Athènes, le 5 décembre 2009
MME E. KARANASSOPOULOU : Nous sommes sur NET 105,8 et j’ai en ligne un ami de longue date, qui à l’époque exerçait d’autres fonctions – nous étions tous deux bien plus jeunes et aujourd’hui nous sommes amenés à assumer un rôle totalement différent. Mesdames et Messieurs, le ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Dimitris Droutsas. Monsieur Droutsas, bonjour.
M. D. DROUTSAS : Bonjour Mme Karanassopoulou et bonjour à nos auditeurs à qui je dirais que nous n’avons pas vieilli tant que cela.
MME E. KARANASSOPOULOU : Tout dépend de la façon dont on se sent.
Je commencerais par votre dernier voyage, car vous avez pas mal voyagé ces derniers temps, vous venez tout juste de rentrer de la réunion de l’OTAN.
Je lis dans les journaux que « Mme Clinton, plus précisément la diplomatie américaine, a tant bien que mal réussi à convaincre les partenaires de mobiliser encore plus d’effectifs dans leurs missions en Afghanistan ».
Sans doute pas autant qu’ils le voudraient, mais bref nous devons dire que sa mission a réussi. En ce qui nous concerne, nous avons promis quelque chose en plus, allons-nous offrir quelque chose en plus ?
M. D. DROUTSAS : Tout d’abord, Mme Karanassopoulou, je dois vous dire que la rencontre d’hier à l’OTAN était la réunion des ministres des Affaires étrangères de l’Alliance et l’une des questions abordées était la mission de l’OTAN en Afghanistan, une réunion commune des alliés de l’OTAN avec tous les pays contribuant à cette mission.
Mme Clinton, comme vous l’avez dit, a présenté les nouvelles propositions du Président Obama, qu’il a lui-même annoncées dans un discours prononcé mardi, lors duquel il a dit que les Etats-Unis d’Amérique augmenteraient ses effectifs en Afghanistan. L’objectif des Etats-Unis étant que l’Alliance y contribue avec plus d’effectifs.
Certains Etats ont tout de suite suivi cette invitation visant à soutenir les efforts déployés.
En ce qui concerne la Grèce, la situation est telle qu’on la connaît, rien de nouveau n’a été dit, à savoir les effectifs envoyés par la Grèce depuis longtemps et nous avons décidé, conformément aux décisions du dernier Conseil gouvernemental Affaires étrangères et Défense, de ne rien changer aux effectifs actuels. Nous n’augmenterons pas nos effectifs. Nous aimerions apporter notre contribution sur le plan de l’aide humanitaire, une question majeure à notre sens.
Nous soutenons qu’il doit y avoir une solution politique en Afghanistan. C’est pourquoi nous devrons nous aussi contribuer à ce que les forces afghanes, aussi bien militaires que policières, soient bien formées. Il s’agit d’un domaine dans lequel la Grèce peut contribuer. Les coopérations à des programmes de développement sont tout aussi importantes et la Grèce joue un rôle très important dans ce domaine.
MME E. KARANASSOPOULOU : Oui, M. Droutsas, mais j’ai l’impression que ce que vous dites, ce que la Grèce soutient était également ce que soutenait M. Obama avant d’être élu président.
Nous avons l’impression, c’est du moins l’impression que j’ai, qu’il glisse progressivement vers une politique qui était celle de son prédécesseur. Est-ce que je me trompe ?
Et ce, parce que malgré ce que l’on puisse lire au sein de son cabinet et de l’opinion américaine en général, pour ne pas dire l’opinion européenne, il y a des points de vue différents.
M. D. DROUTSAS : Ecoutez, je ne veux pas entrer dans une logique consistant à interpréter la politique de M. Obama.
Il est vrai qu’après ses dernières décisions et ce qu’il a annoncé mardi dernier il est manifestement clair que les Etats-Unis d’Amérique ont décidé d’augmenter leur force militaire en Afghanistan, et ce, en fonction d’un calendrier clair de retrait des troupes militaires.
Je pense qu’il s’agit d’un nouvel élément important qui atteste de la politique et des pensées du Président Obama.
MME E. KARANASSOPOULOU : Oui c’est différent, le fait qu’il y ait au moins une perspective de sortie.
M. D. DROUTSAS : Exactement et je pense que c’est un élément important.
C’est pourquoi je pense que la Grèce se trouve sur la bonne ligne quand elle dit que les efforts principaux qui devront être déployés seront de préparer l’Afghanistan, de préparer les institutions de l’Afghanistan, afin qu’elles puissent rapidement assumer elles-mêmes la responsabilité de la sécurité dans leur pays.
C’est pourquoi nous attachons une grande importance à l’aide au développement et à la formation des forces de sécurité en Afghanistan.
MME E. KARANASSOPOULOU : Et j’ajouterais de la société afghane dans son ensemble, mais cela est une autre question.
M. D. DROUTSAS : Oui et il faudra que nous étudions cette question et que nous l’abordions sérieusement.
MME E. KARANASSOPOULOU : M. le ministre, le Conseil Affaires générales se tient lundi. Il s’agit du dernier avant la réunion au sommet de décembre. Au cœur de ce sommet réside, traditionnellement, le chapitre de l’élargissement et quand on parle d’ « élargissement », il faut avant tout comprendre la relation de la Turquie avec l’Union européenne.
D’après ce que je sais, Chypre et la Grèce ont-elles, si je peux m’exprimer ainsi, « bloqué » - voire créé une forte tension - le texte soumis par la présidence suédoise à ce sujet ?
M. D. DROUTSAS : Tout d’abord, j’aimerais souligner que la Grèce et Chypre coopèrent étroitement et quotidiennement. Nous coordonnons nos actions. Nous sommes en ligne concernant cette question. Nous nous sommes mis d’accord, nous avons discuté et comme je vous l’ai dit nous sommes en contact permanent, nous coopérons étroitement et coordonnons nos positions.
Il s’agit d’une négociation qui, comme vous l’avez si bien dit, a lieu lundi lors du Conseil Affaires générales, auquel participent les ministres des Affaires étrangères. Les conclusions sur la question de l’élargissement seront abordées.
Il convient également de dire, cela est important et c’est un secret de Polichinelle, que les propositions soumises jusqu’à présent par la présidence suédoise sont assez loin de ce que nous, la Grèce et Chypre, pouvons accepter.
Nous l’avons dit sur tous les tons à la présidence suédoise, à nos partenaires et si vous voulez utiliser ce mot, je dirais que oui nous avons bloqué ces conclusions et avons dit sur tous les tons que nous ne sommes pas d’accord, que des changements importants doivent être apportés.
Nous négocions, nous négocierons aussi lundi, au niveau ministériel, une négociation qui s’annonce difficile, d’après mes prévisions.
MME E. KARANASSOPOULOU : Une négociation manifestement difficile, car si le texte n’était pas si contraire à vos pensées, vous ne l’auriez pas bloqué en sa totalité, vous auriez pu dire que vous souhaitez des changements partiels, c’est-à-dire des changements dans la formulation.
M. D. DROUTSAS : Ecoutez, vous avez une grande expérience des questions européennes, je sais que vous avez couvert un grand nombre de Conseils européens.
MME E. KARANASSOPOULOU : Oui, M. Droutsas, mais vous n’avez pas besoin de rappeler nos âges.
M. D. DROUTSAS : Nous sommes jeunes.
MME E. KARANASSOPOULOU : Oui nous le sommes.
M. D. DROUTSAS : Exactement.
Je disais donc que vous savez très bien comment se déroulent les procédures au Conseil. Il s’agit d’une négociation qui se déroule depuis pas mal de temps et qui atteint son point culminant maintenant.
Et je rappelle que nous coopérons étroitement avec Chypre, nous sommes coordonnés, nous prenons toutes les mesures nécessaires et du point de vue de la négociation, afin que, lundi, nous atteignions les objectifs escomptés, pour nos intérêts, les intérêts de la Grèce et de Chypre.
MME E. KARANASSOPOULOU : Au moins, nous n’arriverons pas au sommet sans avoir abouti quelque part, car cela serait difficile.
M. D. DROUTSAS : Je dois dire que l’intention de la présidence suédoise n’est pas que le Conseil s’occupe de ces questions.
Il est prévu de clore le sujet, de faire examiner les conclusions de l’élargissement par le Conseil Affaires générales, donc les gros efforts – de la part de la présidence, mais aussi de notre part – seront déployés lundi lors du Conseil.
Si nos positions trouvent un écho positif alors nous serons très heureux de dire oui, mais nos exigences devront être pleinement satisfaites.
MME E. KARANASSOPOULOU : Qu’entendez-vous par « pleinement » ? Pouvez-vous y répondre ou bien est-ce que vous dévoilerez la négociation ?
M. D. DROUTSAS : Permettez-moi d’attendre un peu les deux trois prochains jours. Quand nous disons que nous sommes en pleine négociation et que…
MME E. KARANASSOPOULOU : D’accord, je le respecte M. Droutsas.
M. D. DROUTSAS : Et je ne pense pas que cela servirait à quelque chose d’entrer dans le fond de la négociation.
MME E. KARANASSOPOULOU : Je le comprends totalement.
Une dernière question, M. le ministre, comme vous le savez nous sommes en pleine négociation, non ce terme est un peu faible, nous sommes dans une position difficile sur le plan économique.
C'est-à-dire qu’à l’heure où vous négociez au Conseil des ministres des Affaires étrangères, votre collègue, M. Papakonstandinou, est obligé de négociez au Conseil des ministres des Finances.
Dans ce sens, on pourrait dire que la Grèce a des questions en suspens sur deux fronts, simultanément. Est-ce que cela ne rend pas la situation plus difficile ?
M. D. DROUTSAS : Ecoutez, il est vrai que nous avons hérité de cette situation du gouvernement précédent, qui était à la tête du pays pendant cinq ans et demi. Il s’agit de questions en suspens, comme vous l’avez dit, de questions graves qui plus est.
Soyez certaine toutefois que M. Giorgos Papakonstandinos fait un très bon travail au niveau des finances et en coopération avec ses homologues…
MME E. KARANASSOPOULOU : Je n’en ai aucun doute, si je dis cela c’est parce que je pense à vous deux entrain de livrer vos batailles. Vous êtes tous deux jeunes, vous n’exercez pas les fonctions de député et avez une tâche difficile à accomplir.
M. D. DROUTSAS : Personne n’a dit qu’il s’agissait d’un travail facile. Nous avons été les premiers à dire qu’il s’agit d’un grand défi, pour le gouvernement grec, la Grèce et le peuple grec.
Mais nous livrons cette bataille en ayant confiance en nous-mêmes, car nous savons que la grande majorité du peuple grec nous a honorés en nous faisant confiance, car il sait que nous sommes animés d’un nouvel esprit.
En dépit de mon jeune âge, que vous soulignez, j’oserais dire que nous avons tous une grande expérience car nous traitons de ces questions depuis de nombreuses années, en occupant d’autres fonctions bien entendu, mais nous connaissons ces questions, nous les connaissons très bien.
Nous serons en première ligne et nous devons être animés d’un esprit ouvert, toujours en tenant compte de l’intérêt de la Grèce, de nos concitoyens et j’espère vraiment que nos concitoyens nous aideront et soutiendront nos efforts.
MME E. KARANASSOPOULOU : Je l’espère du fond du cœur, M. Droutsas. Je vous remercie et vous souhaite un bon week-end, un des rares week-ends où vous pouvez vous reposer.
M. D. DROUTSAS : En effet, nous nous préparons pour lundi,
MME E. KARANASSOPOULOU : Mes vœux de succès pour le Conseil Affaires générales. J’espère que les conclusions satisferont Athènes et Nicosie bien entendu.
M. D. DROUTSAS : C’est moi qui vous remercie.
MME E. KARANASSOPOULOU : Bonne journée.
M. D. DROUTSAS : Merci. Au revoir.