Athènes, le 8 juillet 2011
JOURNALISTE : Monsieur le ministre bonjour et félicitations pour vos nouvelles fonctions.
M. S. LAMBRINIDIS: Bonjour. Merci.
JOURNALISTE : Je vous souhaite tout le succès dans vos nouvelles fonctions.
M. S. LAMBRINIDIS : Merci beaucoup.
JOURNALISTE : D’après les premiers contacts que vous avez eus, quel est le climat qui prédomine ? Je vous pose la question car les Grecs de l’étranger et certains hommes politiques qui se trouvent à l’étranger, M. Tsipras, à titre d’exemple, nous disent que le climat est très lourd et que l’image de notre pays s’est dégradée.
M. S. LAMBRINIDIS : Cela est en partie vrai et c’est pourquoi j’ai entamé une tournée dans les capitales européennes, aussitôt après la prise de mes fonctions. Hier et avant-hier j’ai visité l’Allemagne et l’Autriche, deux pays qui soutiennent la Grèce par le biais des emprunts mais dont l’opinion publique est assez négative envers notre pays et à ce stade mon objectif – et également dans la période à venir – sera d’améliorer ce climat.
JOURNALISTE : Quels sont les principaux arguments avancés contre notre pays ?
M. S. LAMBRINIDIS : Bon, le problème réside dans le fait que dans ces pays, l’opinion publique considère que l’argent emprunté ne sera jamais remboursé. Deuxièmement, ces pays ont beaucoup souffert ces dernières années en raison de la réduction ou du gel des salaires et des retraites, des mesures que nous n’avons pas prises dans notre pays et maintenant ils sont appelés à verser des contributions supplémentaires, malgré les épreuves déjà subies. Et ils se disent préoccupés quant à la capacité de la Grèce d’appliquer ces mesures, vu les tensions politiques qu’ils prévoient.
Je leur ai expliqué qu’il était dans l’intérêt de tous de faire baisser les tons maintenant que tout le monde a remercié et félicité la Grèce qui accompli les changements nécessaire avec une grande détermination. Un accent important est désormais mis sur la croissance et tous s’entendent à dire qu’il s’agit d’une question importante. Mais, leur problème est un problème auquel eux aussi devront faire face dans une certaine mesure. Tant que ce sentiment persistera dans l’opinion publique, à savoir que les Grecs, la Grèce a commis une faute – bien que nous ayons en fait violé les règles qui étaient valables pour tous – tant il sera difficile pour eux de prendre les mesures nécessaires pour aider le pays, car l’opinion publique est très négative à cet égard. Eux-aussi comprennent bien que leur travail devient de plus en plus difficile à accomplir, en raison aussi du fait que le climat négatif dans notre pays crée, si vous voulez un sentiment d’insécurité.
Ces pourparlers, ces contacts ont été, à mon avis, couronnés de succès, car, outre mes contacts avec mes homologues, cela va de soi, j’ai aussi eu des contacts avec des think tanks, des diplomates, des journalistes, autrement dit avec des personnes qui exercent une influence sur l’opinion publique et qui en fait influencent aussi leurs hommes politiques. Je devrais m’entretenir avec eux et je l’ai fait.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, dans ce climat, nombreux sont nos citoyens qui s’inquiètent que notre pays en raison de ces problèmes économiques, ferait marche arrière au niveau des dossiers nationaux. Car si un pays est faible, le risque devient plus sérieux. Est-ce que vous avez subi des pressions aussitôt que vous avez assumé vos fonctions pour ce qui est de nos questions nationales demeurées en suspens ?
M. S. LAMBRINIDIS : Je vous répondrai en toute franchise. En outre, je voudrais vous assurer qu’aucune question nationale n’est en danger ou sera mise en danger, en raison de la situation économique difficile de la Grèce. Au contraire, lors de ma visite à Monténégro à l’occasion d’un sommet réunissant les Premiers ministres et les Présidents des Etats des Balkans, notre intervention, l’intervention de la Grèce portant sur la perspective des Balkans et leur adhésion, et ce, bien entendu, à certaines conditions strictes et valables pour tous, a reçu un écho très favorable.
Non seulement nous ne renonçons pas à nos droits nationaux mais en cette période difficile, nous cherchons à jouer de nouveau un rôle de premier plan. N’ayez aucun souci à cet égard.
JOURNALISTE : Est-ce que nous nous préparons pour La Haye ? Je lis dans la presse que l’élaboration du projet de compromis pour le recours à La Haye de la Grèce et de la Turquie sur la délimitation du plateau continental est presque fini.
M. S. LAMBRINIDIS : Oui, j’ai également lu un article dans la presse sur cette question. Comme vous le savez, les contacts exploratoires, les discussions ne sont pas encore achevées. Notre objectif est toujours de régler conjointement la question du plateau continental et si cette question n’est pas réglée, nous saisirons ensemble la Cour de La Haye. Tel est l’objectif proclamé et en aucun cas je ne peux maintenant vous dire quelle sera l’issue de ces contacts.
JOURNALISTE : Qu’allez-vous faire avec la zone économique exclusive ?
M. S. LAMBRINIDIS : La zone exclusive économique est pour la Grèce, comme pour chaque pays conformément au droit international et au droit de la mer, un droit qui peut être exercé quand elle le juge nécessaire. C’est ce que nous ferons, le Premier ministre l’a déclaré devant le parlement tout comme mon prédécesseur, et je le déclare aussi fermement.
JOURNALISTE : Je remarque une certaine hésitation, c’est pourquoi je vous demande.
M. S. LAMBRINIDIS: Non, pas du tout.
JOURNALISTE : Cela ne fait que quelques jours que vous êtes au ministère des Affaires étrangères et jusqu’à présent, ces 18 derniers mois, le gouvernement n’a entrepris aucune action. Et étant donné qu’Ankara essaie de présenter le complexe de Castellorizo comme des îlots détachés sur le plateau continental turc pour contester leur droit légal d’avoir un plateau continental et une zone économique exclusive, il y a là…
S. LAMBRINIDIS : Ankara peut essayer de faire beaucoup de choses et sur la base de ses propres aspirations, elle peut faire les déclarations qu’elle veut, où elle veut. Et à chaque fois, la Grèce lui a répondu d’emblée et de la manière appropriée. Aucune question n’est soulevée concernant ce sujet. Nos droits souverains sont comme je vous l’ai dit, acquis et ils sont exercés. Mais permettez-moi de vous dire autre chose : la politique étrangère grecque a une continuité, elle ne change pas lorsque les ministres ou les gouvernements changent. Elle s’adapte éventuellement, mais elle ne change pas. En ce qui concerne la question de la zone économique exclusive ainsi que le moment et la façon dont nous devons gérer cette question, et je vous rappelle que la Nouvelle Démocratie était au gouvernement pendant cinq ans avant l’arrivée du PASOK au pouvoir…
JOURNALISTE : Très certainement.
S. LAMBRINIDIS : …et elle avait été en mesure de juger elle-même, pendant la période où elle dirigeait le pays, des actions appropriées qui devaient être entreprises. Par conséquent, j’estime qu’il est très important de ne pas…
JOURNALISTE : Vous voulez dire qu’elle n’avait rien fait.
S. LAMBRINIDIS : Je veux dire que tous ces droits nationaux sont jugés quant au moment opportun et à la façon dont ils doivent être proclamés et en tout cas je veux dire qu’en matière de politique étrangère notamment nous devons, en tant que Grecs, être toujours confiants que notre pays joue un rôle particulièrement important dans la région et conserver ce sentiment de consensus. Je dois vous dire qu’à l’étranger, lors de mes visites, j’ai particulièrement mis l’accent là-dessus. Bon nombre de nos interlocuteurs en Europe sont déçus, et cela est bien connu, et soulignent l’incapacité de la Grèce à faire preuve de consensus dans le vote du programme de réformes. Malgré cela, je mets en avant ce consensus.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, tout ce que vous me dites est beau pour ce qui est de l’image du pays que nous devons présenter, mais M. Juncker a eu un autre discours pour ce qui est de notre souveraineté. Par ailleurs, j’aimerais vous dire que, à mon avis et si vous n’êtes pas d’accord n’en tenez-pas compte, mais beaucoup de personnes partagent cette opinion, l’heure est probablement venue pour l’Europe de garantir nos frontières comme des frontières européennes, pour nous éviter d’avoir de si lourds programmes d’armement que les autres pays européens n’ont pas dans leur pays.
S. LAMBRINIDIS : Nos frontières sont européennes, M. Hatzinikolaou.
JOURNALISTE : Oui, mais elles ne sont pas garanties par l’Europe, pour ce qui est de la défense.
S. LAMBRINIDIS : Le nouveau traité de Lisbonne prévoit, dans un article spécial, l’assistance de toutes les parties en cas de menace des frontières extérieures de l’Union européenne. Par conséquent, j’estime à ce stade que tout ce que nous avons atteint jusqu’à présent lors des négociations européennes, mais aussi leur application, si nécessaire à l’avenir, sont des questions que nous gérons avec une grande attention et efficacité.
JOURNALISTE : Une dernière chose. J’imagine que vous êtes également la cible d’accusations de corruption en Grèce et j’imagine que ces accusations se sont multipliées après les déclarations que le premier ministre lui-même a faites à ce sujet. A l’époque d’ailleurs, l’opposition l’avait accusé de ternir d’une certaine manière l’image du pays. Le moment n’est-il pas venu de rappeler à nos partenaires de l’Union européenne que ceux sont eux, leurs sociétés qui ont été à l’origine des plus grands scandales en Grèce ? Je veux dire par là, ils parlent de corruption en Grèce. Je lis la presse allemande et je me mets en colère, ils ne disent pas que le plus grand scandale en Grèce a été provoqué par une société allemande. Et le deuxième plus gros scandale, l’affaire des sous-marins, a également été provoqué par une société allemande.
S. LAMBRINIDIS : Toutes ces questions de corruption, grecque et européenne, sont toujours soulevées. Mais ici, à l’interne, il est important, à mon avis, de ne pas perdre de vue notre objectif. Tout le monde sait dans notre pays et naturellement si nous le savons et si nos journaux l’écrivent tous les jours, les étrangers lient aussi la presse grecque, cela va de soi je pense. Autrement dit, chaque jour des journaux grecs parlent de notre corruption, mais si nous ne nous référons pas aux changements nécessaires qui doivent être entrepris dans notre pays pour éradiquer ce phénomène, personne en Europe ne peut le savoir. Ils le savent vraisemblablement. La responsabilité nous incombe donc, le combat est le nôtre. Nous ne pouvons avoir un pays confronté à de tels problèmes, car pour nos citoyens il est très offensant et injuste d’être confronté à ce genre de comportements de la part de fonctionnaires ou autres. Et aussi au moment où aujourd’hui notre croissance est dans une large mesure basée sur les investissements étrangers, il est important de pouvoir renverser la situation, pour que quand quelqu’un viendra investir dans notre pays, quelqu’un qui ne soit pas corrompu mais qui souhaite réellement apporter la croissance dans notre pays et créer des milliers d’emplois, qu’il puisse le faire sans se heurter à des obstacles.
Tout cela ainsi que la question de la corruption sont des questions mentionnées en détail dans les obligations que nous avons assumées vis-à-vis de nos partenaires mais je pense qu’elles sont mal présentées, un peu comme des exigences des autres pays ou ce qu’ils veulent nous imposer. Or oublions-nous qu’en 2009 au moment des élections toutes les parties s’accordaient sur le fait que la situation devait changer ? Et en 2004 encore, lorsque nous avons eu les élections, le peuple grec dans son ensemble demandait que la situation change, il s’agissait du peuple grec et non des Allemands, des Anglais ou des Portugais. Cela doit être accompli au moyen du consensus national, de la force nationale et je pense que nous avons le quasi-consensus de tous les partis afin que nous puissions avancer. C’est pour notre bien à nous et non pour le bien d’un autre pays, quel qu’il soit.
JOURNALISTE : Merci beaucoup M. le ministre, je vous souhaite une bonne journée.
S. LAMBRINIDIS : Merci à vous aussi M. Hatzinikolaou.