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Athènes, le 7 janvier 2010


 

MME E. BOURA : Monsieur Droutsas nous vous remercions beaucoup de nous accorder cette interview sur ERT WORLD, la chaîne de la Diaspora grecque. Comme vous le savez très bien, vous-mêmes ayant été un Grec de l’étranger, la communauté grecque de l’étranger s’intéresse vivement aux questions nationales et nous pouvons dire qu’elle a toujours aidé les efforts de la Grèce visant à revendiquer ou à défendre nos questions nationales.

 

Pourriez-vous nous dire, M. le ministre, quelle est la politique étrangère grecque exercée par le nouveau gouvernement s’agissant des grandes questions nationales. Avons-nous un changement de  position, ou bien une tendance à envisager les choses sous un autre angle ?

 

M. D. DROUTSAS : Tout d’abord un grand merci pour l’occasion qui m’est donnée de m'exprimer. Cela a toujours été une grande joie pour moi et un immense honneur de m'adresser aux Grecs de l'étranger. J'aimerais exprimer avant tout mes vœux pour cette nouvelle année.

 

En ce qui concerne la politique étrangère qu’exerce d’ores et déjà le nouveau gouvernement, je dirais que celle-ci est particulièrement dynamique. Nous voulons que la Grèce soit de nouveau dotée de la voix qui lui incombe sur la scène internationale. Nous voulons qu’elle soit présente dans tous les grands événements internationaux, toutes les grandes évolutions internationales. Notre politique étrangère est une politique faite d’initiatives, menée avec confiance. C’est ce que la Grèce et le peuple grec méritent.

 

Il s’agit d’une politique étrangère qui permettra à la Grèce de reprendre la place qu’elle avait dans le passé. Et ici, permettez-moi de dire que nous nous efforçons de reprendre le fil de la politique étrangère là où nous l'avions laissé en 2004. La Grèce est un pays qui a de grandes réussites à son actif. Un pays qui a réussi à adhérer à la zone euro. Un pays qui a permis que Chypre adhère à l'Union européenne, ce qui est une grande réussite diplomatique. Un pays qui a exercé en 2003 une présidence particulièrement réussie de l’Union européenne. Tout le monde l'admet, tout le monde l’a montré. Un pays enfin qui a réussi sa nomination au Conseil de sécurité de l'ONU et qui a organisé, en 2004, des Jeux Olympiques sans précédent.

 

C’est cette Grèce là que nous devons garder en mémoire. Car c'est la véritable image de la Grèce. Ce sont les réussites du peuple grec. Et c'est ce sur quoi nous voulons nous fonder et avancer dans le cadre d'une politique étrangère faite, comme je vous l’ai dit, d’initiatives, menée avec confiance et constituée de positions très clairs à l’égard de tous.

 

MME E. BOURA : Je pense que vous avez très bien qualifié la nouvelle politique étrangère de la Grèce, ou plutôt du nouveau gouvernement et d’après ce que vous dîtes, vous insistez beaucoup sur les nouvelles initiatives et le nouveau mécanisme. J’aimerais que nous amorcions notre propos avec la question des relations gréco-turques. Je saisis l’occasion de la récente interview du Patriarche œcuménique Bartholomée diffusée sur la chaîne CBS dans l’émission « 60 minutes » et du récent rapport de suivi sur la Turquie lors du dernier Conseil européen. Il s’agit de deux événements d'actualité, pour nous journalistes, qui ont particulièrement touché les Grecs de l'étranger. Et je peux dire que ces questions ont suscité de nombreux appels téléphoniques.

 

M. Papandréou, le Premier ministre, lors de sa campagne électorale, a parlé du fil, en ce qui concerne les relations gréco-turques, du fil qu’il voulait reprendre là où [le gouvernement l’avait laissé]. Qu’est-ce que cela signifie concrètement ?

 

M. D. DROUTSAS : Je vous remercie de votre question. Vous me donnez l’occasion de mieux expliquer comment nous percevons les relations gréco-turques et quelle politique nous avons élaborée dans le passé, politique que nous voulons poursuivre. Je me réfère ici à l’année 1999 en particulier, aux décisions du Conseil européen d’Helsinki, où nous avons eu une nouvelle approche s’agissant de nos relations avec la Turquie, puisque nous avons dit que nous ouvrirons la porte de la Turquie vers l'Union européenne, et ce, dans des conditions particulières, sans chèque en blanc. Des conditions particulières.

 

Quel avait été l’objectif en 1999 ? Premièrement l’adhésion de Chypre à l’Union européenne avec dans le même temps un effort visant à résoudre la question chypriote. Deuxièmement, la résolution de la question de la délimitation du plateau continental en Mer Egée, en soulignant qu’il y aura un calendrier spécifique sur cette question en 2004.

 

Comme chacun sait, l’objectif de l’adhésion de la République chypriote à l’Union européenne a été atteint. Nous sommes à la fois satisfaits et fiers car nous avons pu contribuer à ce grand exploit du peuple chypriote. Pour ce qui est de la question de la délimitation du plateau continental en Mer Egée, je dirais que nous avions engagé un effort notable par le biais de ce que l'on appelle les contacts exploratoires. Or, nous avions dit à Helsinki que si nous n'aboutissions pas à un résultat, la Turquie conviendrait que nous portions la question devant le Tribunal international de la Haye. Cette instance internationale est compétente pour résoudre une telle question, de nature juridique.

 

En 2004, il y a eu un changement de gouvernement, ici en Grèce, un changement de cap. Malheureusement, le gouvernement précédent et le Premier ministre précédent, M. Karamanlis, ont abandonné cette stratégie. D’ailleurs, tout le monde se rappelle qu’il avait déclaré en public, sur CNN, qu’il n’avait pas l’intention de mettre des obstacles au parcours d’adhésion de la Turquie à un moment très crucial, en 2004, en décembre, lorsque l’Union européenne devait prendre la grande décision et faire ce grand pas politique dans les relations Union européenne – Turquie et donner à la Turquie une date d'ouverture des négociations d’adhésion. Une décision qui requérait l’unanimité.

 

A cet égard, malheureusement, le gouvernement précédent n’a pas fait ce qu’il fallait. Et c'est pourquoi nous disons que de grandes occasions ont été perdues, des occasions que j’oserais qualifier d’historiques pour la Grèce, pour qu’elle puisse promouvoir ses intérêts directs.

 

Maintenant, nous essayons à nouveau, comme je l'ai dit, de reprendre le fil de la politique étrangère. Et notre objectif est de parvenir à un règlement de cette question, la question de la délimitation du plateau continental.

 

MME E. BOURA : Mais M. Erdogan, dans une lettre adressée à M. Papandréou, demande, entre autres, l'ouverture d'un dialogue de fond sur la question de l'Egée. Vous le rejetez catégoriquement et lors d'une récente interview vous dites que les menaces de guerre n’ont pas de sens de la part d’un pays souhaitant l’adhésion. Y a-t-il une réponse à cette lettre de M. Erdogan?

 

M. D. DROUTSAS : Tout d’abord, permettez-moi de redire encore une fois que les menaces de guerre n’ont pas leur place dans notre famille européenne, tout comme les troupes d’occupation. Ce sont des choses très claires.

 

En ce qui concerne nos prochains efforts – à savoir ce que vous avez dit au sujet de M. Erdogan proposant un dialogue de fond – je dirais que là aussi nous avons répondu clairement : délimitation du plateau continental en Egée. C’est notre objectif, c’est ce à quoi nous aspirons par le biais de l'intensification des contacts exploratoires qui existent déjà. Nous sommes en faveur d'une coopération avec la Turquie au sujet des questions qui concernent nos deux pays et pour lesquelles nous avons des intérêts communs. A ce sujet, nous avons dit le grand «oui». Nous voulons coopérer avec la Turquie s’agissant de ces questions.

 

MME E. BOURA : Et même au sujet d'un code de comportement en Mer Egée?

 

M. D. DROUTSAS : Je ne veux pas parler de ces choses là. Je parle des questions d'intérêt commun, qui peuvent être des questions communes au niveau mondial, des questions afférentes au changement climatique, aux conséquences du changement climatique. Un autre sujet : coopération régionale, Moyen-Orient. Il s’agit de notre voisinage direct et là encore il y a beaucoup d’intérêts communs. Ici encore, la Grèce et la Turquie pourraient unir leurs forces et entreprendre des initiatives de concert.

 

MME E. BOURA : Cela concerne les prochains pas que vous ferez. Je voulais vous poser une question concernant le dernier Conseil européen. Lors de ce Conseil la Turquie a bénéficié d’un délai pendant lequel il sera décidé quels chapitres seront approuvés, toujours en fonction des négociations bien sûr. Êtes-vous satisfaits du texte des conclusions ? Qu’est-ce que la Grèce a à gagner des conclusions de ce Conseil, puisqu'en définitive l'Union européenne n'impose pas de sanctions à Ankara?

 

En ce qui nous concerne, y a-t-il plus de points positifs ou négatifs ? 

 

M. D. DROUTSAS : Avec la République chypriote, nous nous sommes préparés pour aller à ce Conseil en ayant une seule voix, une ligne de conduite commune. Cela était clair. Et nous avons dit à Bruxelles, de façon très claire, quelles étaient nos positions. Et nous avons atteint nos objectifs?

 

MME E. BOURA : Qu’avons-nous atteint exactement ?

 

M. D. DROUTSAS : Dans les conclusions du Conseil il est écrit de façon très claire et de manière plus stricte que le passé, quelles sont les obligations de la Turquie vis-à-vis de l’Union européenne et des Etats membres de l’Union européenne. Ce qui nous concerne et nous intéresse avant tout c'est bien entendu les relations de bon voisinage - la menace, l'usage de la force ne sont pas permis dans les relations de bon voisinage - le respect du droit international, des libertés religieuses et des droits des minorités, une question très importante également pour le Patriarcat œcuménique à Constantinople et pour le Patriarche œcuménique. Vous vous y êtes tout à l’heure référés mais je n’ai pas eu l’occasion de répondre à cette question.

 

MME E. BOURA : En effet, nous recevons de nombreux appels téléphoniques des Grecs de l'étranger, notamment concernant la diffusion de cette interview et les réactions de toutes parts, de la part de l’Etat turc, mais aussi de la communauté grecque de l’étranger qui a développé – je dirais – une initiative particulière en Amérique.

 

De nombreux Grecs de l’étranger se demandent pourquoi la Grèce soutient le parcours européen de la Turquie lorsque celle-ci est une force d'occupation à Chypre, ce que vous avez dit tout à l'heure, et qu'elle ne respecte pas vraiment les droits de fonctionnement et la mission du Patriarcat œcuménique. C’est une question posée par un Grec résidant hors des frontières nationales mais étant particulièrement attaché à la métropole. Il s’agit d’une question particulièrement importante à laquelle j’aimerais que vous répondiez.

 

 

M. D. DROUTSAS : Nous connaissons les problèmes du Patriarcat œcuménique. Nous sommes en contact permanent et quotidien avec le Patriarche œcuménique. Et le Premier ministre lui-même a eu l’occasion, au lendemain de la diffusion de cette interview, de communiquer avec le Patriarche œcuménique et de lui exprimer une fois de plus son soutien.

 

Mais j’aimerais revenir à ce que j’ai dit tout à l’heure sur les obligations européenne de la Turquie. Cela est en rapport direct avec la question, les droits, la protection du Patriarcat œcuménique. Et je pense que cela est un argument supplémentaire et une force supplémentaire que nous avons vis-à-vis de la Turquie et de son comportement au sein de l'Union européenne. Et dans les dernières conclusions du Conseil dont nous venons de parler, les obligations de la Turquie vis-à-vis du Patriarcat œcuménique sont mentionnées de manière claire et distincte.

 

Et croyez-moi, il est beaucoup plus important et efficace d'avoir une position européenne commune à ce sujet, et la Grèce n'est pas la seule à exercer une pression sur la Turquie, la Turquie n’est pas seulement confrontée à la Grèce s’agissant de ces questions. La grande réussite et l’élément le plus important est que la Turquie se trouve confrontée à toutes ces questions, notamment celle du Patriarcat œcuménique, avec le soutien global de l’Union européenne.

 

Mais il est préférable d’avoir la voix et le poids de l’Union européenne unie et du reste de la communauté internationale que la voix d’un Etat membre seulement comme la Grèce. C’est un argument très probant car nous-mêmes insistons sur la poursuite du soutien du parcours européen de la Turquie.

 

Mais j’aimerais ici souligner qu’il n’y a pas de chèques en blanc, il n'y en a jamais eu et il n'y en aura jamais. Il y a des conditions très claires, des obligations très claires de la Turquie vis-à-vis de l'Union européenne et de tous les Etats membres. La seule voie qui conduira la Turquie vers l'adhésion à l'Union européenne passe par la pleine réalisation de ces conditions préalables par la Turquie, la pleine adaptation de la Turquie à ces critères, à ces conditions. Nous sommes très clairs à ce sujet.

 

Et il appartient à la Turquie et à elle-seulement de réaliser cet objectif. Elle doit tout d'abord convaincre tous les Etats de l'Union européenne qu'elle mérite de devenir membre de l'Union européenne. Et d'un autre côté, il appartient à la Turquie de garder prés d’elle ceux qui la soutiennent dans ce cheminement vers l’adhésion. Et cela implique une fois de plus la pleine réalisation des critères et modalités préalables de la part de la Turquie. 

 

MME E. BOURA : Pensez-vous qu'un pays impérial comme la Turquie ait une place au sein de la famille européenne?

 

M. D. DROUTSAS : Je l’ai dit dans le passé également, une Turquie qui se baserait ou rêverait de son passé ottoman n’a pas de place au sein de la famille européenne. Nous voulons que la Turquie fasse partie de la famille européenne. Mais cette Turquie là devra changer, devra avoir réalisé les réformes nécessaires, qu'elle soit une Turquie réellement démocratique et européenne.

 

MME E. BOURA : J’aimerais revenir à une autre question nationale qui intéresse vivement les Grecs de l’étranger, à savoir la question chypriote. Pensez-vous qu’une solution sera trouvée d’ici avril 2010 ? Car d’après ce que l’on peut lire dans la presse internationale, il y a des efforts visant à créer un calendrier que je qualifierais d'informel s'agissant de la question chypriote, jusqu'aux élections qui auront lieu dans les territoires occupés en avril.

 

Nicosie et Athènes déclarent ne pas accepter ce calendrier. Y a-t-il un plan B en cas de non règlement?

 

M. D. DROUTSAS : Tout d’abord j’aimerais dire que la Grèce et les Chypriotes grecs, qui l’ont de nombreuses fois affirmé, souhaiteraient une solution immédiate. La partie chypriote grecque souhaite réellement parvenir à un règlement de la question et prend des initiatives dans ce sens.

 

J’aimerais de nouveau clarifier une chose : il n'existe qu'une seule procédure. Celle menée suite à l’initiative du Président de la République de Chypre, M. Dimitris Christofias portant sur des pourparlers directs avec le dirigeant chypriote turc, M. Talat, qui sont en cours en ce moment. Nous, la Grèce, soutenons cette initiative, cette procédure. Le Président Christofias le sait très bien. Il peut jouir de la pleine confiance et du soutien sans faille du gouvernement grec et de la Grèce.

 

Les calendriers artificiels, les pressions de la part de tiers, de l'extérieur ou encore les menaces disant que c'est notre dernière chance de résoudre la question chypriote et que si nous ne profitons pas de cette dernière chance, il s’ensuivra une division de l’île de Chypre, tout cela est inacceptable. Nous l’avons souligné. Tout cela ne peut être accepté et ne contribue pas à tout le processus.

 

J’ai eu l'occasion de le souligner, sur le même ton et de la même façon claire, également lors du dernier Conseil de l’Union européenne en décembre, quand cette question fut soulevée et débattue. Nous pensons qu’il faut laisser les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs discuter, négocier librement sur leur avenir commun à Chypre, un avenir à l’Union européenne. Nul ne doit s’immiscer ou exercer des pressions. Cela ne contribue pas à solutionner le problème.

 

MME E. BOURA : Que pensez-vous de la proposition Erdogan sur l’organisation d’une conférence quadripartite concernant la question chypriote d’ici mars 2010 ? Nous savons que la Turquie voudra toujours intervenir car elle est la partie forte – dirions-nous – dans les territoires occupés. Que pensez-vous de la proposition Erdogan ?

 

M. D. DROUTSAS : Je pense avoir été clair. Encore une fois je dirais qu’il n’y a qu’une seule procédure, que nous soutenons et nous devons tous nous concentrer sur cette procédure des pourparlers, des négociations entre le Président Christofias et M. Talat et contribuer de la façon la plus constructive. Nous tous.

 

Cela est particulièrement valable pour Ankara car nous connaissons tous l’influence que peut avoir Ankara sur la question et le rôle qu’elle peut jouer. C’est cette procédure qui est valable, aucune autre. Les deux communautés doivent négocier sur leur avenir commun, sans pressions, sans interventions extérieures.

 

Permettez-moi de dire encore une chose. C’est plus personnel, mais j’aimerais tout de même le dire. Nous, notamment au sein du PASOK, nous n’oublions pas. Nous n’oublions pas l’histoire de Chypre, nous n’oublions pas que la question chypriote est le résultat d’une invasion et d’une occupation militaire. Nous le soulignons lors de tous nos contacts internationaux. Nous ne pouvons permettre que cela soit oublié.

 

Personnellement, je dirais que ces mots, « je n’oublie pas » revêtent pour moi une importance particulière car je suis né à chypre et j’avais cinq ans au moment de l’invasion. Croyez-moi, cela vous marque. C’est pourquoi ces mots « je n’oublie pas » ne sont pas des mots dénués de sens, ce sont des mots en lesquels je crois et dont je fais l’expérience au quotidien.

 

MME E. BOURA : Effectivement, vous avez une raison de plus de vous intéresser réellement à la résolution de la question chypriote.

 

Passons maintenant à la question de Skopje, est-ce que la date des négociations d’adhésion figurait dans l’agenda du Conseil européen ?

 

La Grèce a réussi à reporter la date de quelques mois. Qu’allez-vous faire pour que nous ne rencontrions pas le même problème en mars ou en juillet, date à laquelle cette question figurera probablement de nouveau dans l’agenda ? Je pense qu’après un semestre, la question de la date des négociations d’adhésion sera de nouveau soulevée.

 

Qu’avons-nous exactement atteint et quelle est la ligne nationale rouge du gouvernement. La Diaspora grecque, qui livre des batailles pour la question de Skopje également dans différents coins du monde, s’intéressent vivement de savoir quelle est notre position à ce sujet.

 

M. D. DROUTSAS : Tout d’abord j’aimerais dire que lors du Conseil de décembre nous n’avons pas réussi à avoir un report de date.

 

Nos positions ont été enregistrées, nous avons dit – en ce qui concerne l’Union européenne – qu’il n’y aura ouverture des négociations d’adhésion que si la question du nom est préalablement résolue. Telle est la position claire de la Grèce, que nous avons, dès les premiers instants, exprimée, position qui a été enregistrée lors du Conseil de décembre.

 

Nous sommes en faveur d’une solution. Nous aspirons à une solution. Nous prenons des initiatives dans ce sens, nous avons une ligne nationale rouge claire : un nom avec détermination géographique, à l’égard de tous, un nom erga omnes, comme disent les juristes.

 

C’est une position claire que nous avons exprimée dès le début. C’est sur cette position qu’a lieu la négociation dans le cadre de l’ONU toujours. Comme je l’ai dit tout à l’heure, nous sommes en faveur de la résolution de cette question.

 

MME E. BOURA : Mais nous subissons des pressions pour que la question soit résolue.

 

M. D. DROUTSAS : Il y a toujours eu des pressions et il y en aura toujours. La question est de savoir si notre politique étrangère, nos positions claires, notre confiance en nous nous permet de supporter ces pressions.

 

MME E. BOURA : Que pensez-vous des dernières déclarations de M. Gruevski. Et pas seulement les dernières, car il y a deux, trois jours il a accordé une interview à la « chaîne 5 » et après la rencontre de Prespès, il a dit que «jamais aucun gouvernement de la Macédoine n’acceptera les conditions et modalités préalables définies par la Grèce pour les 100 prochaines années ». Que pensez-vous de cette déclaration ? Nous voyons son insistance.

 

M. D. DROUTSAS : Nous souhaitons voir Skopje arriver à la table des négociations menées sous l’égide des Nations Unies avec un esprit constructif. Je ne vous cache pas que les déclarations faites par les dirigeants politiques de Skopje ne sont pas encourageantes pour nous.

 

Mais nous continuerons nos efforts car comme je vous l’ai dit, nous avons des positions claires, nous avons confiance en nous et savons où nous allons et ce que nous voulons. C’est pourquoi ce n’est pas pour nous un problème de prendre ce genre d’initiatives, même si l’autre partie ne répond pas comme le voudrions.

  

MME E. BOURA : Lors de la prochaine conférence au sommet, lorsque cette question sera de nouveau débattue, pensez-vous que le climat sera différent du climat actuel ? D’après ce que vous avez pu nous dire le climat ne sera sans doute pas positif.

 

M. D. DROUTSAS : Ecoutez, cela dépend de Skopje, des dirigeants de Skopje. Cela dépend de M. Gruevski personnellement.

 

MME E. BOURA : Allez-vous prendre prochainement des initiatives pour cela ?

 

M. D. DROUTSAS : Nous avons d’ores et déjà pris des initiatives, nous continuons les efforts. Les négociations se déroulent sous l’égide de l’ONU.

 

MME E. BOURA : Concernant l’Agenda 2014, vous avez récemment fait une tournée dans les Balkans pour présenter cette initiative de la Grèce. Pouvez-vous nous dire en quoi consiste cet Agenda 2014 et en quoi il aide la Grèce, du moins dans les pays que vous avez visités ?

 

M. D. DROUTSAS : Notre voisinage, les Balkans constituent tout naturellement une priorité absolue pour la Grèce. En 2003, déjà, sous présidence grecque de l’Union européenne, la Grèce avait donné une impulsion très positive au parcours européen d’adhésion des pays des Balkans.

 

Notre impression est que ces cinq dernières années, cette impulsion a, pour de nombreuses raisons, été perdue. En tant que nouveau gouvernement, nous avons affirmé que les Balkans et la perspective européenne de ces pays étaient pour nous une priorité. C’est pourquoi nous avons pris cette initiative, cette proposition, qui a été faite par le Premier ministre lui-même, M. Papandréou. En effet, ce dernier a souligné la nécessité de créer une nouvelle dynamique dans le parcours européen d’adhésion des pays des Balkans. Et comment y parvenir ? En fixant une date butoir jusqu’au terme de laquelle nous espérons que le parcours d’adhésion à l’Union européenne de ces pays pourra être achevé.

 

Toutefois, il existe certains critères et modalités préalables pour chaque pays souhaitant devenir un Etat membre de l’Union européenne. Des critères stricts, qui ne sont pas discutables, qui doivent être réalisés et respectés par chaque pays désireux d’adhérer à l’UE.

 

Vous allez me dire, 2014 c’est dans quatre – cinq ans, est-ce une période suffisante pour réaliser ces critères, ces modalités préalables ? Je ne peux vous donner une réponse précise, mais je pense que cela dépend notamment des pays eux-mêmes. Notre réflexion à nous est de nature politique et symbolique, nous voulons donner une nouvelle dynamique et que tous les pays croient de nouveau en cet objectif.

 

Une dernière remarque. Pourquoi 2014 ? Comme je l’ai déjà affirmé, nous devons également valoriser les symbolismes. L’année 2014 marque 100 ans depuis le déclenchement de la Première guerre mondiale et l’on pourrait de manière simpliste affirmer que telle est la véritable cause de ces plaies ouvertes et de ces conflits qui perdurent dans les Balkans.

 

C’est pourquoi nous disons que l’Union européenne est en réalité un modèle de paix très réussi. Et c’est pourquoi nous disons que 100 ans après le déclenchement de la Première guerre mondiale l’Union européenne doit assumer ses responsabilités et contribuer désormais de manière déterminée à la paix et à la stabilité dans la région des Balkans lesquels font partie intégrante de l’histoire de l’Europe.

 

 

MME E. BOURA : Passons maintenant à une autre question. Vous avez fait un tour d’horizon et avez abordé les questions nationales. Vous avez parlé de cette initiative qui renforce l’image de la Grèce –  qui est désormais appelée à jouer un rôle de protagoniste –  en la dotant d’une dimension internationale.

 

Pourriez-vous nous parler de l’attitude qu’adoptera le nouveau gouvernement concernant le droit de vote des Grecs de l’étranger.

 

M. D. DROUTSAS : Actuellement, la nouvelle loi est en cours d’élaboration par le ministère des Affaires étrangères et dans le cadre de ce processus d’élaboration sera abordée la question du droit de vote des Grecs. Les consultations en cours portent sur cette question. Il s’agit d’une nouvelle méthode utilisée par le nouveau gouvernement, à savoir la mise en consultation publique des projets de loi. Je pense que cette méthode est très innovatrice, du moins pour la Grèce.

 

Ce projet de loi sera mis en consultation publique sur internet aussi et chaque citoyen pourra exprimer son opinion. Il s’agit d’un instrument très utile pour le gouvernement aussi car ce dernier peut écouter de manière directe les points de vue des citoyens ainsi que leurs problèmes quotidiens concernant une question en cours d’élaboration ayant trait à un projet de loi précis.

 

Il est très important pour nous d’écouter les opinions de nos concitoyens, leurs expériences et de les intégrer dans le texte final du projet de loi qui sera par la suite soumis au parlement.

 

MME E. BOURA : Quand est-ce que ce projet de loi sera soumis au parlement ?

 

M. D. DROUTSAS : Je ne connais pas actuellement les détails. Cela incombe à la responsabilité du ministère de l’Intérieur mais nous aurons bientôt tous les détails, des préparations sont en cours.

 

 

A cette occasion je voudrais inviter nos compatriotes à l’étranger à revaloriser cette possibilité et aussitôt que ce projet de loi sera soumis en consultation publique, d’exprimer leurs points de vue afin que nous puissions intégrer leurs opinions dans le texte final qui sera désormais soumis au parlement.

 

MME E. BOURA : Je pense qu’il y aura une réaction directe.

 

M. D. DROUTSAS : Nous l’espérons. Il s’agit d’un véritable défi pour tous.

 

MME E. BOURA : Que pensez-vous de la diaspora grecque, à savoir quelle sera la place de la communauté grecque de l’étranger dans le monde ? Vous voyagez beaucoup, vous êtes un Grec cosmopolite.

 

M. D. DROUTSAS : La diaspora grecque a une présence très marquée – ce qui a été toujours le cas –  dans le monde. Et je ne dis pas ça en raison du fait que je fais partie moi-même d’une certaine manière de cette diaspora. Je le dis car cela est très important pour la Grèce.

 

Je peux l’affirmer en ma qualité actuelle. Je peux affirmer que chaque Grec et chaque Grecque de la diaspora est un véritable ambassadeur de la Grèce dans les pays où il réside. Car il peut être le vecteur de l’esprit grec et des valeurs grecques.

 

Toutes ces questions sont très importantes, mis à part le fait que du point de vue de la politique étrangère, la diaspora grecque constitue bien entendue une partie très importante de nos efforts visant à défendre les intérêts grecs.

 

MME E. BOURA : C’est-à-dire, vous comptez sur cela.

 

 

M. D. DROUTSAS : Certainement. Nous avons toujours compté là-dessus et nous continuerons de le faire. Nous ferons, en tant que gouvernement et notamment en tant que ministère des Affaires étrangères, tout ce qui est en notre pouvoir pour rendre cette coopération et cette contribution de la diaspora grecque encore plus efficace.

 

Et là encore, je lance un appel à tous. Nous sommes ouverts aux idées, aux pensées qui permettront de rendre notre coopération plus efficace. Nous attendons les propositions et les idées des Grecs de l’étranger qui nous permettront de voir ce que nous pouvons améliorer.

 

MME E. BOURA : Tel est le message que vous adressez à la diaspora grecque. M. Droutsas, nous vous remercions de cette interview très constructive que vous nous avez accordée. Vous avez donné toutes les explications nécessaires et je pense que les Grecs de l’étranger auront un aperçu bien clair des évolutions relatives aux questions relevant de la politique étrangère dans l’avenir proche. Merci beaucoup.

 

M. D. DROUTSAS : Je vous remercie également. A cette occasion je voudrais transmettre à nos compatriotes tous mes vœux pour le Nouvel An. Merci beaucoup.




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