Athènes, le 15 février 2011
M. KYPRIANOU : Aujourd’hui, j’ai eu le grand plaisir de m’entretenir avec mon cher ami et collègue, M. Dimitris Droutsas. Cette rencontre s’intègre dans le prolongement des discussions que nous avons eues hier avec le Président de la République. Nos discussions ont été axées sur la question chypriote, les pourparlers et les développements récents.
Nous avons également évoqué d’autres questions d’intérêt pour les deux pays, comme des questions régionales, les développements en Egypte – pays qui revêt une importance tant pour Chypre que pour la Grèce – ainsi que des questions relatives à l’UE, avec laquelle nous avons bien entendu une très bonne coopération et coordination.
Nous avons des contacts réguliers pour ce qui est de tous les dossiers, tant au niveau des ministres des Affaires étrangères qu’à celui de nos collaborateurs, ainsi qu’une très bonne coordination et un échange de vues constructif, notamment dans le cadre de l’UE. Ces rencontres sont toujours très utiles et constructives car elles nous aident justement à axer notre attention sur des questions sur lesquelles nos pays, nos gouvernements seront appelés à se pencher dans un avenir proche.
Bien évidemment, nous nous entretiendrons de nouveau lundi à Bruxelles dans le cadre du Conseil des ministres et nous poursuivrons notre coopération et notre dialogue.
M. DROUTSAS : Je vous remercie beaucoup M. Kyprianou pour l’accueil ainsi que pour cette discussion particulièrement constructive et utile que nous avons eue. L’échange de vues avec M. Kyprianou est toujours très important. Comme nous l’avons déjà dit, nous préparons ensemble nos positions et nos actions.
Comme vous le savez, l’évolution des pourparlers et les perspectives du processus de négociation sont toujours au cœur de nos discussions. Nous avons bien entendu discuté des évolutions dans les territoires occupés.
Le règlement de la question chypriote constitue le plus grand défi que la République de Chypre doit relever ainsi que – comme nous l’avons à maintes reprises affirmé – une priorité de la politique étrangère grecque et une condition indispensable à la pleine normalisation des relations gréco-turques.
Comme c’est toujours le cas, nous avons également passé en revue les questions qui concernent nos deux pays ainsi que des questions d’intérêt commun, telles que notre coopération plus étroite à des questions internationales, des questions européennes et nous avons bien entendu, évoqué le parcours d’adhésion de la Turquie. A l’égard de toutes ces questions, nous avons réaffirmé notre coopération soutenue à tous les niveaux, et ce, non seulement au niveau des ministres des Affaires étrangères mais aussi au niveau du Président Christofias et du Premier ministre grec, M. Papandréou et à celui des hauts fonctionnaires. Cela, à mon sens, revêt une grande importance. Nous avons également discuté des évolutions au Moyen-Orient et notamment en Egypte, pays ami qui est si proche de nos deux pays. Nous avons discuté de la possibilité d’entreprendre des initiatives ensemble et dans le cadre de l’UE aussi.
Je tiens de nouveau à répéter que nos consultations et notre coopération sont et demeureront régulières et substantielles, notamment à une époque où les évolutions dans la région élargie nous obligent à faire preuve d’une capacité de réaction plus rapide et de retenue
En revenant sur la question qui a dominé nos discussions, je tiens à répéter que la Grèce soutient de manière ferme et tangible les efforts de la République de Chypre et du Président, M. Christofias en vue de mettre fin à l’occupation turque dans le cadre d’une solution mutuellement acceptable, juste, durable et fonctionnelle. Une solution qui sera axée sur les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies et les principes et valeurs de l’UE sans calendriers étroits, ni arbitrage, une solution qui respectera pleinement l’acquis communautaire. Une solution fondée sur une fédération bicommunautaire et bizonale d’égalité politique, ainsi que visé dans les résolutions du Conseil de sécurité, et dotée d’une seule souveraineté, d’une nationalité et d’une personnalité internationale, qui garantira le plein respect de l’acquis communautaire.
Nous invitons la Turquie à retirer dans les plus brefs délais son armée d’occupation et à contribuer avec sincérité à l’atteinte rapide d’un règlement mutuellement acceptable qui l’aidera dans son cheminement vers l’Union européenne. J’aimerais souligner que si la Turquie aspire réellement à une solution et que cette volonté n’est pas un artifice médiatique, elle doit le faire, elle doit montrer qu’elle a compris quelle était la racine du problème chypriote, à savoir l’invasion et l’occupation militaire. Si elle veut donc en toute sincérité contribuer à l’atteinte d’une solution, la Turquie doit l’accepter et faire ce qu’elle croit bon de faire.
Enfin les événements survenus dernièrement dans les territoires occupés, avec les manifestations et les déclarations acerbes de part et d’autres, attestent du caractère non viable de la situation, avec des Chypriotes turcs qui sont au bord de l’asphyxie alors qu’ils pourraient tirer profit des avantages économiques et sociaux qu’offre la participation à l’UE. Le peuple chypriote, dans son ensemble, mérite de se sentir en sécurité et libre sur tout le territoire de l’île et de poursuivre un objectif commun : la prospérité et la paix sociale au sein de la grande famille européenne.
JOURNALISTE : Quel message attendez-vous de la rencontre avec le SG de l’ONU ?
D. DROUTSAS : Je pense que le message est évident. Nous nous attendons à de l’objectivité, nous attendons de l’ONU de respecter la mission de bons offices. Nous faisons pleinement confiance à l’Organisation des Nations Unies, au Secrétaire général de l’Organisation, M. Ban Ki Moon. Nous ne manquons une occasion d’exprimer notre plein soutien – et nous le remercions pour tous ses efforts – mais nous devons faire face aux faits, tels qu’ils sont, sans embellir la réalité, ni la simplifier. Nous devons tous savoir quelle est la base des pourparlers, ce qui a été convenu et c’est sur cette base que les discussions doivent se poursuivre. Il convient de souligner une chose essentielle – et c’est un message clair à l’intention de tous et personnellement au Secrétaire général de l’ONU – c’est que la partie chypriote grecque et le président Christofias personnellement a fait preuve d’une attitude très constructive, en faisant des propositions très bonnes. Malheureusement nous ne percevons pas le même esprit constructif de l’autre côté, de la part de M. Eroglu.
JOURNALISTE : Estimez-vous que jusqu’en juin l’intérêt de la Turquie pour la question chypriote décroîtra, ce qui aura un impact sur les négociations ?
D. DROUTSAS : Ecoutez, je ne peux me hasarder à ce genre d’analyses et de pensées. Il est vrai – appelons un chat un chat – que des élections auront lieu en juin prochain en Turquie. Aussi est-il vrai qu’en période électorale un pays n’entreprend pas d’actions particulières sur des questions majeures. Et comme nous l’avons dit, la Turquie doit absolument – si elle veut contribuer à l’atteinte d’un règlement – entreprendre des actions concrètes et non pas se dissimuler derrière des artifices médiatiques, en disant « oui je suis en faveur d’une solution, mais je ne fais pas les pas nécessaires pour que l’on puisse atteindre une vraie solution », une solution qui soit à l’avantage de Chypre, tout entière, des Chypriotes grecs et turcs ; ainsi, les élections en Turquie sont sans aucun doute un élément à prendre en compte. Mais il appartient à la Turquie de faire ce que bon lui semble.