Athènes, le 19 novembre 2009
M. V. JEREMIC : Mesdames et messieurs bonjour. C’est avec grand plaisir que j’accueille aujourd’hui à Belgrade mon ancien ami, Dimitris Droutsas. Nous entretenons une amitié de longue date et nous avons eu l’opportunité de coopérer non seulement au niveau gouvernemental, mais aussi au sein de différents forums, comme l’Internationale socialiste. Aujourd’hui, à l’occasion des nouvelles fonctions qu’il assume, je voudrais lui souhaiter la bienvenue ici à Belgrade et je pense que ce ne sera pas la dernière fois qu’il nous rendra visite en cette qualité.
Aujourd’hui, nous avons discuté de la question de l’adhésion des Balkans occidentaux à l’UE. Cette question a dominé notre discussion. Nous sommes en faveur de la Stratégie de 2014, à savoir le projet relatif à l’adhésion de tous les pays des Balkans occidentaux à l’UE d’ici à 2014. Nous soutenons fermement cette initiative. Nous attendions depuis longtemps que la Grèce assume de nouveau un rôle de protagoniste dans les Balkans et notamment à l’égard de l’élargissement de l’UE et qu’elle fasse revivre l’ « Agenda de Thessalonique ». Nous sommes très contents que le gouvernement de Georges Papandréou dont M. Droutsas fait partie, ait fait, dès le début de son mandat, de l’élargissement de l’UE une de ses premières priorités, comme il l’avait d’ailleurs fait sous le gouvernement socialiste précédent, quand il assumait des fonctions de ministre des Affaires étrangères.
Les semaines prochaines sont très importantes pour l’avenir européen tant de la Serbie que de tous les Balkans occidentaux. Dans les semaines à venir nous retournerons au régime en vigueur il y a 2’0 ans avec la suppression de visa d’entrée pour les citoyens serbes désireux de voyager dans l’UE. Et cela revêt une importance particulière pour nous. Nous devrons prendre des décisions importantes concernant les prochains pas à accomplir en vue de notre pleine adhésion à l’UE.
Cela porte sur le dégel de l’Accord de Stabilisation et d’Association. Nous pensons que le terrain est favorable pour la Serbie afin que cette dernière fasse ce pas important vers son adhésion à l’UE, à savoir l’activation de l’Accord de Stabilisation et d’Association ce qui par la suite permettra à la Serbie de soumettre sa demande d’adhésion à l’UE. Ce pas mettra fin à ce débat international sur « le chemin que prendra la Serbie ».
La Serbie suit le parcours d’adhésion à l’UE. La réalisation de cet objectif constitue une position stratégique du gouvernement serbe et nous pensons que d’ici à la fin de l’année toutes les conditions y relatives auront être réunies.
Cet objectif sera, bien entendu, plus facile à atteindre en coopération avec la Grèce. Nous sommes reconnaissants à la Grèce de son soutien à notre parcours européen et à notre lutte pour la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale concernant le statut de notre province du sud, à savoir le Kosovo et la Métochie.
Il n’y a pas de questions en suspens entre la Grèce et la Serbie. La Grèce est notre partenaire et allié le plus proche au sein de l’UE. Et, c’est en effet avec un grand plaisir que j’accueille mon ami Dimitris que je remercie pour son message de condoléances et pour son présence en sa qualité de représentant du gouvernement grec aux obsèques du feu patriarche Paul, un événement triste et important pour nous.
M. D. DROUTSAS : Je voudrais remercier le ministre des Affaires étrangères, M. Jeremic pour ses propos aimables. Je voudrais tout d’abord transmettre de la part du gouvernement grec toutes nos condoléances pour le décès du Patriarche Paul.
Notre gouvernement n’est au pouvoir que depuis quelques semaines et au cours de cette courte période nous avons eu notre deuxième rencontre officielle, ou plutôt notre troisième rencontre ce qui atteste de manière claire non seulement de nos relations personnelles étroites, mais aussi des relations stratégiques entre nos deux pays. Cela atteste également de la volonté commune de nos deux gouvernements de promouvoir davantage la coopération étroite que nous avons déjà établie il y a très longtemps. C’est pourquoi je voudrais de nouveau vous remercier pour votre hospitalité. Je dois avouer qu’ici à Belgrade je me sens chez moi.
Je pense que le niveau de nos relations bilatérales est très élevé. Tout le monde le sait. Inutile donc de le répéter. Je voudrais consacrer plus de temps à la question principale qui a été la raison de notre visite à Belgrade et l’objet de nos discussions qui se poursuivront jusqu’à ce soir.
J’effectue une série de visites dans la région des Balkans occidentaux et la première étape de ma journée est Belgrade. Le gouvernement grec veut de nouveau jouer un rôle de premier plan dans la région des Balkans et notre premier objectif est de promouvoir de manière efficace le parcours européen de tous les pays des Balkans occidentaux et, bien entendu, de la Serbie. A cette fin, comme l’a déjà affirmé le ministre, ce gouvernement et le Premier ministre lui-même ont soumis une nouvelle proposition, une nouvelle réflexion, à l’UE, ledit « Agenda 2014 ». Une date butoir pour le parcours d’adhésion de tous les pays des Balkans occidentaux.
Il s’agit d’une proposition politique revêtant un caractère particulièrement symbolique, cents ans après le déclenchement de la Première guerre mondiale. De surcroît, on pourrait même soutenir que le déclenchement de la Première guerre mondiale a été la cause des plaies encore ouvertes dans la région des Balkans.
L'Union européenne est le modèle de paix le plus réussi. Par conséquent, l’UE se doit d’assumer ses responsabilités pour contribuer de manière décisive à la paix et à la stabilité dans la région des Balkans. Les Balkans et la Serbie font partie intégrante de l’Europe, de notre famille européenne et nous pensons que cela peut être atteint le plus efficacement possible en promouvant le parcours d'adhésion européen de ces pays. Comme nous l'avons dit, une date symbolique et politique pourrait être 2014, de sorte que soit achevé ce parcours européen d'adhésion de tous les pays de la région.
Il importe que soit de nouveau créé une nouvelle dynamique, une nouvelle impulsion dans ce parcours d’adhésion des Balkans et c’est ce dont je veux discuter, ce dont nous avons discuté, ici, avec mon ami, le ministre des Affaires étrangères de la Serbie, Vuk Jeremic, pour voir comment nous pourrons par le biais de cette proposition, de cette politique promouvoir le parcours d’adhésion de la Serbie.
Vous savez que la Grèce est un fervent partisan de ce parcours européen de la Serbie. C’est une question d’intérêt commun pour laquelle la Grèce et la Serbie devront coopérer étroitement et c’est ce que nous ferons. Encore une fois, cher Vuk je te remercie pour ce chaleureux accueil ici à Belgrade.
JOURNALISTE : S’agissant de la question du nom de l’ARYM, que ressort-il des rencontres séparées qui ont eu lieu avec les négociateurs ? Est-ce que l’autre partie exprime une volonté de résoudre la question d’ici à décembre ? Est-ce que selon le gouvernement grec ce délai sera suffisant ?
M. D. DROUTSAS : Concernant l’agenda 2014, j’ai eu tout à l’heure l’occasion d'exprimer la volonté sincère de la Grèce de devenir la force motrice du parcours européen d'adhésion de tous les pays des Balkans occidentaux. Cette volonté est sincère, bien entendu, et vis-à-vis de Skopje que la Grèce souhaite aider à intégrer l'UE.
Toutefois, il existe pour tous les pays des critères et des modalités préalables. En ce qui concerne Skopje, une condition claire pour nous est la résolution préalable de la question du nom. L’ouverture de négociations d’adhésion avec Skopje est impossible sans la résolution préalable de la question du nom. Nous l’avons signalé, à maintes reprises, de façon claire. C'est-à-dire que nous pensons que nous devons toujours parler franchement pour qu’il n’y ait aucun malentendu ou surprise.
La position de la Grèce en ce qui concerne la question du nom de Skopje est claire et connue de tous. Nous parlons d’une appellation avec détermination géographique, pour usage à l’égard de tous (erga omnes). C’est une position claire pour les pourparlers qui ont lieu dans le cadre de l'ONU et que nous soutenons pleinement.
J’aimerais souligner – comme je l’ai dit à plusieurs reprises – que la Grèce a l’esprit ouvert et est en faveur d’une coopération avec Skopje. Nous souhaitons le rapprochement avec le peuple du pays voisin, nous voulons que le peuple du pays voisin sache que la Grèce est un ami et souhaite l’aider.
M. V. JEREMIC : J'aimerais ajouter quelque chose en ce qui concerne cette question tout aussi importante que sensible. La position du gouvernement grec est cohérente, raisonnable et compréhensible et Athènes peut compter sur le soutien politique, moral et autre de Belgrade pour ce qui est de la résolution de cette question importante. La Grèce a prouvé qu'elle était un ami sincère et une force motrice du processus d'adhésion de tous les pays des Balkans occidentaux et dans ce contexte nous la comprenons parfaitement et continuerons d'offrir notre soutien sans faille aux efforts déployés par le gouvernement grec visant à résoudre toutes les questions d'importance majeure pour les Balkans occidentaux, y compris la question sensible du nom du pays dont la capitale est Skopje.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, pour ce qui est de la demande d’adhésion à l’UE que vous souhaitez soumettre avant la fin de l'année, est-ce que cette demande sera influencée par votre recours devant la Cour internationale de la Haye pour le Kosovo ?
M. V. JEREMIC : La question de la résolution du futur statut de notre province au sud et l’adhésion de la Serbie à l'UE sont deux questions différentes. Jamais la Serbie ne reconnaîtra, de quelque façon que ce soit, ni aujourd’hui, ni demain, ni de manière directe ou indirecte, ni expressément, ni en d'autres termes, l'indépendance de Pristina. Jamais, d'aucune façon, ni aujourd'hui, ni demain, le gouvernement actuel ne le fera et aucun gouvernement élu par le peuple serbe. En ce qui concerne le gouvernement d’aujourd’hui, jamais nous n’abandonnerons notre objectif, à savoir l’adhésion pleine et égale à l’UE. Toutefois, je ne peux garantir que cette position reflète également celle de tout autre gouvernement serbe.