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le 9 décembre 2009
Mme MAKRIS : Nous avons en ligne le ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Droutsas qui se trouve actuellement à Bruxelles. Bonjour M. Droutsas. Comment allez-vous ?
M. DROUTSAS : Bonjour Mme Makris.
Mme MAKRIS : Comment allez-vous ?
Mme PIRGIOTIS : Vous êtes fatigués, n’est-ce pas ?
M. DROUTSAS : Non je vais bien, merci.
Mme PIRGIOTIS: Vous devez être fatigué M. Droutsas car vous avez livré une véritable bataille là-bas.
Mme MAKRIS : Et, vous continuez de vous battre.
M. DROUTSAS : Vous savez, il est de notre devoir de le faire. En effet, ces deux derniers jours, nous avons livré une bataille assez difficile mais je pense que nous pouvons être satisfaits des résultats auxquels nous sommes parvenus.
Mme PIRGIOTIS: Monsieur Droutsas, avez-vous eu des indications, des informations concernant l’intention de la présidence suédoise, avec l’aide bien entendu du Royaume Uni et d’autres pays, de faire passer les questions de la Turquie d’une manière à laquelle on ne s’attendait pas ? Certes, le pire a été évité mais la question est si vous avez eu des indications y relatives.
M. DROUTSAS : Il est vrai que les conditions ont été difficiles car les vues de la présidence étaient différentes des nôtres et de celles de Chypre. Et j’avoue que cette présidence n’a pas été bien disposée à notre égard.
Mme MAKRIS : Et, tel a été aussi le cas pour la question de Skopje.
M. DROUTSAS : C’est exact. Toutefois, s’agissant de la question de Skopje, si vous me le permettez, la présidence a essayé de manière directe de fixer une date pour l’ouverture des négociations d’adhésion entre l’Union européenne et Skopje.
Et je pense que nous avons réussi à l’éviter. Nous avons noté de manière claire que les relations de bon voisinage et notamment le règlement de la question du nom de Skopje étaient indispensables et constituaient une condition à l’ouverture des négociations d’adhésion.
Mme MAKRIS : Puisque nous évoquons la question de Skopje M. Droutsas et avant d’aborder les évolutions survenues hier, je voudrais vous poser la question suivante : Avons-nous reporté la discussion de six mois, autrement dit la question sera-t-elle abordée en juin sous la présidence espagnole ?
M. DROUTSAS : Exactement. Nous avons affirmé – il y a eu un accord sur cela, ce qui est dans notre intérêt – que cette question serait examinée lors de la prochaine présidence qui sera exercée par l’Espagne.
Et nous avons agi en fonction d’un raisonnement précis, à savoir cela est une sorte de pression exercée sur Skopje, ou si vous voulez le considérez d’une manière plus positive, une incitation pour Skopje afin que cette dernière arrive à la table des négociations menées sous l’égide des Nations Unies en faisant preuve d’une attitude constructive.
Car il est clair que les négociations d’adhésion avec Skopje ne pourront être ouvertes sans l’avis conforme, sans le consentement de la Grèce. Il est également clair que – nous l’avons affirmé d’emblée et je l’ai réitéré hier lors du Conseil sur tous les tons – l’ouverture des négociations d’adhésion avec Skopje est impossible sans le règlement préalable de la question du nom.
C’est pourquoi, il est important pour Skopje de savoir que si il veut entamer les négociations d’adhésion, elle doit régler la question du nom, se présenter à la table des négociations menées sous l’égide des Nations Unies et adopter une attitude constructive en vue de parvenir à la solution souhaitable.
Mme PIRGIOTIS : Ma question porte sur l’attitude positive, si vous voulez, de la Bulgarie pour les intérêts grecs. Ce pays est un allié précieux pour la Grèce à l’égard de cette question.
Car la Bulgarie est confrontée à des problèmes précis similaires ayant trait à la minorité et aux exaltations nationalistes. De plus, il y a quelques jours le premier ministre bulgare a été très caustique et très dur dans son intervention sur le parcours d’adhésion de Skopje.
Alors ma question est la suivante : Est-ce qu’au cours de votre tournée dans les Balkans vous avez valorisé cette alliance ?
M. DROUTSAS : Certainement que nous avons valorisé cette alliance avec la Bulgarie, vous l’avez bien dit Mme Pirgiotis.
Toutefois, force est de souligner à cette occasion qu’un bon nombre d’Etats membres au sein du Conseil nous ont soutenu et nous avons également été en contact ces dernières semaines avec beaucoup de partenaires. Nous avons nous aussi fait un travail préparatoire.
Toutefois, le plus important est, si vous me le permettez, qu’un très grand nombre de partenaires ont pleinement compris les positions grecques. Ils sont conscients que le nouveau gouvernement est en train de donner un nouvel élan à la politique étrangère du pays.
A travers nos initiatives nous sommes de nouveau présents et notamment dans notre région. Nos partenaires sont très positifs à l’égard de cela…
Mme MAKRIS : Evidemment, ce que vous dites est important Monsieur le ministre.
M. DROUTSAS : Et cela contribue beaucoup aux négociations concernant nos questions.
Mme MAKRIS: Je voudrais vous poser une autre question. Dimanche le journal « Ethnos » a publié le télégramme de notre ambassadeur. Dans ce télégramme on parle des entretiens privés de Mme Bakoyannis, des entretiens qui divergeaient dans une grande mesure de la ligne nationale rouge.
Par conséquent, je pense que – si cela est vrai, et en fait l’ancienne ministre des Affaires étrangères n’a pas démenti l’article en sa substance – l’on crée une certaine confusion et ils ne savent plus quoi penser. Autrement dit, il existe une incohérence entre nos discussions privées et nos déclarations publiques et finalement l’image qui en ressort est que nous faisons preuve d’inflexibilité.
M. D. DROUTSAS : Permettez-moi de ne pas entrer dans le vif du sujet que vous venez d’évoquer, pour ce qui est de Mme Bakoyannis, car il s’agit d’une question concernant les affaires intérieures du parti de la Nouvelle Démocratie.
MME M. PIRGIOTIS : La fuite, M. le ministre ne concerne pas les affaires intérieures.
MME K. MAKRIS : Elle concerne notre pays, M. Droutsas.
M. D. DROUTSAS : Oui, effectivement et je vais en venir.
ΜΜΕ Κ. ΜΑΚRΙS : Et quel est l’objet de la négociation finalement ?
M. D. DROUTSAS : Non, Mme Makri, ce que je voulais dire concernant cette question précise est que je ne veux émettre aucun commentaire.
Toutefois, j’aimerais souligner un point qui concerne le pays : la Grèce a une position claire, pour ce qui est de la question du nom de Skopje, qui se résume en ces termes : la ligne nationale rouge.
Je l’ai souligné à maintes reprises et je le pense vraiment, à savoir qu’il s’agit d’une très belle réussite pour la Grèce et le peuple grec. C’est ce sur quoi nous devons axer notre attention et faire attention à ce que…
MME K. MAKRIs : Oui, parce que vous savez, il y a certaines réserves et je vous pose la question directement…
M. D. DROUTSAS : Que nous avons…
MME K. MAKRIS : Une minute M. le ministre, est-ce que vous aussi êtes incohérent, entre ce que vous dîtes en public et ce que vous dîtes en privé ou bien est-ce que vous préparez une solution qui n’est pas exactement conforme à la ligne nationale rouge ?
M. D. DROUTSAS : La ligne nationale rouge est connue. C’est la position du pays : une appellation avec détermination géographique pour tous les usages.
MME K. MAKRIS : Cela est très clair.
MME M. PIRGIOTIS : Voulez-vous que nous passions aux relations gréco-turques M. le ministre ?
M. D. DROUTSAS : Bien entendu.
MME M. PIRGIOTIS : Car il semble que la Turquie européenne, la question de la Turquie européenne suscite des divisions au sein de l'Union européenne, cela est bien connu, cela n'est pas nouveau.
Toutefois, tout le monde, et je pense les partenaires aussi sont étonnés du fait que trois années se sont écoulées depuis l'époque où l'Union européenne avait soi-disant demandé fermement à Ankara de normaliser ses relations avec Chypre; rien n'a été fait et malgré cela nous constatons un effort de la part de nos partenaires qui se font la réflexion suivante : « Bon d'accord la question sera résolue, en attendant, nous pouvons avancer ».
Et cela m’étonne car il s’agit d’un chapitre fondamental puisque nous parlons d’un pays qui n’a pas de relations avec un Etat membre de l’Union européenne, à savoir Chypre.
M. D. DROUTSAS : Mme Pirgiotis, je suis totalement d'accord avec vous et cela était l'un des principaux points de la discussion, de la discussion très houleuse qui s'est déroulée hier et avant-hier soir au Conseil concernant les questions relatives à la Turquie.
Et cela a été l’un des sujets centraux de mes interventions, où j'ai précisé que l'Union européenne elle-même devait faire très attention quant aux messages qu'elle transmet. Autrement dit, l'Union européenne doit conserver et défendre sa crédibilité vis-à-vis de la communauté internationale.
A savoir qu’elle ne peut d’une part dire blanc à certains pays candidats à l’adhésion et dire noir à d’autres pays candidat. C’est exactement ce que j’ai dit, j’ai dit qu’il en allait de la crédibilité de l’Union européenne et croyez-moi cela a suscité de vives préoccupations pour les partenaires.
MME M. PIRGIOTIS : Craignez-vous un certain glissement ? Car vous savez souvent le temps crée ce genre de problèmes de glissement par rapport à la position claire que l’Union européenne avait jusqu’à présent, à savoir est-ce que nous allons commencer par faire certains compromis s’agissant de la façon dont nous allons envisager la perspective d’adhésion de la Turquie lors du prochain sommet, de la prochaine rencontre.
M. D. DROUTSAS : Ecoutez, je ne suis pas inquiet qu’une telle chose arrive pour la raison que nous sommes aussi un Etat membre de l’Union européenne.
MME M. PIRGIOTIS : Et Chypre aussi, oui.
M. D. DROUTSAS : Nous avons aussi des partenaires, Chypre en est un et nous sommes en coopération étroite et parfaitement coordonnée, nous discutons d’une seule voix.
MME M. PIRGIOTIS : Quoi qu’il en soit, Chypre a laissé entendre qu’elle « gèlerait elle-même des chapitre » c’est pourquoi je posais cette question.
M. D. DROUTSAS : C’est l’un des résultats d’hier et l'une des réussites. Autrement dit, nous avons évité que les Etats membres – quel que soit l'Etat qui le souhaite et qui estime que cela est à la fois opportun et nécessaire – de prendre des mesures unilatérales vis-à-vis de la Turquie.
Car cela a été un grand effort qui a eu lieu lors du Conseil d’hier, à savoir enlever cette possibilité aux Etats membres. Et nous avons pu éviter cela, de notre côté.
Je voulais également souligner, si vous me permettez de dire encore quelques mots, concernant les conclusions d’hier sur la Turquie, que nous avons avant tout réussi à renforcer le texte des conclusions en y incluant des questions.
Par ailleurs, nous avons réussi à empêcher les efforts qui consistaient à inclure dans les conclusions des questions qui auraient été extrêmement nuisibles pour les intérêts de la Grèce et de Chypre.
MME M. PIRGIOTIS : Oui, un grand effort a été consenti de la part de la présidence suédoise, vous avez raison.
M. D. DROUTSAS : Exactement. Et je le souligne et le rappelle que nous avons malheureusement affaire à une présidence, et pour l’amour de Dieu, je ne veux accuser personne, mais…
MME M. PIRGIOTIS : Elle a une autre perception.
M. D. DROUTSAS : Quoi qu’il en soit, chacun sait que la Présidence a d'autres vues concernant ces questions.
MME K. MAKRIS : Des vues qui diffèrent des nôtres.
M. D. DROUTSAS : Et qui malheureusement vont à l'encontre de nos intérêts.
MME K. MAKRIS : Monsieur le ministre, nous vous remercions beaucoup pour cette interview. Un très bon après-midi à M. Dimitris Droutsas, le ministre adjoint des Affaires étrangères.