Athènes, le 11 mars 2011
JOURNALISTE : Les protestations en Libye dégénèrent en guerre civile. Que répond l’Europe à ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée ?
D. DROUTSAS : Le premier message clair doit être d’inciter toutes les parties à mettre fin à la violence. Le second message est de faire respecter la volonté du peuple libyen, son souhait en faveur de la démocratie, de la liberté, de meilleures conditions de vie, de plus de justice. Ces réformes doivent être appliquées, et bien entendu sans recours à la violence.
JOURNALISTE : Comment pouvez-vous convaincre Mouammar Kadhafi de le faire ?
D. DROUTSAS : La pression du peuple libyen joue le rôle le plus important. En ce moment, l'engrenage est enclenché en Libye, tout comme en Tunisie et en Egypte, même si la situation dans ces pays est différente, et les protestations dégénèrent en guerre civile. La communauté internationale et l'UE doivent envoyer un message aux dirigeants de la Libye, à savoir qu'ils doivent respecter ce processus.
JOURNALISTE : Est-ce que l’établissement d’une zone d’interdiction aérienne sur la Libye pourrait être un message de ce genre ?
D. DROUTSAS : Cela fait l’objet de discussion, mais il n’est pas facile de l’appliquer en pratique. Il est clair que toute opération militaire doit être pleinement légalisée par l'ONU. Pour la Grèce, le respect du droit international revêt une importance primordiale. Nous avons d'ores et déjà une décision unanime du Conseil de sécurité de l'ONU concernant des sanctions contre la Libye. Nous devons garantir cette unité de la communauté internationale.
JOURNALISTE : Mais cette unité de la communauté internationale n'a jusqu'à présent pas profité aux citoyens libyens qui deviennent les victimes des conflits armés dans le pays…
D. DROUTSAS : C’est la raison pour laquelle nous devons agir vite et, si possible, de concert.
JOURNALISTE : Revenons à la question initiale : quelle doit être la réponse de l’UE à Kadhafi?
D. DROUTSAS : L’intervention militaire est toujours le dernier recours. Toutefois, tout le monde doit comprendre - et cela est un moyen de pression - que la communauté peut utiliser tous les moyens si cela s’avère nécessaire.
JOURNALISTE : Autrement dit, l’éventualité d’une intervention militaire en Libye est envisageable ?
D. DROUTSAS : On ne peut exclure une telle éventualité. Car nous ne pouvons continuer encore longtemps à observer le recours à la violence sans rien dire. L'UE doit envoyer un message clair. C'est la raison pour laquelle la réunion des ministres des Affaires étrangères à Bruxelles est importante et plus tard celle des Chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE.
JOURNALISTE : Parlons du problème d’emprunt de la Grèce. Que pensez-vous de la décision de Moody’s d’abaisser la notation de la Grèce à B1 ?
D. DROUTSAS : La première question qui se pose est celle de la légalité de ces agences de notation. La Grèce a une très grande expérience en la matière et ces évaluations sont en partie incompréhensibles et injustes. La deuxième question qui se pose est celle de la période de temps choisie pour la communication de ces évaluations. J’entends par là que ces dix-huit derniers mois nous avons un gouvernement grec qui essaie de faire face à la crise en appliquant un programme très strict, avec réductions des salaires et des retraites, ce qui est très douloureux pour les citoyens, et des réformes structurelles, comme la libération des professions réglementées, la création d’un nouveau système fiscal et des retraites. Nous avons d’ores et déjà les premiers résultats positifs. En l’espace d’une année, le déficit a été réduit de plus de six points.
JOURNALISTE : Toutefois, il semblerait que les agences de notation ne soient pas convaincues.
D. DROUTSAS : La Grèce applique avec une très grande efficacité tout ce qui a été convenu avec ses partenaires européens, ce qu’eux-mêmes reconnaissent. Nous constatons néanmoins que seuls les marchés internationaux ne réagissent pas positivement. Pourquoi ? Car il est manifeste qu’il ne s’agit pas d’une crise grecque par excellence. Et l’UE doit envoyer des messages convaincants aux marchés afin de les calmer.
JOURNALISTE : Pouvez-vous être plus précis ?
D. DROUTSAS : Il est question d’un ensemble de mesures global, le «Pacte de compétitivité » qui est promu par l’Allemagne notamment. Il est question de l'efficacité du mécanisme de stabilité, à savoir les ressources suffisantes, afin que les marchés puissent voir que l’UE prend au sérieux cette nécessité de soutenir l’euro. En ce qui concerne la Grèce notamment, cela signifie un allongement du délai de remboursement du prêt de 110 milliards d’euros aux mêmes conditions que celles de l'Irlande. Plus le délai de remboursement d'un prêt est long, plus il est facile de convaincre les marchés que les conditions de remboursement seront respectées. Et bien naturellement, cela signifie une réduction des taux d’intérêt actuels élevés.