M. G. KOUMOUTSAKOS:
Bonjour. Je vous souhaite la bienvenue dans la salle rénovée «Giorgos Séféris», où nous aurons nos rencontres, une fois par semaine environ.
En ce qui concerne le programme de Mme la ministre. Aujourd'hui, mercredi 8 avril à 13h00, la ministre des Affaires étrangères, Mme Dora Bakoyannis recevra au ministère des Affaires étrangères dans le cadre d‘une rencontre protocolaire le nouvel ambassadeur britannique en Grèce, M. Landsman. A 13h45, elle recevra le médiateur européen M. Diamantouros et dans l’après-midi elle se rendra à Paris avec le ministre adjoint des Affaires étrangères, M. T. Kassimis aux côtés du Premier ministre, M. K. Karamanlis à l’occasion de l'inauguration de l’exposition «Le Mont Athos et l’Empire byzantin – Trésors de la Sainte Montagne», qui aura lieu demain, jeudi 9 avril au Petit Palais à Paris.
L’exposition, qui présente 182 objets précieux du Mont Athos, durera jusqu'au 5 juillet 2009. Ces trésors sont pour la première fois exposés en dehors de la Grèce, tandis que 60 d’entre eux quittent pour la première fois le Mont Athos.
En ce qui concerne le programme des activités de MM. les ministres adjoints des Affaires étrangères. Lundi 13 avril à 10h00, M. Valinakis prononcera un discours lors d’une conférence internationale sur le thème : « Méditerranée, lieu de connaissance, d’échange, de coopération et Université euro-méditerranéenne ». Cette manifestation se tiendra au Palais Zappeio. Le même jour, le ministre adjoint rencontrera le Commissaire spécial pour Chypre, M. Giorgos Iakovou, qui effectue une visite dans notre pays le 13 avril et aura une série de rencontres.
Le ministre adjoint, M. Varvitsiotis s’est entretenu aujourd’hui à 10h00 avec l’ambassadeur de Chine en Grèce. Demain, jeudi 9 avril à 11h30, il s’entretiendra avec l’ambassadeur de Suède et à 16h00 avec le nouvel ambassadeur de Grande Bretagne, M. Landsman. Du mardi 14 au jeudi 16 avril, il participera aux travaux du 20e sommet des ministres des Affaires étrangères des Etats membres de la CEMN, qui se tient à Erevan, en Arménie.
Vos questions s’il vous plait.
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Mme TASSOULI : Pouvez-vous nous dire quand sera rapatriée la dépouille de l’étudiant grec décédé en Italie et si vous savez quel est l’état des autres ressortissants grecs blessés.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Une délégation de l'ambassade se trouve dans la région frappée par le séisme et apporte son aide aux Grecs qui s’y trouvent. Le ministère des Affaires étrangères entreprend également des actions en vue de rapatrier les étudiants et autres ressortissants grecs qui souhaitent quitter la région frappée par le séisme. En ce qui concerne la dépouille de l’étudiant grec, nous sommes en contact avec la famille qui a certes le dernier mot. Bien entendu, l’Etat grec se chargera de rapatrier la dépouille de l’étudiant grec sans frais.
Mme MELISSOVA : Est-ce que la ministre, pendant son déplacement à Paris, aura des contacts et quel sera l’objet des entretiens?
M. G. KOUMOUTSAKOS: Mme la ministre assistera au déjeuner que doit offrir le Président de la République, M. Sarkozy au Premier Ministre, M. Karamanlis et à la rencontre entre M. Karamanlis et son homologue.
M. SANTAMOURIS : Peut-on entendre de la partie grecque certains commentaires sur le scepticisme permanent exprimé par les Européens quant à la perspective d’adhésion de la Turquie après les exhortations Obama ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : La Grèce suit une politique bien précise concernant la perspective européenne de la Turquie, vous la connaissez, je n'ai pas besoin de la répéter. Nous pensons que cette politique est juste, non seulement pour les intérêts de la Grèce, mais aussi pour les intérêts de l'Union européenne et bien entendu de la Turquie. Une Turquie européenne qui aura pleinement appliqué les modalités et critères européens, une Turquie européenne peut et doit, dès lors que ces critères et modalités sont remplis, devenir membre de la famille européenne. Telle est la position grecque.
Il appartient à la Turquie, qui a l’entière responsabilité, d’avancer et d’appliquer des politiques qui permettront son adhésion à l'Union européenne et n’encourageront pas les voix minoritaires en faveur d’une relation spéciale. C’est la Turquie elle-même, au moyen des actions qu’elle entreprendra, qui pourra donner une réponse définitive à ce dilemme. Pleine adhésion ou relation spéciale. C’est à la Turquie de jouer ce rôle.
JOURNALISTE : De jouer ce rôle ou d'avoir le dernier mot?
M. G. KOUMOUTSAKOS : De jouer ce rôle, d’avoir le dernier mot et la responsabilité.
Mme ADAM : Une première question d’ordre procédural. Est-ce que les objets exposés à Paris, notamment les 60 pièces qui n’ont jamais quitté l'enceinte du Mont Athos seront exposés par la suite à Athènes ?
M. G. KOUMOUTSAKOS: Je ne le sais pas. Je vous répondrai une fois que j’aurais les informations.
Mme ADAM : Sur la base de la position présentée par le gouvernement en ce qui concerne le parcours d’adhésion de la Turquie, il semblerait que celle-ci soit en totale contradiction avec la position exprimée définitivement par la France et l’Allemagne qui se positionnent en faveur de la relation spéciale uniquement. Qu’en pensez-vous ? Une troisième et dernière question : Pourquoi Mme Bakoyannis lors de sa récente rencontre a-t-elle choisi de ne évoquer le comportement provocateur de la Turquie en Egée?
M. G. KOUMOUTSAKOS : En ce qui concerne votre première question. Vous savez que la stratégie suivie par l’Union européenne, et de ce fait par ses Etats membres, tout au long du processus d’adhésion de la Turquie, s’intègre dans le cadre de décisions prises à l’unanimité au niveau du Conseil européen et du Conseil des ministres de l'Union européenne.
Ces décisions ont, comme je vous l’ai dit, unanimement défini comme objectif final du processus d’adhésion, l’adhésion de la Turquie. Cette décision n'a pas changé. Tout changement impliquerait d’autres décisions prises à l’unanimité.
En effet, les positions parlant d’une relation spéciale de la Turquie sont exprimées. Elles reflètent les approches et les inquiétudes de certains partenaires, telle est la réalité. La Grèce suit très attentivement les débats publics, la discussion politique engagée en Europe à ce sujet, et apporte son propre jugement. A l’heure actuelle, elle a abouti à une conclusion et insiste sur le bien-fondé de sa politique.
Ce n’est pas une politique de « portes ouvertes » sans modalités et conditions préalables. Ce n’est pas une politique acceptant l'idée d’un agrandissement de la famille européenne avec la participation de nouveaux Etats, sans que ceux-ci ne respectent intégralement les règles et principes qui constituent le maillon et finalement la force de cette famille.
Il ne peut donc y avoir adhésion sur la base de conditions qui seraient imposées à cette famille depuis l’extérieur.
Elle a ses propres règles, ses propres principes et ceux qui souhaitent y adhérer devront au préalable respecter ces règles et principes, non en théorie, mais en pratique.
Telle est la position grecque. C’est une position franche et réaliste, qui ne prive la Turquie ni de ses motivations, ni de sa vision pour changer de position, changer ses politiques là où cela s'avère nécessaire, au niveau national, mais aussi international, et son attitude bien entendu vis-à-vis de notre pays.
En ce qui concerne votre autre question. Je souhaite rappeler, premièrement, que la réunion a eu lieu dans le cadre du Forum sur l'Alliance des civilisations. Deuxièmement, cette rencontre a duré 20 – 25 minutes. Ce n’est pas pour répondre à votre question, c’est juste pour que vous compreniez le contexte de la réunion.
Lors de cette réunion, la ministre des Affaires étrangères a réitéré à son homologue turc la nécessité d’améliorer les relations gréco-turques.
Un message peut être bref, mais très clair.
Cela étant, il y a eu aussi une discussion sur l’évolution des pourparlers concernant le dossier chypriote, lors de laquelle les positions que vous connaissez bien ont été réitérées.
Je rappellerais à ce stade un élément à prendre en compte. Les exercices « Igemon » effectués récemment par la Turquie, suite aux actions de la Grèce, ont été faits de façon à ne pas créer de problèmes, contrairement à ce qu’il y paraissait au début, en matière de droits souverains et de compétences de notre pays conformément au droit international et aux règles internationales.
Par conséquent, la défense des intérêts dans le cadre des relations gréco-turques est un effort permanent.
On ne peut juger et tirer de telles conclusions sur la base d'une seule réunion. La Grèce exerce une politique ferme de défense de ses intérêts et ne fait aucune concession concernant ce qu'elle estime comme étant juste et en faveur de ses intérêts.
Mme ADAM : Le gouvernement grec n’a pas précisé le NOTAM de l’exercice, qui l’a émis et pour quelle région.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Je n’ai pas ces informations, je vais m'enquérir de la question et vous répondrai ultérieurement.
Mme ADAM : Cet après-midi s'il vous plaît. Dîtes-nous qui a émis le ΝΟΤΑΜ selon lequel a été effectué l’exercice « Igemon ».
M. G. KOUMOUTSAKOS: Vous serez informés dès que j’aurai les informations.
M. VITALIS : En écoutant ce que vous avez redit concernant la position grecque vis-à-vis de l'adhésion de la Turquie, j'aimerais vous poser la question suivante : Dans peu de temps, l’Union européenne évaluera la Turquie quant à ses obligations et notamment l'application du Protocole d'Ankara. Y a-t-il des signes indiquant que la Turquie l’appliquera finalement et est-ce que vous accepterez une éventuelle prolongation dont la Turquie parle en échange de l’Affaire Rasmussen.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je commencerais par votre dernière question. Il n'y a pas, à ma connaissance, d'information officielle, provenant de source sure, faisant état d'un accord, qui aurait été passé sous la table en fait, et qui parlerait d'échanger le soutien de la Turquie au Secrétaire général de l’OTAN avec des questions sans rapport, à savoir des questions liées à la façon dont l'UE exerce sa politique et applique des décisions convenues.
En parlant de décisions convenues, j’aimerais rappeler que l’évaluation de la Turquie concernant l'application du Protocole d'Union douanière, a fait l’objet d’une décision unanime encore une fois pour la fin de cette année. Pour le moment il n'y a pas de signes d’un changement d’attitude de la part de la Turquie.
Mme KOURBELA : Monsieur le porte-parole, je voulais savoir quelle est la contribution de la Grèce au Fonds monétaire international conformément à la décision prise par l’UE?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je ne le sais pas. Laissez-moi le regarder, je vous répondrai ultérieurement.
Mme KOURBELA : Une autre question. Est-ce que toutes ces discussions sur la Turquie influencent l’évolution de ses négociations d’adhésion ? C'est-à-dire les discussions auront lieu normalement pour les chapitres…
M. G. KOUMOUTSAKOS: Quand vous parlez de toutes ces discussions, auxquelles vous référez-vous ?
Mme KOURBELA : Je me réfère aux discussions qui se déroulent au plus haut niveau, comme la conférence transatlantique, et abordent la question de savoir en général si la Turquie adhère ou non, etc.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Aucune information n'a été officiellement consignée, qui actuellement pourrait mener à la conclusion que le processus d'adhésion de la Turquie évoluera selon des conditions différentes que celles de toutes ces années.
M. KAPOUTSIS : Deux questions. Premièrement, avez-vous un commentaire à faire sur les élections en Ancienne République yougoslave de Macédoine, où le chef du parti au pouvoir, VMRO, M. Ivanov a remporté une nette victoire. Il a fait des déclarations et a dit qu’il souhaitait la résolution du problème avec la Grèce. Deuxièmement, un commentaire sur la rencontre du Président des Etats-Unis, Barack Obama avec le Patriarche, une rencontre qui s’est déroulée dans la stricte confidentialité, sans photos. Une rencontre dont on a minimisé l’importance je dirais.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Permettez-moi de commencer par les élections dans le pays voisin. Les élections présidentielles et municipales en Ancienne République yougoslave de Macédoine, selon les observateurs internationaux, se sont déroulées, généralement parlant, sans heurts, il n’y a pas eu d'irrégularités qui auraient pu altérer les résultats électoraux, comme ce fut le cas lors des élections précédentes. J’ajouterais à ce stade que ces mêmes observateurs internationaux ont souligné qu’il y avait matière à amélioration, car ils ont constaté certains incidents d'intimidation des électeurs avant les élections, ainsi que des cas de double vote.
En tant que position générale, la Grèce pense que les élections récentes sont un pas de rapprochement de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine des standards électoraux européens. Cela étant, les efforts de réformes consentis par le pays voisin devront se poursuivre en vue de satisfaire les critères requis pour son parcours européen et euro-atlantique.
J'espère que le nouveau président, M. Ivanov oeuvrera dans ce sens et contribuera lui-même au règlement de la question du nom qui – tel que mentionné par l’OTAN et l’UE dans des textes et décisions y relatifs – fait partie intégrante des relations de bon voisinage et est, en définitive, une condition pour que ce pays se rapproche des institutions européennes et euro-atlantiques.
Pour ce qui est de la question de la rencontre entre le Président Obama et le Patriarche oecuménique. Je pense que la photo a été donnée, ce matin.
En tout cas, ce ne sont pas les photos qui consignent, ni ne déterminent l’histoire et les évolutions, mais la substance même des événements. Et cette substance est consignée dans les déclarations faites par le Patriarche œcuménique tout de suite après sa rencontre avec le président américain.
En ce qui concerne les visites du président américain en Turquie, je voudrais dresser un bilan global - je pense que cela est utile. Un bilan de cette première présence officielle du nouveau président américain en Europe et des rencontres effectuées, allant du sommet de l’OTAN à l’Irak.
Nous estimons que les messages de cette visite, les positions et les points de vue exprimés sont positifs.
Je commencerais par l’OTAN. Un point positif et conforme aux priorités et évaluations grecques, est que la coopération OTAN – Union européenne a été soutenue – nous la soutenons également – sur la base du respect de l’autonomie institutionnelle des deux organisations. Une priorité cruciale pour notre pays.
En ce qui concerne l’Afghanistan : je rappellerais ici que la Grèce avait, très tôt déjà, lors des forums et discussions y relatives soutenu que la résolution du problème de l’Afghanistan, pour ce qui est de la reconstruction sans heurts et le développement de ce pays, nécessite non seulement des moyens militaires, mais aussi des actions civiles, politiques qui concernent la société. La nouvelle stratégie pour l’Afghanistan présentée par le président américain s’articule autour de cette logique. Il s’agit d’une approche prévoyant l’association de moyens militaires et non militaires et comprend la dimension régionale des relations avec le Pakistan.
En ce qui concerne le sommet Union européenne – Etats- Unis. Le soutien de la relation égale de respect mutuel et intérêt entre les Etats-Unis et l’Union européenne est un fait positif. Il s’agit d’une position ferme de la Grèce. Nous avons toujours soutenu et avons œuvré en faveur de cette relation égale de respect mutuel.
La présence au forum pour l’Alliance des civilisations. Le message transmis par le nouveau gouvernement américain est un message d'ouverture vers le monde musulman, loin des logiques de confrontation et de la méfiance intrinsèque. C’est ce en quoi la Grèce croit, c’est ce qu’elle a soutenu et se réjouit de ce développement.
L’intérêt des Etats-Unis pour le Moyen-Orient est également positif. Un intérêt marqué qui a commencé très tôt, avec la nomination de l’envoyé spécial pour cette région. Cela confirme que pour parvenir à la stabilité et la sécurité dans la région, nous devons avoir une approche globale des problèmes, pour ce, nous ne devons exclure des pays, comme la Syrie ou l’Iran. Telle est la position ferme et stable de la Grèce toutes ces dernières années ; c’est la pierre angulaire et le fondement de sa politique au Moyen-Orient.
La visite Obama en Turquie. Cette visite est liée indéniablement aux évaluations que font les Etats-Unis et aux priorités qu’ils fixent concernant une région particulièrement vulnérable et complexe pour la politique extérieure américaine. Une région qui est directement voisine à la Turquie, laquelle en tant que membre de l’OTAN est également l’allié des Etats-Unis.
La Grèce ne se définit pas par rapport à d’autres pays qui ont leurs propres caractéristiques, leurs propres problèmes en souffrance et leurs propres défis à relever. La Grèce est un pays européen, elle est membre de la famille européenne depuis de nombreuses années, elle est une démocratie stable avec des aspirations claires et des objectifs précis en terme de politique extérieure. Elle a une vision pour sa région. Une vision de stabilité, de paix et de progrès.
En ce qui concerne les questions d’intérêt grec, je commencerais par dire que, en ce qui concerne le dossier chypriote, comme cela a d'ailleurs été consigné dans des déclarations des dirigeants chypriotes, les références faites par le président américain sont positives car nous avons discuté de la nécessité de parvenir à une solution - ce à quoi aspire la Grèce - celle d'une fédération bicommunautaire bizonale.
La référence faite à la nécessité de rouvrir la faculté de Halki est positive, qui plus est lorsqu'elle s'intègre dans le cadre du respect des principes et valeurs démocratiques, du respect de la liberté religieuse.
Skopje. Les propos tenus par le Secrétaire d’Etat américain, Mme Clinton dans le cadre de réunion Union européenne – Etats-Unis au niveau des ministres des Affaires étrangères sont positifs, à savoir la nécessité de parvenir à une solution. En effet, elle a indiqué qu’elle trouvait absolument logique que cette solution soit trouvée sur la base d’une appellation composée, tout en affirmant qu’il ne devait y avoir aucune difficulté pour parvenir à une telle solution et les parties devraient être encouragées à parvenir à une telle solution.
Enfin, la perspective européenne de la Turquie. Comme je l’ai affirmé tout à l’heure, la perspective européenne de la Turquie est l'aspiration stratégique de la Grèce. Une aspiration stratégique qui a été évaluée par toutes les parties, par le gouvernement actuel mais aussi par les gouvernements précédents, une stratégie au service de la stabilité dans la région, des intérêts de la Grèce, de l’Europe et de la Turquie.
À plusieurs reprises, vous avez, dans cette salle de presse, exprimé une inquiétude : si la Turquie ne veut plus adhérer à l’Union, sur quoi sera donc fondée la politique de la Grèce. Le fait que la Turquie ait été encouragée par le président américain à suivre cette voie, celle de l’Europe, est particulièrement important ; cela implique toutefois qu’elle s’adapte et adopte les réformes et attitudes conformes aux règles européens, aux principes européens et aux modalités européennes.
Enfin, la visite en Irak. La visite en Irak marque l’intérêt marqué des Etats-Unis pour cette région voisine de la Turquie et cela est positif, de même la politique de retrait des forces américaines en Irak est confirmée. Cela est également conforme à la théorie générale de la Grèce concernant la région du Moyen-Orient mais aussi cette région.
C’est un bilan général de la visite de M. Obama en Europe, de sa participation au sommet de l’OTAN, de sa visite en Irak.
M. KARAKOSTAS : Le Pasok, semble-t-il, interprète différemment la visite Obama. Il a demandé la convocation du Conseil de Politique étrangère et j'aimerais demander si vous allez le convoquer.
M. G. KOUMOUTSAKOS : La date de convocation du Conseil national de politique étrangère sera annoncée tout de suite après Paques, tout comme la date de la convocation du Comité Défense et Relations extérieures du Parlement grec.
M. KARAKOSTAS : Une deuxième question. Notre pays s’attire des critiques après la décision de relaxer M. Plevris. Avez-vous un commentaire à faire?
M. G. KOUMOUTSAKOS: Des points de vue aussi extrêmes que ceux exprimée par le monsieur que vous venez de mentionner ne correspondent pas aux sentiments et aux convictions du peuple grec, qui ont clairement été exprimés lors du vote du parlement grec sur l’adoption de la date du 27 janvier comme journée de commémoration de l’Holocauste. J’ajouterais d’ailleurs que des opinions extrémistes comme celles-ci portent atteinte à l’ensemble du peuple grec qui a lutté de toutes ses forces contre les forces de l’Axe, les forces nazies et le fascisme.
M. KAPOUTSIS : M. Andreas Loverdos, du parti du PASOK compétent pour les questions relevant de la politique étrangère a, dans une déclaration faite aujourd’hui, été particulièrement virulent envers la politique de Mme Bakoyannis et du ministère des Affaires étrangères. Il utilise des termes peu élogieux, tels que « politique désorientée ». Avez-vous un commentaire à ce sujet ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Vous savez que je ne fais pas de commentaires sur les prises de position politiques.
Une prise de position générale : Le parti de l'opposition émet des critiques et le gouvernement applique sa politique.
Cela étant, et je parle en ma qualité de diplomate, je pense que lorsque la politique étrangère et les questions relevant de la politique étrangères font l’objet de polémiques entre les partis et ne donnent pas lieu à une critique constructive, cela est une erreur, une grave erreur.
Le débat public sur les questions relevant de la politique étrangère, le dialogue politique sur les questions de la politique étrangère est souhaitable; il doit avoir lieu, il doit être substantiel et contribuer à l’exercice de la politique extérieure d’un pays.
Cela est différent d’une logique allant dans le sens de polémiques entre les partis.
M. SANTAMOURIS : Ma première question : est-ce que la visite Obama suscite des préoccupations, des points négatifs, notamment pour ce qui est des questions d’intérêt particulier pour la Grèce. Deuxième question : pensez-vous que dans le cadre de la fédération bizonale bicommunautaire et de son établissement pour la résolution du dossier chypriote, on peut également inclure une « égalité quantitative » des parties, outre l’égalité politique […]. Merci.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Votre deuxième question concerne le fond des négociations et des pourparlers en cours. Je n’entrerais pas dans une telle discussion. Nous avons tout le temps de le faire lorsque nous aurons des résultats, un aperçu plus clair de la situation et nous nous positionnerons à ce moment là.
En ce qui concerne l’autre point que vous avez soulevé, la préoccupation de la Grèce que pourrait éventuellement susciter la visite Obama. Je dirais deux mots. Le monde entier se trouve dans une période de transition. Il y a des bouleversements.
Il y a deux événements majeurs qui se sont accumulés et contribuent à créer ce nouvel environnement : la grande crise économique internationale et le nouveau gouvernement américain. Ce sont deux événements majeurs qui, associés l'un à l'autre, viennent créer de nouvelles conditions. Pour d'autres, ils viennent sceller, marquer une nouvelle période.
De nouvelles puissances émergent, des incertitudes qui étaient anciennes sont soit revues, soit remises en cause. Dans ce monde en transition, il y a d'un côté l'incertitude, de l'autre l'attente. Dans ces périodes, deux autres éléments co-existent : les défis et les opportunités ». Le devoir des gouvernements et des dirigeants est de relever les défis et de valoriser les opportunités.
La Grèce, la politique étrangère grecque et le ministère des Affaires étrangères analyse minutieusement ces données afin de prendre les décisions qui s'imposent en matière de stratégies et de manoeuvres de la politique étrangère grecque, car ses choix stratégiques sont stables.
Ils sont stables, car évidents.
Nous voulons la stabilité et la paix dans notre région, et ce, dans le respect de nos intérêts nationaux et de nos droits. C’est une stratégie claire. Nous avons parlé de l’Europe, nous avons parlé de la Turquie, nous avons parlé des Balkans. Nous devrons appliquer cette politique et continuer de l’appliquer dans un cadre international et régional plus élargi : celui des bouleversements et des remous que nous vivons actuellement.
La Grèce devra, comme les autres pays du monde, évaluer en profondeur les évolutions pour pouvoir prendre les décisions nécessaires. C’est à ce stade que nous en sommes.
Mme ADAM : Hormis le bilan élogieux de la tournée Obama…
M. G. KOUMOUTSAKOS: Il n’était pas élogieux, mais réaliste, Mme Adam.
Mme ADAM : Je pense qu’il est élogieux. Première question : que pense le ministère des Affaires étrangères des vives réactions exprimées à plusieurs reprises par Mme Merkel et M. Sarkozy à Strasbourg et à Prague suite à la tentative de M. Obama de soutenir plus qu'il ne faut les positions turques à l'OTAN et l'adhésion de la Turquie à l'Union européenne. Deuxième question : que pense le ministère des Affaires étrangères du discours prononcé par M. Obama devant l’assemblée nationale turque, notamment au moment où il a remercié et fait l’éloge de la lutte pour l’indépendance de la Turquie en 1922 en vue de l’établissement d’une démocratique, que les Etats-Unis admirent encore aujourd’hui, celle de Kemal.
M. G. KOUMOUTSAKOS: Je commencerais par la deuxième question et répèterais ce que j'ai à plusieurs reprises dit s’agissant de questions similaires. On ne peut réécrire l’Histoire. Les événements en sont les témoins irréfutables et s’agissant de ce que vous avez dit, j’ajouterais que le témoin à l’époque était George Horton, alors consul américain à Smyrne, qui a relaté tout cela dans son célèbre livre « The Blight of Asia ». Voilà pour ce qui est des références historiques.
Je ne suis pas d’accord et cela me donne l’occasion de répondre au terme «élogieux».
La politique étrangère a deux mauvais conseillers : l’optimisme et le pessimisme. Le meilleur conseiller de la politique étrangère est le réalisme. Car le réalisme permet de faire des évaluations justes, des planifications justes et de prendre des décisions justes.
Je ne suis donc pas du tout d’accord avec le terme « élogieux ». Il s’agit d’un bilan réaliste qui voit les points coïncidant avec les théories de la politique étrangère grecque et je ne pense pas que la Grèce ait jamais soutenu des positions différentes que celles que j'ai mentionnées, qu’elle que soit l’époque ou le parti.
En ce qui concerne les efforts turcs et la position de la Turquie au sommet de l’OTAN. Les avantages et les inconvénients d’une attitude, quelle qu’elle soit, ne sont pas visibles le même jour. Le fait est que des décisions ont été prises à l’unanimité. Cette décision prise à l’unanimité est l’élection de M. Rasmussen. Cela étant l’évaluation de la façon dont chaque Etat membre agit en vue de ses intérêts est une question d'évaluation.
Mme ADAM : Pardonnez-moi vous ne m’avez pas répondu. J’ai demandé ce que pensait le ministère, si la partie grecque est d’accord avec les propos houleux tenus publiquement par Mme Merkel et M. Sarkozy sur l’effort des Etats-Unis, aussi bien à Strasbourg qu’à Prague.
M. G. KOUMOUTSAKOS: La position ferme de la Grèce, en tant que membre de l’UE, est la défense de l’autonomie institutionnelle de l’Union européenne dans la prise de décisions. L’Union européenne prend les décisions concernant son parcours, ses problèmes, ses aspirations et ses plans selon les réglementations institutionnelles existantes. Les décisions sont prises par les 27 États membres de l’Union européenne. C’est chose claire.
Cela étant, je ne pense pas que l’on puisse demander à un pays de ne pas procéder à des évaluations ou de ne pas exprimer ses points de vue. Mais les décisions au sein de l’Union européennes sont prises par ses États membres. Cela est bien clair.
M. ATHANASSOPOULOS : Etant donné que j'ai levé la main de nombreuses fois et que la parole ne m'a pas été donnée, je poserais plusieurs questions. Vous avez dit au début qu'il y a des décisions européennes prises à l'unanimité concernant la Turquie dans le but de l'adhésion. Corrigez-moi si je me trompe, mais je pense que la décision unanime en question est la seule à ne pas montrer clairement que l’objectif final de la perspective européenne de la Turquie est l’adhésion. Corrigez-moi si je me trompe. Deuxièmement. Vous avez dit que vous encouragez le soutien des Etats-Unis (avec ou sans guillemets) de la perspective européenne de la Turquie...
M. G. KOUMOUTSAKOS: Non, nous encourageons…
M. ATHANASSOPOULOS : Bref, est-ce que vous pensez que l'encouragement des Etats-Unis est positif...
M. G. KOUMOUTSAKOS: Vis-à-vis de la Turquie, qu’elle insiste quant à sa perspective européenne.
M. ATHANASSOPOULOS : Oui, bon mais il y a aussi les réactions de la part de la France et de l’Allemagne auxquelles s’est également référée ma collègue, Mme Adam. Avez-vous donc préparé un scénario alternatif ? En outre, étant donné que la ministre ne s’est pas du tout référée aux questions gréco-turques de l’Egée, savez-vous si le gouvernement américain – lequel est censé être informé sur ces questions par l’intermédiaire de la ministre et du Premier ministre qui ont eu des entretiens respectivement avec Mme Clinton et M. Obama – a transmis nos plaintes à la Turquie ? Merci.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Permettez-moi de commencer par la dernière question relative à l’Egée et aux relations gréco-turques. La promotion des positions et des intérêts grecs ainsi que la communication d’informations à tous les interlocuteurs concernant ces positions, sont continues et je ne vois pas pourquoi cette question est mise en cause.
La politique étrangère grecque, la diplomatie grecque, la ministre des Affaires étrangères, le Premier ministre communiquent des informations sur les positions de la Grèce et ses intérêts et les défendent avec détermination lors de toutes les rencontres.
Le fait que lors d’une rencontre qui a durée entre 20 et 25 minutes, une référence détaillée n’a pas été faite aux questions de l’Egée, ne modifie pas cette politique ferme et solide. Toutefois, un rappel a été fait de manière claire au ministre turc des Affaires étrangères sur la nécessité d’améliorer les relations gréco-turques.
Je pense que personne dans cette salle ne peut soutenir qu’à l’issue de cette rencontre le ministre turc des Affaires étrangères ou la bureaucratie du ministère turc des Affaires étrangères sont arrivés à la conclusion que la Grèce ne réagit pas à l’attitude de violations de la Turquie en mer Egée. Toutes les choses doivent être envisagées dans le contexte approprié.
Cela dit, comme je l’ai déjà affirmé, nous informons toujours et de manière continue tous nos interlocuteurs. Nous nous sentons forts car nous pensons que le droit international est notre avocat. Et il est également important que les Etats-Unis se dirigent vers la ratification de la Convention sur le droit de la mer.
M. VIDALIS : Une minute car il y a ici une lacune…
M. G. KOUMOUTSAKOS : S’il y a une lacune, je la remplirai, si je peux.
M. VIDALIS : Si je me souviens bien, votre collègue vous a demandé si M. Obama avait transmis les positions grecques relatives à la mer de l’Egée [à la partie turque] ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je n’ai pas d’informations précises concernant cette question. Cela est ou n’est pas éventuellement le cas. Toutefois, cela ne modifie pas nos efforts. Nos efforts se poursuivront de manière ferme. Et il y aura des moments faciles et difficiles. Cela arrive dans la politique étrangère de n’importe quel pays.
M. ATHANASSOPOULOS : Est-ce que la décision européenne unanime concernant la Turquie avait comme objectif final et explicite l’adhésion de la Turquie ou non ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Oui, pour la Grèce.
M. ATHANASSOPOULOS: Mais cela ne nous concerne pas. C’est la décision européenne qui nous concerne. Autre question : vous avez dit que vous considériez comme positif le soutien des Américains à la perspective européenne de la Turquie. Toutefois, suite aux réactions de la France et de l’Allemagne, avez-vous préparé des scénarios alternatifs ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : S’agissant de savoir s’il est plus ou moins clair que la destination finale est l’adhésion, je répondrais que la procédure est qualifiée de « procédure d’adhésion », ce qui est indicatif de l’orientation de cette procédure et quoi qu’il en soit, aucune décision ne parle de relation spéciale.
Il s’agit d’un dialogue public. De positions diverses sont de temps en temps exprimées et actuellement celles-ci sont minoritaires. Permettez-moi de répéter que la Turquie doit répondre au dilemme politique et théorique qui se présente à Bruxelles, à savoir « relation spéciale ou pleine adhésion ». Elle doit répondre à travers ses propres actions et ses propres décisions. Et non à travers des intentions car on ne sort pas d’un dilemme avec des intentions.
Cela dit, une question se pose. Vous l’avez aussi soulevée. Que fait le ministère des Affaires étrangères, y a-t-il un plan b ? Le ministère doit étudier toute éventualité, telle est sa tâche. Car comme vous le savez, devant les dilemmes, il y a des positions intermédiaires. Par conséquent, nous n’étudions pas seulement ce dilemme, nous étudions tous les éléments.
Mais notre politique en tant que ministère des Affaires étrangères, est une politique partagée par tous les partis et quoi qu’il en soit, je n’ai jamais vu aucune des grandes forces politiques du pays contester cette orientation.
Mme KOURMPELA : Je voudrais simplement rappeler que lorsque la Turquie a pour la première fois présenté sa demande d’adhésion au Conseil et ce dernier l’a rejeté, la Turquie a de nouveau formulé une demande d’adhésion, elle est revenue sur sa demande d’adhésion et jamais sur une demande de relation spéciale.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je me suis déjà référé à cette question. Merci.
Mme KARAVITIS : Si je ne me trombe pas, le président américain lors de sa visite à Constantinople avait affirmé que dès lors que la Turquie pouvait être membre de l’OTAN, il ne voyait pas pour quelle raison elle ne pourrait pas vendre des abricots en Europe. Est-ce que le gouvernement grec et l’Union européenne se sentent responsables, en raison notamment de certains contacts de haut niveau, du fait que le gouvernement américain ne sait pas ce que signifie l’adhésion à l’Union européenne ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je pense qu’à cette question très intéressante – si ces propos sont valables – doit répondre le représentant de la Commission européenne. Il est évident que cela n’est pas valable à l’Union européenne. Cette dernière a ses propres règles et caractéristiques et prend des décisions sur la base de ses propres textes institutionnels.
M. MELETIS : Monsieur le porte-parole, vous avez dit qu’en tant que ministère des Affaires étrangères vous suivez une politique réaliste, pourriez-vous nous dire quel est l’intérêt précis pour la Grèce de cette visite de M. Obama en Europe et en Turquie ? Deuxième question : Vous avez dit qu’il y avait eu une discussion entre la ministre et M. Babacan sur l’amélioration générale de l’ambiance et qu’il n’était pas nécessaire d’en dire plus sur cette question.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Non, j’ai dit que d’autres dossiers avaient été abordés mais ceux-ci ne portaient pas sur cette question.
M. MELETIS : C’est justement pour cette raison-là, à savoir que les questions abordées – les questions relatives à Halki et à Thrace – n’étaient pas celles qui nous concernent – c’est-à-dire les tensions en mer Egée et autres – que je vous demande si, à votre avis ce sont ces questions [les questions relatives à Halki et à Thrace] qui seront soulevées dans le cadre du débat relatif à l’amélioration des relations gréco-turques ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : S’agissant de la question de Thrace, il a été à maintes reprises affirmé ici et par la ministre des Affaires étrangères qu’il n’y avait pas de réciprocité en termes de questions relatives aux droits de l’homme, aux libertés et au respect des libertés religieuses.
La Grèce mène sa propre politique. Les obligations que la Turquie a assumées en tant que pays candidat à l’adhésion et en tant que pays désireux de jouer un rôle dans le rapprochement des civilisations concernent le Patriarcat et la Faculté de Halki. Il s’agit de questions que la Turquie doit régler, des questions ouvertes face à l’ensemble de pays qui croient à la nécessité de respecter les libertés religieuses et surtout face à l’Europe.
Et pour conclure, je voudrais ajouter que, lorsqu’on dit à son homologue que l’ambiance des relations gréco-turques doit être améliorée, il va de soi qu’on soulève cette question pour inciter l’autre partie [la Turquie] d’entreprendre des actions en faveur de l’amélioration des relations gréco-turques.
Le fait que lors de cette discussion en question, une référence détaillée n’a pas été faite aux violations commises par la Turquie n’a manifestement pas donné l’impression à la Turquie que la Grèce n’était plus préoccupée par l’attitude inacceptable de la Turquie.
M. MELETIS : Je voudrais vous poser une autre question : Lors de son entretien avec le ministre brésilien des Affaires étrangères, la ministre a éprouvé le besoin de parler de l’évolution des mesures qui seront mises en place à Thrace. Et maintenant vous dites qu’ « il ne s’agit pas de réciprocité que M. Babaçan a tout simplement exprimé son intérêt ».
M. G. KOUMOUTSAKOS : J’ai dit que lors de la rencontre avec M. Babaçan, la ministre n’avait pas soulevé cette question. M. Babaçan s’y est référé très brièvement.
Pour ce qui de votre question, lors de la dernière rencontre au niveau des ministres des Affaires étrangères, a été faite une présentation détaillée des préoccupations, des positions et des prétentions de la Grèce relatives à la nécessité de l’adoption de la part de la Turquie d’une attitude qui permettrait l’amélioration ultérieure des relations. Cette présentation a eu lieu dans le cadre d’une rencontre de longue durée qu’a eue la ministre des Affaires étrangères en présence des hauts fonctionnaires avec son homologue à New York.
Force est de rappeler que lors de cette rencontre à New York en septembre dernier et dans le discours de la ministre des Affaires étrangères devant l’Assemblée générale des Nations Unies aussi, une référence a été faite pour la première fois à la nécessité d’une amélioration les relations gréco-turques et d’un changement d’attitude de la part de la Turquie.
Cela dit, comme vous le savez, toute une série de démarches sont faites à tous les niveaux. Il y a des réactions qui sont parfois rendues publiques, telles que les actions entreprises concernant l’exercice turc récent « Igemon » et l’exercice récent « Evgenis Toxotis » concernant l’île d’Agios Efstratios.
Tels sont les éléments qui composent une politique bien définie. Cette politique et sa nature ne se modifient pas si, comme je vous l’ai déjà dit, lors d’une rencontre – parmi plusieurs – d’une durée de 20 minutes, une référence détaillée n’a pas été faite aux questions relatives à l’Egée, qui plus est lorsque, il y a quelques jours, l’exercice « Igemon » – un exercice de première priorité pour la Grèce quant aux modalités de participation des pays européens – a été mené et conclu de manière satisfaisante pour la Grèce.
M. BARAKAT : Tout ce que vous avez dit concernant la visite de M. Obama en Turquie et non pas en Grèce, est bien clair. Toutefois partagez-vous l’opinion que le rôle et la présence de la Grèce concernant les questions de la région, étaient infimes ? Une autre question : Est-ce que la ministre envisage d’effectuer bientôt une visite en Irak ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Nous envisageons cette éventualité. C’est une question d’organisation. Il faut trouver la date la plus appropriée pour cette visite de la ministre en Irak.
Je ne suis pas du tout d’accord avec votre estimation concernant le rôle infime de la Grèce dans la région du Moyen Orient.
A titre indicatif, permettez-moi de me référer à quelques évènements.
La Grèce a été présente lors de la crise au Liban. Grâce aux initiatives, aux efforts et aux actions de la Grèce, une discussion marquant une étape importante a été menée, à mon avis, sur les questions du Moyen Orient au sein du Conseil de sécurité des Nations Unies au niveau des ministres des Affaires étrangères. Une discussion qui a changé l’ambiance et a créé de nouvelles dynamiques. On pourrait dire sans exagération que la Grèce a pour la première fois été invitée et a participé à une Conférence internationale sur le Moyen Orient. Je me réfère au processus d’Annapolis. La ministre des Affaires étrangères a, à maintes reprises, visité la région, Israël, la Syrie, le Liban et une visite est prévue en Irak. Le Président de la République et le Premier ministre ont visité l’Egypte.
En outre, force est de souligner, et ce sans exagération, la politique très active et substantielle de la Grèce au sein des ministres européens des Affaires étrangères concernant les questions du Moyen-Orient, de Gaza, de l’assistance humanitaire que nous avons envoyée dans la région. Nous jouons un rôle actif.
Il y a une critique, à savoir qu’il faut jouer un « rôle plus important ». Je le comprends. Mais je n’accepte pas que la Grèce soit absente. Nous devons jouer un rôle plus important et nous le ferons. C’est à cet objectif que nous visons de manière soutenue. Je le comprends. Mais je n’accepte pas des critiques relatives à l’absence ou à l’inaction de la Grèce.
Mme ADAM : Monsieur le porte-parole, comme vous vous êtes plusieurs fois référé au déroulement sans heurts de l’exercice « Igemon », je voudrais vous rappeler que nous voulons savoir qui a émis le NOTAM et pour quelles régions…
M. G. KOUMOUTSAKOS : Vous m’avez déjà posé cette question Mme Adam. Votre question a été notée.
Mme ADAM : Depuis la rencontre entre Mme Bakoyannis et M. Babaçan, il y a eu un grand nombre de provocations de la part de la Turquie à Agathonissi, à Farmakonissi, certains navires à Rafina, à Kastelorizo, la liste est longue. Et vous dites que cette question n’a pas été abordée lors de la rencontre à Constantinople. Pourriez-vous nous dire quelles questions a posé M. Babaçan à Mme Bakoyannis ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : N'interprétez pas mal les choses.
Mme ADAM : Pourriez-vous nous dire en détail quelles questions a posé Mme Bakoyannis à M. Babaçan ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Vous savez que ce type de discussions sont menées. Vous savez qu’il y a une communication d’informations. Je me suis référé à une question seulement, à celle de Thrace parce que votre collègue a posé la question. Je vous ai dit que M. Babaçan a posé cette question et une réponse a été donnée dans le cadre connu. Nous menons notre propre politique qui ne dépend pas des actions de la Turquie dans le cadre de ses obligations vis-à-vis du Patriarcat œcuménique.
Deux autres questions ont été également abordées, la question chypriote…
Mme ADAM : Qu’est ce que Mme Bakoyannis a demandé à M. Babaçan concernant cette question ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je n’ai pas l’intention de faire une reconstitution des rencontres. C’étaient d’ailleurs des rencontres privées.
Mme ADAM : Donc, vous le faites en partie puisque vous me dites ce que Mme Bakoyannis a répondu à une question de M. Babaçan. J’inverse donc la question, quelle était la question de Mme Bakoyannis et qu’a répondu M. Babaçan. C'est ce que je demande.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Mme Adam je n’ai pas l’intention de faire la reconstitution des rencontres privées entre les ministres des Affaires étrangères, des visites auxquelles je n’ai pas participé. Pour ce qui est de cette rencontre…
M. SOURMELIDIS : (hors micro) Qui a demandé cette rencontre ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Elle a été le résultat de discussions exploratoires engagées au niveau des hauts fonctionnaires des ministères.
Mme ADAM: Bon, quel a été l’objet des discussions ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Il ne faut pas dramatiser ce genre de rencontres et y accorder une gravité excessive. Vous m’avez posé une question précise et substantielle à laquelle je veux répondre et non pas à des questions qui, à mon sens, visent à créer des impressions.
Vous m’avez posé une question substantielle : « Après la discussion à New York, pourquoi les Turcs ont continué à avoir la même attitude ? »
Je vous réponds : Si les questions avaient été réglées lors de la rencontre à New York, on vous aurait annoncé qu’une solution avait été trouvée et que la Turquie avait changé sa politique.
Cela n’a pas été le cas. Les relations gréco-turques ont les caractéristiques que vous connaissez déjà. Les gouvernements grecs essayent depuis longtemps d’améliorer ces caractéristiques sans nuire aux intérêts nationaux. Il s’agit d’efforts continus, d’efforts difficiles consentis actuellement par le gouvernement hellénique, la ministre des Affaires étrangères et les hauts fonctionnaires compétents en la matière.
Nous avons dressé le bilan des relations gréco-turques de l’année dernière. La ministre a affirmé qu’il y avait une stagnation dans les relations et celles-ci devraient être améliorées. Il s’agit d’un effort continu Mme Adam. Vous le savez très bien puisque toutes ces années vous faites du reportage dans le domaine de la diplomatie. Ces efforts n’ont jamais cessé. Car telles sont les caractéristiques des relations gréco-turques. Nos efforts visent à modifier ces caractéristiques. Les efforts sont difficiles mais ils seront poursuivis. Nous n’abandonnerons pas ces efforts.
M. KALARITIS : Est-ce que la politique de la Grèce, consistant à persévérer à améliorer les relations gréco-turques et à soutenir le parcours européen de la Turquie, car cela est dans l’intérêt de la Turquie, de l’Europe et de la Grèce, a apporté ses fruits ? C’est-à-dire l’attitude de la Turquie après tant d’années que vous menez cette politique a-t-elle été améliorée, s’est-elle détériorée ou demeure-t-elle inchangée ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Certains aspects ont été améliorés et d’autres demeurent inchangés. Quoi qu’il en soit, la Grèce a fait un choix stratégique. Et les choix stratégiques sont appelés stratégiques car ils englobent dès le début la dimension stratégique à long terme. Cela a commencé en 1999…
M. MELETIS : (hors micro) non seulement en 1999 mais aussi en 2004…
M. G. KOUMOUTSAKOS : En 2004 aussi. Mais cela n’a aucun rapport. Il s’agit d’une politique uniforme en faveur de la perspective européenne de la Turquie. Une politique menée depuis 1999 jusqu’à ce jour. Il s’agit d’une philosophie bien précise. Nous avons affirmé qu’il s’agissait d’un objectif stratégique. Nous n’abandonnerons pas cet objectif. On pourrait changer de tactique en fonction des évolutions dans le domaine de la politique étrangère mais la stratégie demeure la même.
M. KALARITIS: (hors micro) Quels sont les aspects améliorés ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Les relations bilatérales, les relations économiques bilatérales et les contacts entre les deux peuples ont été améliorés. Il existe à de nombreux niveaux un climat différent et à d’autres il n’y en a pas. Il y a des questions faciles et des questions difficiles dans les relations gréco-turques. On s’efforce de régler les questions difficiles et on consent des efforts pour améliorer nos relations dans les domaines faciles en vue de jeter des bases solides pour pouvoir régler les questions difficiles.
Tels sont les efforts consentis par la Grèce toutes ces dernières années. La question est de savoir, pour inverser votre problématique, si la Grèce est la partie perdante. A mon avis, la Grèce n’a jamais été perdante dans aucun domaine.
Nous défendons nos intérêts légitimes, et parfois dans des conditions difficiles qui requièrent de l’effort. Telle est la réalité.
M. SANTAMOURIS : Monsieur le porte parole, avez-vous des informations à nous communiquer concernant l’entretien de Mme Bakoyannis avec M. Bildt à Constantinople ? Deuxième question : est-ce que la discussion sur la sécurité énergétique lors du dernier sommet a apporté de nouveaux éléments qui pourraient imposer aux Etats membres le changement de leurs choix tactiques ? Je parle des choix tactiques et non pas stratégiques, concernant la politique énergétique et les coopérations internationales.
M. G. KOUMOUTSAKOS : Je n’ai pas d’informations relatives à cette question. Aussitôt que j’aurai des informations, je vous répondrai.
Pour ce qui est de la rencontre avec M. Bildt, cette rencontre s’est tenue pour des raisons précises, au-delà du fait qu’il y a des rencontres fréquentes en marge des Conseils européens. Comme vous le savez, la Suède assumera le semestre prochain la présidence de l’Union européenne. La Suède a toujours été un pays qui avait des opinions bien précises concernant la politique étrangère de l’Europe et les questions internationales. Par conséquent, cette rencontre avait comme objectif une exploration des intentions de la Suède concernant la façon dont la Suède gérera les questions d’intérêt européen et grec au cours de sa présidence.
Cette rencontre a également donné l’opportunité de présenter de nouveau les positions grecques sur des questions qui nous intéressent de sorte que la présidence suédoise soit informée sur l’attitude de la Grèce à l’égard de toute une série de questions.
M. HADOULIS : Hormis l’élection de M. Ivanov à Skopje, qu’y a-t-il de nouveau concernant de la question du nom ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Non, il n’y a rien de nouveau.
M. TSAKAS : Avec l’adhésion de l’Albanie à l’OTAN, la Grèce trouvera un partenaire important. Mais comment l’Albanie pourrait être considérée comme un partenaire militaire étant donné que conformément à la législation grecque qui date des années ‘40, la déclaration de guerre reste toujours en vigueur ? On parle sur la base de la législation, non des faits. Jamais cette déclaration de guerre n’a été rejetée. Comme [l’Albanie] peut être considérée comme un allié militaire ?
M. G. KOUMOUTSAKOS : Votre question est fondée sur une lecture erronée des événements. Comme vous le savez, les relations gréco-albanaises sont très élargies et ne s’inscrivent pas, comme vous le dites, dans un régime de guerre.
Les relations gréco-albanaises sont profondes et pleines et continuent de s’améliorer. Et, les relations entre la Grèce et l’Albanie seront enrichies par une nouvelle dimension, celle des relations d’alliance dans le cadre de l’OTAN.
Pour conclure j’aimerais évoquer l’installation d’un missile par la Corée du Nord. Nous condamnons le lancement d’un missile par la République populaire démocratique de Corée le 5 avril, en violation de la résolution 1718 du Conseil de sécurité des Nations Unies. Des actions similaires, indépendamment des intentions exprimées, vont à l’encontre des efforts de la communauté internationale en faveur de la mise en place de mesures de confiance et de coopération entre les peuples.
Notre pays a toujours été en faveur d’un climat de coopération et de confiance dans le cadre de la communauté internationale et s’oppose à toute action englobant des éléments relatifs à la dispersion et à la prolifération des armes qui pourraient provoquer une destruction massive.
Pour ces raisons-là, nous appelons la République populaire démocratique de Corée à renoncer immédiatement à des actions similaires qui menacent non seulement ses voisins mais aussi l’humanité entière.
La Grèce soutient fermement les efforts consentis par les deux parties en vue de régler les questions par le biais du dialogue et sur la base des principes du droit international, car c’est seulement ainsi que la sécurité prévaudra sur la péninsule coréenne.
Merci.
Traduction non officielle