Athènes, le 9 mai 2011
Aujourd’hui est une journée qui revêt un caractère symbolique particulier car elle marque 61 ans depuis la première déclaration de Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères à l’époque, par le biais de laquelle il a posé la pierre angulaire de la construction européenne. Ce jour marque également 66 ans depuis la fin de la Seconde guerre mondiale en Europe en annonçant le début du parcours européen, un processus historique qui a pris la forme d’un projet pour la paix. Des ruines de la guerre, on a vu renaître l’espoir, la vision ainsi que la nécessité d’une réconciliation entre les peuples de l’Europe. En établissant la solidarité, le dialogue sincère en tant que formes d’une coopération pratique, les grands visionnaires de l’idée européenne ont frayé la voie vers la création de l’Europe dont le modèle social et de développement, en dépit de ses faiblesses, a suscité à juste titre l’admiration mondiale. Un exploit historique – un exemple de stabilité et de coexistence pacifiques – unique en son genre dans l’histoire mondiale.
La réalité politique et économique sur la scène internationale influe inéluctablement sur la réalisation de la vision européenne. L’environnement économique volatile, l’immigration, les développements géopolitiques rapides, tels que ceux intervenus dans les pays arabes, les problèmes environnementaux ainsi que l’insécurité énergétique, forment un contexte international complexe qui est en évolution constante et engendre à la fois des défis et des opportunités pour l’Union européenne.
Devant cette réalité, les hommes politiques européens doivent se prononcer en vue de prendre dans les plus brefs délais des décisions en donnant des réponses franches. Toutefois, il est nécessaire que tous les citoyens européens participent au façonnement de ces positions car ce sont eux qui donneront finalement les réponses.
Se trouvant à un carrefour critique, l’Union européenne doit redéfinir les principes et valeurs fondamentaux qui ont déterminé l’idée européenne, à savoir la liberté, la justice, le respect d’autrui, l’humanisme et la solidarité. La solidarité ne doit pas rester lettre morte, notamment aujourd’hui où l’on assiste à des développements majeurs qui mettent à rude épreuve l’Europe. Je pense notamment au défi de la politique économique et monétaire commune pour les économies dont le cycle économique se trouve dans une phase différente ainsi que pour les flux migratoires accrus provenant du sud. Aucun pays de l’UE ne doit lutter seul contre ces défis.
Cette année marque également 30 ans depuis notre adhésion à la CEE. Avec notre adhésion à l’Union européenne, nous nous sommes ralliés à la vision européenne, une vision porteuse de tant d’espoir pour nos peuples. Le ministère des Affaires étrangères n’a pas seulement servi de principal intermédiaire lors des négociations d’adhésion à l’Union, mais il a depuis cette époque-là joué un rôle institutionnel très actif dans la coordination de la politique européenne de notre pays, tout comme dans la promotion des politiques dites communautaires à l’intérieur de la Grèce. Pendant ces trois décennies, la Grèce a consolidé la démocratie, la stabilité politique et a renforcé son prestige international. Par ailleurs, la Grèce et l’Union européenne partagent des valeurs et idéaux communs, tels que la démocratie, la liberté et le respect des droits de l’homme. Sur ces valeurs est axée notre politique au sein de toutes les organisations internationales. Notre pays promeut, dans le cadre de ces organisations aussi, ces idéaux ainsi que la cause de l’Europe unie. Cette dernière est notamment mise en avant à travers notre représentation commune et par la voix unique dont les pays européens parlent sur la scène internationale. Une vision qui devient progressivement une réalité, en dépit des retards et des reculs. Par ailleurs, c’est aux hommes politiques et aux diplomates de surmonter les obstacles en réalisant les objectifs.
La Grèce soutient et promeut l’idée européenne. Pour la Grèce, la perspective européenne de l’Europe du Sud-est est un objectif ferme. Afin que notre voisinage devienne une région de coopération et de coexistence pacifiques. Et mon intention n’est pas de répéter des stéréotypes. Il s’agit de la substance même de la politique étrangère grecque, à la fois d’une aspiration et d’une nécessité. Pour les peuples des Balkans, le parcours vers l’Europe est une voie à sens unique. C’est la seule voie à travers laquelle seront assurées la stabilité, la prospérité des sociétés, la consolidation des institutions démocratiques. Il s’agit d’une stratégie en faveur de laquelle œuvrera également la présidence hellénique future en 2014. Nous avons d’ores et déjà entamé les travaux de préparation à cette fin.
L’Union européenne traverse actuellement une période de réflexion. C’est un processus nécessaire qui nous permettra de définir plus concrètement la mission de l’Union européenne elle-même. L’Union européenne a, à plusieurs reprises, prouvé qu’elle est forte dans l’adversité. Il y a eu souvent des crises, des retards et des rétractations et parfois de la fatigue. Toutefois, son parcours se poursuit et n’a jamais été interrompu. L’Union européenne a toujours mis en avant l’intérêt commun et cette vision pour un avenir commun, en laissant à part les antagonismes nationaux qui ont d’ailleurs été dans une grande mesure à l’origine des moments tragiques qu’à vécu l’Europe. Et le plus important est que les citoyens européens, en dépit des déceptions, continuent de fonder leurs espoirs sur l’idée européenne pour une meilleure vie et un monde meilleur.