Athènes , le 19 février 2010
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, l'image de la Grèce a fortement été affectée ces derniers temps…
M. D. DROUTSAS : Ce qui est dit sur la Grèce ces derniers temps est exagéré. Nous sommes conscients que la Grèce traverse une période difficile et qu'elle se trouve dans une situation particulière. Le nouveau gouvernement, dès le début, a œuvré systématiquement en vue de sortir de l’impasse. Nous avons élaboré un programme sérieux de Stabilité ce que nos partenaires européens reconnaissent. Il ne nous reste plus qu'à voir comment nous allons concrétiser ce programme. C'est sur cette base que doit se faire notre évaluation et non sur le passé.
JOURNALISTE : En Allemagne, bon nombre de personnes soutiennent qu'Athènes a menti et nous a trompés.
M. D. DROUTSAS : Je ne pense pas qu’il soit permis d’utiliser ce genre d’expressions. De nombreuses histoires sont colportées sur cette époque où le PASOK en tant que gouvernement, en 2001, a préparé notre entrée dans la zone euro. A cette époque, nous avons réussi à rentrer dans la zone euro.
JOURNALISTE : De nombreuses critiques sont formulées au sujet notamment du déficit budgétaire de 12,7% par rapport au PIB. Pensez-vous qu’il soit injuste que vous essayiez de régler les problèmes légués par le gouvernement précédent?
M. D. DROUTSAS : «Injuste» n’est pas le bon mot. Il est important pour nous de nous concentrer sur le présent et l'avenir. Nous voulons que notre pays puisse être fort et rétablir la stabilité. Les mesures prises visent à diminuer de façon draconienne les dépenses publiques et à augmenter les revenus publics. Les changements structurels sont tout aussi importants. Un exemple : Nous avons à l’heure actuelle en Grèce, du gouvernement central jusqu’au niveau local, cinq niveaux d’administration. Nous sommes en présence d’une structure bureaucratique très lourde qui augmente les possibilités de corruption. Le Parlement décidera, bientôt, de réduire ces cinq niveaux à trois, en limitant le nombre d'employés et en ne laissant aucune marge possible pour la corruption.
JOURNALISTE : Pensez-vous que le malaise existant au sein de l’UE au sujet de la Grèce limitera votre influence sur l’Europe ?
M. D. DROUTSAS : Certes, cela ne me facilite pas la vie en tant que ministre adjoint des Affaires étrangères. Mais cela ne veut pas dire qu’en dehors de l’UE nous n’accomplissons pas une œuvre. Nous voulons prendre des initiatives dans notre voisinage proche. Nous voulons présenter un pays - la Grèce - qui a un rôle accru dans la communauté des Etats. Je me réfèrerais par exemple à l'Agenda 2014 pour les Balkans. Nous voulons que bientôt les pays des Balkans adhèrent à la famille européenne. Une perspective d’adhésion a été donnée à ces pays en 2003. Malheureusement, cette dynamique n’existe pas aujourd’hui, en raison notamment de l’essoufflement de nombreux Etats de l’UE au sujet d’un nouvel élargissement. Nous voulons remettre cette question sur le tapis. L’UE, en tant que modèle de paix réussi, devra assumer ses responsabilités vis-à-vis de ces pays balkaniques et veiller à la stabilité et à la paix dans la région. 2014 pourrait être une date-butoir pour l'adhésion de ces pays. C’est également une date historique qui marque les 100 ans depuis le déclenchement de la première Guerre mondiale. Naturellement, ces pays devront préalablement satisfaire tous les critères d’adhésion à l’UE. Nous ne ferons aucun compromis à ce sujet. Néanmoins nous devrons montrer aux pays des Balkans la lumière au bout du tunnel et leur dire : dépêchez-vous. Accomplissez les réformes nécessaires.
JOURNALISTE : Que diriez-vous au sujet du Kosovo et du fait que la Grèce ne l’a toujours pas reconnu?
M. D. DROUTSAS : Lorsque la question du Kosovo était débattue, on pouvait entendre clairement la voix de l'Amérique et de la Russie. Ce que l'on ne pouvait pas entendre néanmoins, c'était la voix de l'UE. Avec la perspective d'adhésion de ces pays balkaniques, on aurait pu alors résoudre ce différend dans le cadre de l’UE.
JOURNALISTE : Qu’en est-il de vos relations avec la Turquie?
M. D. DROUTSAS : A partir du moment où le nouveau gouvernement a assumé ses fonctions, nous avons pris des initiatives. Les Premiers ministres MM. Erdogan et Papandréou se sont rencontrés et ont fait part de leur volonté de coopérer, comme pendant la période allant de 1999 à 2004 qui était, si vous le voulez, « les années glorieuses » de nos relations. Nous aborderons de nombreuses questions, comme par exemple l'impact du changement climatique en Méditerranée.
JOURNALISTE : Toutefois, il y a des problèmes plus urgents à résoudre que le changement climatique entre vous et la Turquie, comme l’espace aérien et la question du plateau continental en Egée.
M. D. DROUTSAS : Oui, mais si nous coopérons dans des domaines comme l’économie, la culture et le tourisme, nous pourrons instaurer un climat de confiance. De cette façon, il est plus facile d’envisager les questions brulantes. Néanmoins dans le même temps, nous voulons discuter lors de contacts exploratoires de la question brulante de la délimitation du plateau continental en Mer Egée. J'effectuerais une visite en Turquie, début mars, pour répondre à l'invitation du ministre turc des Affaires étrangères, M. Davutoglu. Cette visite marquera le lancement de ce processus.
JOURNALISTE : Y a-t-il une chance de voir Chypre réunifiée ?
M. D. DROUTSAS : A notre avis, le dirigeant chypriote turc Mehmet Ali Talat ne réagit pas particulièrement positivement aux propositions du président chypriote, M. Dimitris Christofias. Malheureusement, nous ne constatons pas de progrès tangible.
JOURNALISTE : La plupart des observateurs sont pessimistes. Que signifierait un échec des pourparlers pour la perspective d’adhésion de la Turquie ?
M. D. DROUTSAS : Comme vous le savez la Grèce soutient l'adhésion de la Turquie à l'UE. Nous pensons que la Turquie se réformera par le biais du processus d’adhésion. Il est certain que la non résolution du problème chypriote ne contribue pas positivement aux négociations d’adhésion UE - Turquie. Toutefois, le processus est en cours. Forte de son expérience acquise de son adhésion à l’UE, la Grèce veut soutenir la Turquie. La réussite dépend de la Turquie elle-même.
JOURNALISTE : Et pour ce qui est du bras de fer concernant le nom de l’ARYM ?
M. D. DROUTSAS : Dès que M. Papandréou a assumé les fonctions de Premier ministre, il a invité son homologue. Nous voulons avoir des contacts directs avec Skopje. Nous voulons rappeler tout ce qu’a fait la Grèce pour ce pays. Nous sommes jusqu’à présent le plus grand investisseur à Skopje et favorisons la création de milliers d'emplois. Nous voudrions expliquer à l'opinion publique de Skopje que la Grèce n'est pas un ennemi. La Grèce est un pays ami qui peut être le fervent défenseur de la perspective d'adhésion de Skopje à l'UE. Mais avant que les négociations d'adhésion ne commencent, il faudra résoudre la question du nom.
JOURNALISTE : De nombreux Européens s’impatientent et pensent que vous bloquez ce processus d’adhésion en raison de votre bras de fer sur le nom.
M. D. DROUTSAS : Oui, mais notre proposition est très claire. Le nom devra avoir une détermination géographique supplémentaire. Et il faudra que cela se fasse car une petite partie de la région historique de la Macédoine veut revendiquer pour elle-même la représentation de la région tout entière. La Grèce ne peut l’accepter car la plus grande partie de cette région se trouve sur son territoire. Le nom, auquel nous conviendrons, devra naturellement être pour tous les usages.