Athènes, le 10 février 2010
JOURNALISTE : Quelle a été votre première impression?
M. S. KOUVELIS : Une scène bouleversante. Bien avant l’atterrissage à Port-au-Prince, on peut voir depuis l’avion la ville ravagée, ensevelie sous les décombres et les camps. Les habitants ont monté des tentes pour se protéger du soleil mais la saison des pluies ne tardera pas à arriver. A la vue de cette ville on réalise ce que signifie une situation d’urgence absolue. A l’aéroport aussi la situation est difficile car toute l’aide qui a afflué dans le pays a déjà été transportée sur la piste notamment par les forces armées américaines qui coordonnent ces efforts. Les installations de l’aéroport ont subi de nombreux dégâts et sont en mauvais état.
Lorsque nous avons quitté l’aéroport pour nous rendre aux installations provisoires du gouvernement, nous avons eu une expérience encore plus bouleversante qui nous a fait réaliser la situation tragique dans laquelle se trouvaient ces gens : ils se jetaient sur nous en demandant une bouteille d’eau, quelque chose à manger, un dollar pour avoir de quoi subsister.
JOURNALISTE : Vos entretiens successifs ?
M. S. KOUVELIS : Nos entretiens ont eu lieu aux installations provisoires du gouvernement, dans un bâtiment près de l’aéroport, ancienne propriété de la police du pays car la plupart des bâtiments gouvernementaux ont été détruits.
Premièrement, j’ai eu une entrevue d’une demi-heure avec le Premier ministre du pays, M. Jean-Max Bellerive. Ce dernier m’a expliqué la situation et les priorités du gouvernement concernant la reconstruction du pays et la fourniture des soins médicaux aux victimes. Les sans-abri dépassent les 3 millions dont 1,5 millions proviennent de Port-au-Prince et 1,5 des régions voisines.
Par conséquent, ces personnes doivent être hébergées et on doit leur fournir de la nourriture, de l’eau. Il s’agit d’un très grand nombre de personnes compte tenu du fait qu’il faut en ajouter encore 2 millions environ. Les pressions exercées sont énormes ainsi que la responsabilité de la communauté internationale.
Avec le Premier ministre, M. Bellerive nous avons parlé de l’aide grecque et nous avons eu la satisfaction de constater que l’aide grecque a été fournie en une période très critique. Probablement au moment le plus critique et le plus opportun car actuellement tous les dispositifs permettant sa distribution sont mis en place. Donc, je pense que nos efforts ont été payants. Eux-mêmes ont qualifié les 50 tonnes d’aide apportées par la Grèce de l’aide la plus significative acheminée en Haïti.
Nous avons discuté des actions qui pourraient être entreprises à l’avenir et de l’aide à long terme que la partie grecque pourrait apporter, en matière par exemple de savoir-faire concernant les constructions antisismiques, etc., et ce, dans la mesure des moyens de la Grèce et du gouvernement, compte tenu aussi de la très grande distance.
JOURNALISTE : Combien de jours a duré votre séjour dans le pays ?
M. S. KOUVELIS : Quelques heures seulement. Nous n’avons pas pu rester plus longtemps car nous avons reçu une autorisation d’atterrissage pour 3 à 3,5 heures seulement et nous étions obligés de partir. J’ai eu vraiment de la chance de pouvoir au cours de ce séjour aussi court m’entretenir avec le Premier ministre, le Président de la République, le ministre des Affaires étrangères et le chef de l’opposition d’Haïti.
JOURNALISTE : Est-ce que la délégation grecque a été bien accueillie en raison des liens historiques qui unissent les deux pays ?
M. S. KOUVELIS : Elle a été très chaleureusement accueillie, l'accueil qui nous a été réservé était vraiment chaleureux. Je m’attendais à ce qu’un gouvernement qui est en état d’urgence ait moins de temps à nous consacrer.
Malgré cela et étant donné que nous sommes l'un des rares pays européens à avoir été représenté en Haïti au niveau ministériel – et cela a toute son importance – ils nous ont non seulement consacré du temps et était très ouverts à notre égard. Ils se sont tous deux référés à la relation historique entre les deux pays et nous étions vraiment les bienvenus.
Je pense que les efforts de la Grèce ont été payants. Nous pouvons en être fiers et devons remercier tous ceux qui y ont contribué, les ONG dont j’ai rencontré les représentants à l’aéroport car nous n’avons pas eu le temps de nous rendre dans les hôpitaux provisoires. Ils m’ont décrit la situation et le travail qu’ils accomplissent est vraiment titanesque. Ces hommes soignent des enfants, font des opérations chirurgicales jour et nuit.
J’aimerais remercier les Organisations pour leur participation et les initiatives prises au-delà de ce que l'Etat a pu offrir, pour le matériel rassemblé, pour le matériel envoyé par les ministères co-compétents qui ont rassemblé des produits alimentaires et des articles pharmaceutiques. J'aimerais remercier l'Eglise de Grèce qui a coopéré avec nous dès les premiers instants. J'aimerais également remercier - et il est important de le dire - la compagnie aérienne Hellenic Imperial Airways qui a assuré notre transport et pris en charge une partie des frais. Sans eux, nous n'aurions rien pu faire.
J’aimerais également dire merci aux sociétés de l’aéroport, Golden Handing et Swissport qui nous ont aidés au niveau du chargement, du stockage du matériel, etc. Il est important de les mentionner car l’aide apportée est celle de la Grèce et non seulement du gouvernement. Et je suis réellement heureux et fier en tant que Grec car la Grèce était présente. Et du point de vue humain, cela était l'un des moments les plus émouvants de ma vie, voir dans ce pays détruit un grand avion arborant les couleurs de la Grèce et ressentir que la Grèce est là.
La Grèce qui en pâtit aujourd'hui, la Grèce qui traverse des moments difficiles est ici avec une délégation importante et une présence importante.
JOURNALISTE : Qui avez-vous rapatrié ? Est-ce que l’avion a rapatrié des personnes qui devaient partir ?
M. S. KOUVELIS : L’avion a rapatrié un Grec qui voulait regagner la Grèce. J’espère qu’il pourra vous dire deux mots tout à l’heure. Il travaillait dans une société de télécommunication depuis 2 - 2,5 ans. Pendant le séisme, il était dans son bureau. Nous avons discuté un peu et il m’a décrit les conditions et les premiers moments du séisme, ce qui a suivi après avec des mots qu’il est le seul à pouvoir transmettre.
Il était très content d’être rapatrié, mais je pense que les Grecs qui ont choisi de rester sont désormais en sécurité.
JOURNALISTE : Savons-nous combien de Grecs sont encore en Haïti ?
M. S. KOUVELIS : Je n’ai pas le nombre exact, mais je pense qu’ils sont au nombre de 3, 4. Par ailleurs, j'aimerais également ajouter que nous avons reçu une aide précieuse de la part du frère du Consul honoraire d'Haïti en Grèce, M. De Lebrun qui se trouvait à bord de notre avion. Il nous a accompagné en Haïti et a été d'une aide précieuse dans l'organisation des rencontres et un trait d'union entre Haïti et la Grèce. Nous devons le féliciter et le remercier vivement. Merci beaucoup.