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Athènes, le 17 mai 2011

Monsieur Grushko,

Vos excellences,

Chers députés,

Mesdames et messieurs,

 

C’est un grand plaisir pour moi de vous accueillir à cette conférence organisée sous l’égide des ministères des Affaires étrangères, russe et grec. Cette conférence se tient à un moment crucial et difficile pour l’Europe. Aujourd’hui, plus que jamais, l’exploration des perspectives relatives à la Sécurité européenne est aussi importante que la présentation des propositions pour ce qui est des actions à entreprendre à l’avenir.

 

Notre conférence est particulièrement importante pour quatre raisons:

C’est la première conférence de ce genre et elle se tient – comme je l’ai tout à l’heure affirmé – à un moment crucial pour les affaires internationales. L’accent est mis sur la sécurité politique et militaire. Cette conférence est ouverte au public.

 

Tout d’abord, je voudrais mettre l’accent sur le caractère unique de cette conférence.

 

Il s’agit de la première conférence sur la Sécurité européenne qui est co-organisée sur l’initiative des ministres des Affaires étrangères ce qui atteste de l’engagement tant de la Grèce que de la Fédération russe dans ce domaine ainsi que de la volonté de ces pays de renforcer la sécurité en Europe. Comme il est souligné dans le document de la Stratégie sur la Sécurité européenne : « Nous devons à la fois penser globalement et agir localement ». Votre pays, M. Grushko, a, à maintes reprises, fait preuve de sa capacité à penser globalement.

 

Les idées présentées par le Président, M. Medvedev à Berlin en juin 2001 et par la suite par les présidents Medvedev et Sarkozy lors de la Conférence sur la politique mondiale qui s’est tenue à Evian en octobre 2001, ont marqué l’ouverture d’un débat qu’il était nécessaire d’engager sur les affaires internationales.

 

Ce n’est pas par coïncidence que la Grèce en 2009 a relevé le défi en manifestant, en sa qualité de présidente de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe, son intérêt marqué en faveur du rétablissement de la confiance en Europe.

 

L’ouverture du Processus de Corfou lors de la réunion ministérielle qui s’est tenue à Corfou en juin 2009 a insufflé un nouvel élan à l’OSCE et a fourni la base pour l’engagement d’un dialogue franc sur toute une série d’aspects auquel pourraient participer tous les Etats, de Vancouver jusqu’à Vladivostok, en présentant leurs inquiétudes, leurs idées ainsi que leurs propositions pour renforcer et moderniser la sécurité européenne.

 

Un mois après, l’allocution du ministre Lavrov lors de la Conférence annuelle d’examen des questions relatives à la sécurité, dans laquelle il a présenté en détail certains aspects des propositions russes concernant la sécurité européenne,  atteste de la revitalisation du débat engagé au sein de l’OSCE.

 

Lors de la Conférence ministérielle d’Athènes en décembre 2009 –  une conférence qualifiée par tous comme l’une des plus réussies dans l’histoire de l’Organisation, dont je tire une grande fierté – plus de 20 décisions ministérielles ont été adoptées sur le renforcement de la dimension humaine, environnementale, économique et politico-militaire de la sécurité.

 

L’année suivante, la Grèce a assumé la fonction de Coordinateur des questions relevant du contrôle des armements dans le cadre du Processus de Corfou ainsi que la présidence du Forum pour la sécurité européenne, le forum politico-militaire de l’OSCE.

 

En sa qualité de présidente du Forum, la  Grèce a organisé des tables rondes sur la Sécurité européenne ainsi que les premières discussions sur le fond au sujet du renforcement du Document de Vienne portant sur des mesures établissant la confiance et la sécurité.

 

En 2010, de nombreux Etats participants à l’OSCE ont soumis plus de 50 propositions concernant le renforcement de la sécurité européenne dans le cadre du Processus de Corfou, en frayant la voie vers l’organisation du Premier sommet des Chefs d’Etat de l’OSCE en l’espace de onze ans qui s’est tenu à Astana en décembre 2010.

 

Le Sommet d’Astana a donné lieu à un accord sur une Déclaration Commémorative dans laquelle était présentée la vision d’une communauté de sécurité dans la région euro-atlantique et eurasiatique.

 

Aujourd’hui, le Processus de Corfou se poursuit sous la présidence lithuanienne de l’OSCE.

 

Le travail qui doit être accompli est encore plus considérable.

Nous devons faire preuve de plus de volonté politique et de créativité en vue de réaliser cette vision de la communauté de sécurité en Europe.

 

Néanmoins, il n’y a aucun doute que la confiance a été rétablie dans une certaine mesure en Europe et le cadre diplomatique et politique pour renforcer la sécurité européenne a d’ores et déjà été mis en place.

Je pense que tant la Russie que la Grèce souhaitent ardemment de contribuer davantage à la promotion de ce cadre à travers la conférence d’aujourd’hui.

 

La deuxième raison pour laquelle, je pense, cette Conférence revêt une importance particulière est liée à l’état actuel des affaires internationales.

La situation actuelle souligne le caractère interdépendant de notre sécurité à travers le monde.

 

Les menaces contre la sécurité qui sont par définition transnationales, telles que :

 

- le terrorisme international,

- la piraterie

- la prolifération des armes de destruction massive

- les menaces liées au cyberespace

- le trafic d’armes et de drogues,

 

constituent des menaces graves pour la sécurité européenne.

 

Dans le même temps, les défis traditionnels intra-étatiques et interétatiques en matière de sécurité – tels que les conflits régionaux, la course aux armements, la menace du recours à la violence ou le recours à la violence – demeurent des sources d’instabilité.

 

La Grèce est particulièrement sensible à ces questions liées à l’intégrité territoriale, à la menace de recours à la violence ou au recours à la violence, tout comme à toute violation du droit international, y compris les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies.

 

Il est important de reconnaitre que la communauté internationale ne doit pas relâcher sa vigilance à l’égard des conflits irrésolus, des faiblesses et des menaces en matière de sécurité, que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur de la région euro-atlantique et eurasiatique.

 

La sécurité européenne requiert des initiatives créatives et des engagements fermes au niveau bilatéral et multilatéral.

 

En fin de compte, comme la Charte sur la Sécurité européenne stipule dans une disposition servant de définition de la sécurité coopérative :

 

« La sécurité de chaque Etat participant à l’OSCE est étroitement liée à celle des autres Etats participants ».

 

Les incidents en Afrique du nord et leur impact lié aux flux migratoires attestent du caractère interdépendant de la sécurité.

 

Aucune solution ne peut être atteinte à travers des initiatives nationales à courte vue visant à miner les efforts collectifs pour faire face à ces défis de manière efficace.

 

Dans ce contexte, force est de signaler que personne ne peut nier qu’à l’égard des questions liées à la sécurité, il faut adopter une approche multidimensionnelle :

 

Par ailleurs, les évolutions actuelles, soulignent le caractère multidimensionnel de la sécurité. 

Dans le document de la Stratégie européenne de sécurité, il est stipulé que : « La bonne gouvernance, la promotion des réformes sociales et politiques, la lutte contre la corruption et l’abus de pouvoir, la consolidation de l’Etat de droit et la protection des droits de l’Homme sont les meilleurs moyens pour renforcer l’ordre international ».

 

La conviction ferme de la Grèce est que la gestion efficace des crises doit passer par la pleine valorisation des moyens politiques et civils et, si besoin est, des moyens militaires aussi.

 

En outre, nous attachons une importance particulière à l’aspect humanitaire des crises.

 

A titre d’exemple, pour ce qui est de la Libye, la contribution de la Grèce est caractérisée par une dimension humanitaire très importante laquelle comprend des soins médicaux en Grèce et l’envoi d’une aide humanitaire.

 

Cette manière plus élargie d’envisager le caractère multidimensionnel de la sécurité est confirmée par les événements récents au Japon, en Afrique et au Moyen-Orient – et ici en Europe également –  qui ont des incidences sur les divers aspects de la sécurité humaine.

 

L’utilisation sûre de l’énergie nucléaire, la protection des droits de l’homme, la lutte efficace contre la crise économique ou les flux migratoires sont des questions qui ne peuvent être réglées globalement que par le biais des solutions multidimensionnelles et à long terme.

 

Je cite un extrait y relatif de la Charte sur la Sécurité européenne de 1999 :

 

 

« Nous devons envisager la dimension humaine, économique, politique et militaire de la sécurité en tant qu’un ensemble global ».

L’expérience nous apprend que nous devons également prendre en considération la dimension environnementale.

 

Dans ce contexte, les évolutions internationales ont prouvé que l’idée de la sécurité coopérative et multidimensionnelle sur laquelle est axé le Processus de Corfou, n’est ni abstraite, ni théorique, ni un « luxe ». 

 

Aujourd’hui, plus que jamais, nous devons renforcer les institutions existantes tout en affermissant les instruments prévus par ces dernières. Nous devons doubler nos efforts en vue de prendre conscience de cette manière d’envisager la sécurité et de l’appliquer afin de pouvoir relever les défis et lutter contre les menaces du 21e siècle.

 

La troisième raison pour laquelle cette conférence est, à mon sens, très importante est liée au fait qu'elle est axée sur l'aspect politico-militaire.

 

Rechercher des solutions globales ne signifie pas essayer de résoudre tous les problèmes du monde en une seule fois.

Comprendre chaque dimension de la sécurité dans ses aspects les plus propres est tout aussi important que de trouver les façons dont elle est liée à d’autres dimensions. 

Au cours des deux dernières années, un véritable changement s’est produit dans le domaine politico-militaire ; les perceptions erronées et les stéréotypes ont été réduits à néant et une perspective plus coopérative sur la lutte contre les nouvelles menaces et défis a été mise en avant.

 

Le nouveau concept stratégique de l'OTAN a souligné l'importance que l'Alliance accorde à la mise en œuvre de son partenariat stratégique avec la Russie ainsi qu'à la coopération avec d'autres acteurs internationaux.

Dans le même temps, lors du Sommet de Lisbonne en 2010, les 29 Etats membres du Conseil OTAN – Russie sont convenus de renforcer le travail du Conseil dans un grand nombre de domaines, dont la défense anti-missile et la garantie de la stabilité en Afghanistan.

La signature du nouveau traité START entre la Russie et les Etats-Unis, ainsi que la création de la Commission présidentielle bilatérale Etats-Unis - Russie ont marqué autant de nouveaux pas en avant en vue de la consolidation de l'esprit de coopération, reflétant des besoins émanant de la réalité actuelle.

 

Par ailleurs, le lancement de négociations en vue de surmonter la crise liée au traité sur les forces conventionnelles en Europe – le traité FCE – et la tenue de discussions sur la modernisation du Document de Vienne de l’OSCE a suscité beaucoup d’espoirs à Vienne.

Néanmoins, il est clair que de nombreux défis nous attendent sur le plan politico-militaire, particulièrement en ce qui concerne le renforcement de notre cadre de contrôle des armes conventionnelles.

 

La Grèce attache une très grande importance au progrès devant être accompli dans le domaine des négociations sur le contrôle des armes, reconnaissant de ce fait le rôle primordial qu’a joué le traité FCE au cours de ces vingt dernières années sur le plan de la paix, de la stabilité et de la transparence politico-militaire en Europe.

 

Dans le même contexte, dans le domaine de la gestion des conflits, les conflits prolongés dans la région de l'OSCE demeurent un défi, non seulement pour la stabilité régionale, mais aussi pour le renforcement de l’Architecture européenne de sécurité dans son ensemble.

 

Et j'en viens maintenant à la quatrième raison pour laquelle cette Conférence est, à mon sens, importante.

 

La Conférence est ouverte au public et rassemble un grand nombre d’experts distingués de divers horizons professionnels.

Des officiers militaires, des hommes politiques, des diplomates, des professeurs d’université et des chercheurs de différents instituts et laboratoires d’idées – tous experts en matière de sécurité européenne - vous présenteront leurs perspectives sur ces questions.

Je pense que la grande expérience des intervenants associée à la participation du public nous permet de tirer une leçon importante :

Les présentations d’aujourd’hui seront complexes et traiteront de plusieurs aspects de la question, mais leur objectif sera de dissiper plutôt que de reproduire l’impression selon laquelle la politique étrangère serait une activité ésotérique.

Cette conférence est une occasion en or de prouver que bien que la politique étrangère soit par définition appliquée par des professionnels, elle constitue également un aspect de la politique gouvernementale qui doit demeurer aussi ouverte et transparente que possible, tout en tenant toujours compte de son rôle en matière de sécurité nationale.

Sur ce, j'aimerais vous remercier de votre attention et remercier chaleureusement le ministre Grushko pour sa contribution personnelle, mais aussi son équipe pour son excellente coopération avec nos collègues dans l’organisation de cette conférence et bien sûr les intervenants qui ont gentiment accepté notre invitation.

 

Merci.




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