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Athènes, le 14 décembre 2009

M. OIKONOMOU : Le Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères, M. Kouvelis est avec nous. Bonjour, monsieur le ministre.

M. LYRITZIS : Bonjour, M. Kouvelis.

M. KOUVELIS : Bonjour.

M. OIKONOMOU : Soyez le bienvenu et bonne fête pour avant-hier.

M. KOUVELIS : Merci.

M. OIKONOMOU : Quand partez-vous pour Copenhague ?

M. KOUVELIS : Je pars demain après-midi.

M. LYRITZIS : Quels sont nos objectifs à Copenhague. Le Premier ministre y sera bien entendu.

M. KOUVELIS : Je crains que ce que l’on atteindra à Copenhague ne soit différent des objectifs que nous voulons atteindre.

M. LYRITZIS : Quels sont vos objectifs ?

M. KOUVELIS : Notre objectif, en tant que pays –  et ce, non seulement en raison de notre sensibilisation à l’environnement – et en tant que  gouvernement – comme vous le savez le Premier ministre s’intéresse beaucoup à cette question –  est de parvenir à un accord contraignant par lequel nous prendrons tous l’engagement de réduire les émissions de x pourcent, par exemple de 20% qui correspond à l’engagement de l’Union européenne, afin d’éviter une hausse moyenne de la température de 2 degrés.

Nous voulons au moins parvenir à  un accord politique dans lequel sera notée notre volonté commune de prendre des mesures immédiates.

M. LYRITZIS : Toutefois, cela est très général M. Kouvelis.

M. KOUVELIS : Malheureusement c’est là le problème.

M. OIKONOMOU : Jusqu’à présent, d’après ce que l’on peut comprendre, le projet d’accord a un caractère très général, autrement dit les attentes ne sont pas élevées.

M. KOUVELIS : Exactement. Hier, M. Ban Ki Moon a, depuis New York, déclaré que le cadre d’un premier accord avait été élaboré mais que celui-ci serait un accord politique plutôt général.

Il vaut mieux un accord politique général que rien du tout.

M. LYRITZIS : Evidemment.

M. KOUVELIS : Cela étant dit, la seule chose que l’on puisse faire, après Copenhague, est de travailler d’arrache pied en vue de parvenir au cours de l’année prochaine à un accord. L’objectif de la Grèce au  niveau régional,  à savoir au niveau des pays des Balkans, de l’Afrique du Nord et de la Méditerranée de l’Est, est de parvenir à un accord local, un plan local et dans un même temps de…

M. LYRITZIS : C’est justement ce que je veux vous demander. Serait-il utile de parvenir à des accords de ce genre ? Tout d’abord,  au niveau des pays membres de l’Union européenne et après au niveau régional comme vous l’avez tout à l’heure affirmé. Cela présenterait-il de l’intérêt…

M. KOUVELIS : Certainement.

M. LYRITZIS : Ou bien est ce que, comme certains l'affirment, si les grands pays ne participent pas, alors nous ne pouvons rien dire.

M. KOUVELIS : Il serait préférable d’avoir un accord valable pour tous, au niveau régional, notamment pour la Méditerranée. La Méditerranée est une région qui sera beaucoup plus affectée que d’autres régions, à savoir une hausse moyenne de 2 degrés en Méditerranée pourrait conduire à une hausse de la température de plus de 4 ou de 5 degrés.

Par conséquent, nous avons toutes les raisons de vouloir nous engager dans cette lutte et jouer un rôle de protagoniste comme l’Union européenne aussi. Par ailleurs, vous savez que la Grèce n’est pas le genre de pays à pouvoir influencer les évolutions géopolitiques sur le plan du pétrole, du gaz naturel. On peut aux mieux devenir un pays de transit.

En ce qui concerne les sources renouvelables d’énergie et la technologie verte, nous avons un avantage comparatif. Plus les résultats de la conférence de Copenhague seront positifs, plus cela sera important pour notre pays.

M. LYRITZIS : Nous ne pouvons tous seuls adopter une politique. Souvent, j’entends le gouvernement parler de la politique verte, du développement vert, du tournant dans le modèle de développement du pays, etc. Indépendamment de Copenhague, nous ne pouvons adopter une politique seuls ?

M. KOUVELIS : Nous le pouvons.

M. LYRITZIS : Pour ce qui est de notre pays.

M. KOUVELIS : Nous avons accepté les objectifs de 2010 de l’Union européenne, 20% de sources renouvelables d’énergie, 20% de réduction, etc. Nous avons toutes les raisons d'essayer d'atteindre plus d'objectifs et d'ailleurs le Premier ministre l’avait dit lors de la présentation du programme de son gouvernement, alors qu’avec les objectifs européens, notre obligation est de 18 pour les sources d’énergie renouvelables, nous avons unilatéralement dit que nous augmenterions de 2% pour atteindre les 20%. Parce que nous avons tout intérêt à développer ce savoir-faire.

M. OIKONOMOU : Qu’est-ce qui a empêché de faire de grands pas en avant à Copenhague ? A ce que l’on peut voir jusqu’à présent, sauf si nous avons une surprise de dernière minute, mais jusqu’à présent, il ne semble pas qu’il y ait eu des changements majeurs.

M. KOUVELIS : Ecoutez, je commencerais par la fin. Je pense qu'il ne faut jamais exclure une surprise. En d'autres termes, il vaut mieux être optimiste et faire pression sur les hommes politiques. Le fait que de nombreux chefs d'Etat s'y rendent peut permettre d'engager des négociations de dernière minute. Cela est déjà arrivé.

Le fait que le Président Obama ait par exemple changé ses plans et s'est rendu à Copenhague à la clôture de la Conférence et non à l’ouverture…

M. OIKONOMOU : Ce geste a sans doute une signification.

M. KOUVELIS : Il devra dire quelque chose. Il devra s’engager en faveur de quelque chose. Ce qui est arrivé est un mélange de petites défaites je dirais. Dans le cas des Etats-Unis, qui sont l'un des principaux acteurs, la législation n'a pu être adoptée par le Congrès, le Sénat. M. Obama a s'est davantage consacré à la santé, pour des raisons internes, ce sujet est resté à la traîne. Par conséquent, il ne peut se présenter à Copenhague avec des objectifs contraignants étant donné que la législation n'a pas été adoptée.

M. LYRITZIS : Peut-être que l’environnement économique élargi n’est pas favorable, M. le ministre ? J'entends par là que souvent les grands pays se préoccupent plutôt de sauver leur production industrielle, les emplois.

Souvent on entend aussi d’autres voix arguer du fait que l'environnement n'est certes pas favorable, mais qu'en dépit de cela des efforts sont déployés par les pays. Toutefois, dans un contexte de crise économique, donner la priorité à des mesures qui en réalité font baisser la production – car c’est ce qui va se passer –  revient à affecter l’économie du pays. Cela revient à dire : baisse de la production = baisse des emplois.

M. KOUVELIS : Pardonnez-moi de vous interrompre, car c’est exactement là que réside le malentendu. Aujourd'hui, nous sommes arrivés sur le point de dire qui payera et qui encaissera, pour que nous puissions y faire face. Si tous ensemble, les grands pays et les pays en voie développement, disons que nous changeons le mode de production et nous tournons vers un autre modèle, cela revient à faire de très gros investissements dans de nouvelles technologies. Cela augmente la consommation, la demande, l'investissement.

M. OIKONOMOU : Cela est un plan à long terme.

M. KOUVELIS : A long terme, oui, mais c'est ce qui revient à dire que…

M. OIKONOMOU : Les conséquences seront visibles aujourd’hui.

M. KOUVELIS : …cela pourrait être la sortie de la crise économique. Si la Chine, l’Inde, tous les pays en voie de développement et nos propres pays s’accordent pour produire des énergies renouvelables – les parcs photovoltaïques et éoliens, etc. – alors l'objectif à l'horizon 2020 pour la Grèce seulement serait de 16 milliards d’investissements dans des énergies renouvelables et la création de 7 000 – 8 000 emplois.

Cela n’est pas une baisse de l’économie, du moins tel que je le comprends.

M. OIKONOMOU : Non, c’est un objectif à long terme.

M. KOUVELIS : Simplement, nous avons besoin de nous accorder, que nous y allions main dans la main, car si certains pays disent non, j'en reste aux combustibles fossiles, alors toute cette entreprise est vaine.

M. LYRITZIS : Pouvons-nous dire – nous ne sommes certainement pas seuls à le dire – que nous nous tournons notre croissance dans une autre direction, à l’heure où nous sommes appelés au niveau international à prendre des mesures de restriction ?

M. KOUVELIS : Heureusement, la Grèce peut. Et savez-vous pourquoi ? Parce que la Grèce, ainsi que Hawaï, est la région la plus riche au monde en terme de potentiel en énergies renouvelables, soleil, vent and notamment l'énergie géothermique.

Cela signifie que si nous faisons ce changement, il y aura des investissements étrangers et cela est important pour une économie qui en a besoin, comme vous pouvez le comprendre.

M. LYRITZIS : Espérons-donc le meilleur.

M. KOUVELIS : J’espère être porteur de bonnes nouvelles.

 

 

Seul le prononcé fait foi




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