SZ : Est-ce que la majorité du peuple est contre la réduction des dépenses ?
Lambrinidis : Non. La plupart des réformes structurelles que nous mettons en place faisaient partie du programme que nous avons présenté au cours de notre campagne préélectorale. Bien évidemment, certaines mesures sont dures et sans doute injustes, telles que les réductions des salaires et des retraites.
SZ: Est-ce que les Grecs ont le sentiment que ces mesures leur sont imposées depuis l’extérieur ?
Lambrinidis : Oui, ils savent que tels sont les termes et modalités du plus grand emprunt auquel un pays n’a jamais souscrit, et sans cet emprunt notre pays serait confronté à de grandes difficultés. La plupart des Grecs ne sont pas ingrats. Toutefois, il va de soi qu’on ne pourrait pas s’attendre à ce que les Grecs accueillent ces mesures avec enthousiasme.