Athènes le 14 avril 2011
– « Le RCC peut jouer un rôle décisif en promouvant la coopération régionale dans le domaine des infrastructures, de la Justice et des affaires intérieures, de la sécurité et de la création du capital humain ».
Journaliste : Monsieur le ministre comment évaluez-vous le climat politique général qui prévaut en Europe du sud-est ? Et est que le récent esprit de rapprochement pourrait déboucher sur une coopération concrète ? Voyez-vous une possibilité pour la mise en œuvre de projets régionaux majeurs, et dans quels domaines ?
M. Droutsas : Il ne fait aucun doute que depuis les années '90, l'Europe du Sud-est a été connu des progrès significatifs. La stabilité a été établie, la démocratie a été instaurée de manière ferme et le développement économique est en cours. Très certainement, la force motrice de toutes les réformes a été la vision européenne, mais je pense que nous pouvons nous prévaloir personnellement d’avoir contribué à ce succès en établissant de manière autonome un cadre de coopération autonome, le processus de coopération en Europe du Sud-est (SEECP). Pour la première fois dans l'histoire contemporaine des Balkans, nous avons une plateforme à laquelle tous les pays de la région peuvent participer. Un forum de dialogue qui s'est en fait révélé indispensable à des périodes critiques. Pourquoi alors ne pas faire le prochain pas maintenant ? Pourquoi ne pas coopérer sur des projets de développement qui amélioreront la vie de nos populations, développeront les relations et seront générateurs de croissance pour tous? La Grèce soutient qu'il y a des domaines dans lesquels cette coopération pourrait apporter des résultats tangibles : les infrastructures liées au transport et à l'énergie, à la justice et aux affaires intérieures, la coopération en matière de sécurité et la création de capital humain. Le Conseil de coopération régionale (RCC) en tant que volet opérationnel du SEECP peut jouer un rôle décisif dans ces domaines.
Journaliste : Dans quelle mesure cette approche est-elle complémentaire à la stratégie d’élargissement de l'UE et à la cartographie de la région de l'Europe du sud est tout entière au sein de l'UE?
M. Droutsas : Dans le passé, la promotion de la coopération régionale se heurtait à un certain scepticisme. D’aucuns craignaient que la coopération régionale deviendrait un substitut de la perspective européenne des Balkans. Non seulement ces craintes se sont avérées infondées, mais elles ont été réfutées par la politique européenne elle-même. Aujourd'hui, tout le monde sait que la coopération régionale, associée à des relations de bon voisinage, est une condition préalable à l'adhésion européenne. J’avancerais dans mon argumentation en disant que la coopération régionale ouvre en fait la voie à l'adhésion européenne.
Journaliste : Comment considérez-vous les pays de l’Europe du sud-est dans le contexte de l’élargissement de l’Union européenne ? Que se passera-t-il à votre avis en 2011 et au-delà de cette date?
M. Droutsas : Chaque pays candidat a réalisé ses propres progrès en convergeant avec les valeurs et pratiques européennes. Il convient de souligner la façon dont ce processus influence le quotidien des citoyens. Regardez la libéralisation du régime des visas par exemple. Voyager sans visas dans l’espace européenne est devenu réalité pour certains pays candidats depuis 2010. Cela n’a pas été un « cadeau » offert par l’UE : cela a été mérité par ces pays parce qu’ils ont accompli les objectifs fixés. Si vous recherchez un événement marquant similaire en 2011, je pense que vous pouvez vous référer au lancement du dialogue entre Belgrade et Pristina. Encouragées par l’UE, les discussions devraient être axées autour de trois thèmes : la coopération régionale, la liberté de mouvement et la règle de droit. L’objectif de la discussion est de promouvoir la coopération et de rapprocher Pristina et Belgrade de l’UE.
Journaliste : Quelles sont les priorités régionales de la Grèce et de quelle façon la Grèce peut-elle promouvoir la perspective européenne des Balkans ?
M. Droutsas : La priorité de la Grèce a toujours été l’intégration de la région à l'UE. Lorsque nous assumerons la présidence de l'UE, au premier semestre 2014, notre intention est de convoquer un nouveau sommet UE - Balkans occidentaux, un « Thessalonique II » dans le but d’adopter une déclaration politique visant à fixer un objectif spécifique en vue de parachever le processus d’adhésion des pays des Balkans occidentaux. Nous travaillerons avec des pays candidats, tant du point de vue individuel que régional, en vue de les soutenir dans leur processus de réformes. Si l’ « Agenda de Thessalonique 2003 » a donné le coup d’envoi pour les pays des Balkans dans leur course vers l'UE, nous voulons que « Thessalonique II » puisse donner le coup de sifflet à la ligne d’arrivée.
Journaliste : Vous êtes un fervent partisan de l'Agenda des Balkans occidentaux 2014 dont l'objectif est de définir un calendrier précis pour l'adhésion des pays restants en se référant à un anniversaire en quelque sorte symbolique dans l'Histoire des Balkans. Dans quelle mesure les pays de la région sauront-ils traiter efficacement les questions en suspens restantes en vue de respecter cet Agenda 2014 de leur côté?
M. Droutsas : L’Objectif de notre « Agenda 2014 » est de raviver le processus d'adhésion des pays candidats. Dans une large mesure, nous considérons que cet objectif a été atteint : le sommet de l’année dernière de Sarajevo indique clairement que cet élargissement figure de nouveau sur l’agenda de l’UE. Nous voulons que le message de l’engagement de l’UE vis-à-vis de la perspective européenne de la région demeure fort. Mais le parachèvement réussi du processus dépend en fait des pays eux-mêmes. L’intensification des réformes, la coopération régionale et les relations de bon voisinage constituent la clé du processus d'élargissement. Ces exigences, bien entendu, ne doivent pas être considérées comme « un obstacle fâcheux » devant être surmontés. Elles doivent être utilisées comme motivations utiles.
Journaliste : En vue de la Stratégie et du Programme de travail du Conseil de Coopération régionale pour la période 2011-2013, comment l’organisation pourrait-elle promouvoir le dialogue politique, économique et social dans la région dans le but d’établir une coopération réussie et sans heurts vers une vision commune européenne ?
M. Droutsas : Les dernières années, la coopération dans la région de l’Europe du Sud-est a considérablement accru en prenant aussi la forme de la responsabilité partagée des pays de la région. Le SEECP, avec son volet opérationnel, le Conseil de Coopération régionale (RCC), offre un bon nombre d’opportunités encourageant des initiatives dans le cadre de la nouvelle Stratégie et du Programme de travail pour la période 2011-2013. Ce qui est reste maintenant à faire est d’assurer que les efforts en faveur de la création des réseaux de coopération dans la région, apporteront des résultats concrets. Le Secrétariat du Conseil de Coopération régionale joue un rôle stratégique dans la mise en place de la coopération régionale en identifiant et en répondant dans le même temps aux besoins au niveau des activités régionales. Pour nous, le vrai défi du Programme de la période 2011 consiste à rendre les effets positifs sur les niveaux économique et social visibles pour les citoyens de l’Europe du Sud-est, dans le cadre de leurs aspirations à l’adhésion à la famille européenne.