Athènes, 11 avril 2011
N. EL-ARABY: Tout d’abord, permettez-moi de souhaiter la bienvenue au ministre grec des Affaires étrangères en Egypte. Le ministre s’est entretenu ce matin avec le Premier ministre égyptien, Dr. Essam Sharaf. Leurs discussions ont porté sur une série de questions d’intérêt bilatéral, régional et international […]. Je voudrais exprimer la grande estime que nous portons à la Grèce et la remercier pour l’aide qu’elle a offerte aux Egyptiens bloqués en Libye. En réalité, c’était à bord des navires grecs que les ressortissants égyptiens ont pu quitter le pays et rentrer chez eux.
L’Egypte traverse une période difficile et […] en ces temps difficiles différents pays et organisations internationales nous offrent leur aide, comme l’UE et la Grèce qui a fait preuve de sa capacité de réaction rapide et a offert une aide dans ce sens.
M. D. DROUTSAS : Je tiens à remercier chaleureusement M. El-Araby pour l’accueil qu’il nous a réservé aujourd’hui. Nous avons eu une discussion intéressante et importante.
Nous avons échangé des points de vue sur une série de questions internationales et régionales et nous avons eu l’opportunité de jeter les bases de notre future coopération étroite, entre la Grèce et l’Egypte, une coopération que nous voulons voir se transformer en un partenariat vraiment stratégique.
L’Egypte constitue l’un des plus importants partenaires de la Grèce dans la région et le peuple grec, comme chacun sait, témoigne une amitié profonde envers le peuple égyptien. Cela a toujours été le cas et continuera de l’être. Je pense que la communauté grecque en Egypte, une communauté active et historique, le Patriarcat d’Alexandrie et les dizaines d’entreprises grecques qui ont investi dans le marché égyptien et demeurent dans le pays, en sont la preuve tangible. Permettez-moi donc de faire part de notre soutien et de notre engagement pour ce qui est du processus de réformes mis en place en Egypte. Personne ne peut soutenir que les choses seront faciles, personne ne peut affirmer que les réformes politiques d’une telle ampleur pourront se faire automatiquement. C’est pourquoi, l’œuvre du gouvernement qui est appelé à diriger le pays dans cette conjoncture marquée par les changements et la transition revêt une importance aussi grande.
Je voudrais souligner que nous, Grecs, croyons aux capacités du peuple égyptien. Ils ont fait preuve de maturité politique et de responsabilité lorsqu’ils ont choisi la voie des réformes. Je voudrais également souligner que seul le peuple égyptien peut décider de la voie à suivre, de la destination, celle-ci ne pouvant être dictée ou imposée par personne.
Et, la Grèce en tant que pays voisin et bon ami exprime son soutien et sa volonté d’offrir son aide.
Nous devons avoir à l’esprit que tous ces exploits accomplis par les Egyptiens auront un impact très important. C’est pourquoi tant l’UE que les gouvernements d’autres pays suivent de près ces développements. La mise en place d’institutions démocratiques solides et une société civile ouverte ne viendra seulement confirmer le rôle de premier plan qu’a toujours joué l’Egypte en faveur de la stabilité dans la région mais elle lui donnera les moyens qui lui permettront de marquer un début dynamique sur la voie de la croissance et du progrès.
En milieu de crise en Libye, la région doit comprendre que la violence et les massacres ne sont pas le seul moyen pour sortir de la crise. Il existe le processus transitoire qui est en cours ici en Egypte. Je voudrais me référer aussi aux réformes courageuses annoncées par le Roi du Maroc. Je pense que ce sont des exemples révélateurs de changement.
Je voudrais de nouveau remercier tout chaleureusement le ministre El-Araby pour l’importante discussion que nous avons eue et lui exprimer mon respect et ma grande estime pour les qualités de leader dont il a fait preuve dans ces temps marqués de changements historiques. Je voudrais assurer tous les Egyptiens que la Grèce sera toujours à vos côtés.
JOURNALISTE: [inaudible - une question concernant la situation en Libye].
N. EL-ARABY: […]. Certains pays essayent de jouer un rôle et ils doivent le faire. L’Union africaine a envoyé une délégation. Celle-ci s’est entretenue avec le Colonel Kadhafi. Je ne connais pas les résultats de ces contacts. Mais l’important est, à notre sens, de mettre fin aux atrocités et aux massacres et d’essayer de parvenir à une solution politique. Telle est notre position. Nous voulons maintenir la sécurité et la souveraineté ainsi que l’intégrité territoriale de la Libye. Cela est très important pour nous. La Libye est un pays voisin et nous voulons assurer que tout cela devienne réalité.
D. DROUTSAS : La Grèce fait partie du voisinage direct et je pense qu'il est de tous les points de vue naturel et attendu que la Grèce suive de près les évolutions et offre ses services. La Grèce entretient depuis longtemps des liens traditionnels de respect et de compréhension mutuels avec tous les pays du monde arabe et c’est la raison pour laquelle je pense que la Grèce peut jouer un rôle tout aussi nécessaire qu'important dans les évolutions. Nous voulons voir la paix s'instaurer. Nous voulons voir la paix et la stabilité dans la région, et ce, le plus rapidement possible. C’est pourquoi la Grèce avait dès le début déclaré que les efforts devaient se poursuivre en vue de parvenir à une solution politique. Parvenir à une solution politique à la crise en Libye est tout aussi important que nécessaire et dans cet esprit nous avons reçu la semaine passée à Athènes, l’envoyé spécial du régime libyen afin d'examiner l’éventuel lancement d’un processus politique.
Nous constatons avec satisfaction que cette semaine nous aurons un grand nombre de rencontres. A compter d'aujourd'hui, à Luxembourg avec la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'UE, la réunion du groupe de contact sur la Libye mercredi et le sommet des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN jeudi à Berlin. Par ailleurs, nous avons aussi cette rencontre importante des organisations régionales qui se tiendra ici au Caire. Ainsi, nous espérons que dans le courant de cette semaine, au cours de ces prochains jours et lors de ces rencontres, le processus politique lancé en vue de parvenir à une solution à la crise en Libye apportera ses fruits.
Enfin, il est clair que dans le cadre de ces efforts visant à parvenir à une solution politique, il est impératif que les résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies soient respectées et appliquées pleinement afin qu'il y ait un cessez-le-feu immédiat et crédible en Libye et que les attaques contre le peuple libyen cessent. Il est par ailleurs clair que l’avenir de la Libye et les futurs dirigeants libyens ne peuvent que résulter du libre choix du peuple libyen. Il est tout aussi clair que nous devrons garantir l'intégrité, l'intégrité territoriale de la Libye.
JOURNALISTE : J’adresse la même question aux deux ministres. De quelle façon la Grèce aidera-t-elle à la mise en œuvre des réformes politiques ?
D. DROUTSAS : Premièrement, permettez-moi de souligner que le terme « aide » n’est pas juste, à mon sens. Je pense que le soutien de l’Egypte pendant ce processus de changements qui interviennent est dans l’intérêt de toute la région, mais aussi de l’Europe et je préfèrerais utiliser ce terme. Il s'agit aussi d'un investissement pour l'UE dans la sécurité et la stabilité dans cette région, ce qui signifie également la stabilité et la sécurité pour l'Union européenne tout entière. Il est aussi question du développement économique de la région, ce qui signifie aussi croissance pour l'Union européenne. Dans ce contexte, je pense que la Grèce, en tant que membre de l'UE et pays le plus proche de l'Egypte, géographiquement parlant, peut vraiment œuvrer dans ce sens et servir de pont entre l'Egypte et l'Union européenne. Et l’occasion m'a été donnée d’affirmer au ministre des Affaires étrangères et au premier ministre qu'aujourd’hui la Grèce est aux côtés de l’Egypte et assurera la promotion des intérêts égyptiens au sein de l’Union européenne.
Enfin, nous nous sommes à maintes reprises référés à la nécessité de mettre en œuvre un « Plan Marshall européen » pour toute la région. Je pense que cela constitue un défi majeur pour l’UE et encore une fois je souligne que le juste terme à employer est « soutien » et non « aide ». Il s’agit d’un investissement réel dans la région, aussi bien pour l’Union européenne, que pour l’Egypte.
JOURNALISTE : [inaudible] question concernant le rôle de l'Egypte dans les relations gréco-turques et les deux rencontres simultanées.
N. EL-ARABY: Il n’avait pas été prévu que ces rencontres se déroulent de cette façon. En effet, la Grèce et la Turquie sont des pays voisins de l’Egypte et entretiennent d’excellentes relations, et comme je l’ai dit hier, l’Egypte était sous le jouc ottoman dans le passé et […] l’Egypte a également fait partie de l’Histoire de la Grèce antique. Comme vous avez pu le constater, des traces, des monuments et des ruines de la civilisation grecque sont encore visibles en Egypte.
Pour ce qui est des relations gréco-turques, les deux pays entretiennent des contacts directs et il n’a pas été demandé à l’Egypte qu’elle serve d’intermédiaire. Mais nous sommes prêts à assumer ce rôle si la demande est formulée. Quoi qu’il en soit, les deux pays ont des relations directes.
D. DROUTSAS : Permettez-moi d’ajouter à cet égard que l’Egypte entretient de très bonnes relations amicales avec les deux pays, la Grèce et la Turquie ont des contacts directs réguliers. Des différends peuvent subsister, certes, et souvent la Grèce considère comme provocatrice l’attitude de la Turquie, il n'en demeure pas moins, toutefois, que nous avons établi des contacts étroits et réguliers avec nos amis turcs. Je veux dire par là que quand quelqu'un a des différends avec son voisin, cela ne veut pas dire qu'il ne peut pas y avoir une coopération étroite pour les questions d'intérêt commun et concernant la région commune. Il est donc tout naturel que la Grèce coopère avec la Turquie pour les questions ayant trait aux évolutions dans la région et en Libye. Concernant cette dernière question, nous coopérons étroitement car nous sommes deux pays faisant partie du voisinage direct et il est de notre intérêt commun que soient établis la paix et la stabilité dans la région ainsi que le développement économique.