Athènes, le 16 décembre 2009
Mesdames et messieurs les députés,
Les Grecs et les Grecques exigent qu’une solution soit apportée aux problèmes du pays. C’est dans ce sens que nous œuvrons. Mais pas n’importe quelles solutions. Des solutions qui serviront pleinement les intérêts de la Grèce.
Les tons élevés et les outrances ne peuvent servir cet objectif. Les tons élevés et les outrances sont le chemin le plus facile. Nous n’allons pas suivre cette voie avec vous. Ni ne permettrons à qui que ce soit de nous conduire dans ce chemin. Nous ne sommes guidés que par la volonté du peuple grec en faveur du progrès du pays et nos actions visent toujours à défendre pleinement les intérêts de notre pays.
Nos concitoyens dans leur immense majorité nous ont honoré de leur confiance car ils partagent les valeurs que nous défendons : méritocratie, dignité, transparence, initiatives et confiance. Les tons élevés et les outrances attestent du manque de confiance en soi. Mais nous, nous sommes confiants. Nous avons des positions claires et nous ne permettrons à personne de saper ces positions.
Vous avez émis des critiques sur les conclusions du Conseil « Affaires générales » qui a évalué le parcours d’adhésion de la Turquie et de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine.
Pour vous la politique étrangère est un jeu à somme nulle. Le gain de la Grèce n’est que la perte du voisin. Vous ne considérez pas l’Europe comme un projet de paix auquel nous participons tous sur le même pied d’égalité mais comme une force étrangère qui devrait renforcer le poids faible, à vos yeux, de la Grèce. Je n’accepterai pas cette attitude fataliste vis-à-vis des capacités de notre pays.
D’après votre vision du monde, la Turquie et l’ARYM n’ont pas de place au sein de l’Union européenne. Il est sûr que vous ne seriez contents que si les conclusions du Conseil mettraient fin au processus d’adhésion des pays voisins.
Notre désaccord est donc structurel. Il est fondamental. Pour nous, l’Europe est un outil de développement et de paix. Un outil en constante évolution.
La semaine dernière nous sommes parvenus à des résultats importants, et ce, dans des conditions difficiles. Des améliorations ont été apportées à un très grand nombre de points du texte des conclusions conformément aux vœux de la Grèce et de Chypre.
Nous avons réussi à supprimer des formulations dangereuses, comme celle portant sur les différends bilatéraux et disant que ceux-ci ne devraient pas entraver le progrès des négociations d’adhésion. La Turquie est appelée à remplir pleinement les critères de Copenhague, notamment dans les domaines tels que les libertés religieuses, les droits des minorités, les droits patrimoniaux, des questions revêtant une grande importance pour le Patriarcat œcuménique et la minorité grecque.
Nous sommes parvenus à introduire une référence explicite à l’application des accords bilatéraux de réadmission, un outil important pour lutter contre l’immigration illégale en provenance de Turquie.
Le Conseil a demandé à la Turquie de prendre des engagements sans condition à l’égard du respect des relations de bon voisinage, du règlement pacifique des différends avec ses voisins, y compris le recours à la Cour pénale internationale de la Haye. Une référence a été faite pour la première fois au respect du droit international de la mer, une réalisation importante. J’aimerais clore en disant deux mots sur la question de Skopje.
Nous avons demandé le vote du peuple grec en présentant des positions claires. Le peuple grec nous a confié le mandat afin que nous concrétisions ces positions. Mais nous n’avons pas reçu ce mandat dans le but de transférer au peuple la responsabilité de nos propres décisions sur la question du nom de Skopje et d’organiser des référendums pour fuir nos responsabilités. Nous ne fuyons pas nos responsabilités. Nous ne craignons pas d’exercer une politique et de gouverner.
Nous voulons régler la question du nom conformément à notre ligne nationale rouge. Il est évident que l’ouverture des négociations avec l’Union européenne et l’adhésion à l’OTAN ne sont possibles que si une solution préalable est apportée à la question du nom. Cela ne fait pas l’objet d’une négociation mais c’est une réalité.
Pour ce qui est de la question de la dite identité de nos voisins – pour conclure – je vous dirais une seule chose : M. Nimetz avait tort d’introduire dans ses propositions en 2005 d’autres questions. Le pire est que le gouvernement de M. Karamanlis a accepté de discuter de ces questions.
Cela ne fait que faciliter M. Gruevski qui entrave le progrès des négociations menées sous l’égide des Nations Unies en vue de parvenir à une solution. M. Gruevski a essayé de monopoliser l’appellation « Macédoine » et de s’approprier un passé historique qui ne lui appartient pas.
Je vous dis de manière claire : l’identité macédonienne fait parti de l’identité de chaque Grec. Cela n’est pas à négocier. Une identité qui l’accompagne tout au long de sa vie. Et ce message doit être transmis non seulement à Skopje mais aussi à New York et dans toutes les directions.