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Athènes, le 18 janvier 2010


Propos recueillis par M. A. Tolios et Mme N. Karayiannis


M. A. TOLIOS :
Nous avons en ligne le ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Droutsas. Bonjour.

 

Mme A. KARAYIANNIS : Bonjour monsieur le ministre.

 

M. D. DROUTSAS : Bonjour à vous et à vos auditeurs.

 

Mme A. KARAYIANNIS : Bonne année. Monsieur le ministre, le Premier ministre a déclaré devant le conseil ministériel que le problème budgétaire auquel est confronté le pays menace notre souveraineté nationale. Je suppose que vous êtes probablement le premier à être saisi d’inquiétude en raison des questions de politique étrangère demeurées en suspens.

 

M. D. DROUTSAS : Mme Karayiannis, je pense que chaque homme raisonné et chacun de nos concitoyens est tout à fait conscient que notre pays traverse une période marquée de défis – la situation actuelle à laquelle est confrontée notre pays constitue un défi pour tous – et lorsqu’il s’agit de défendre nos intérêts nationaux relevant de la politique étrangère, il est tout à fait probable qu’un de nos interlocuteurs essaye d’exploiter à son profit les difficultés auxquelles est confronté notre pays.

 

M. A. TOLIOS : Vous avez raison monsieur le ministre. Permettez-moi de vous dire la chose suivante : on entend beaucoup parler de la diplomatie agressive exercée par le gouvernement, et ce, dans un climat de grandes espérances et dès la première rencontre de M. Papandréou avec M. Erdogan aujourd’hui…

 

Mme A. KARAYIANNIS : Et avec M. Gruevski.

 

M. A. TOLIOS : Oui, avec M. Gruevski. Toutefois, lorsque l’image du pays à l’étranger est ternie, ce pays ne devrait-il pas plutôt renoncer à cette diplomatie agressive et adopter une attitude plus modérée puisque notre adversaire principal est la Turquie, une puissance dont la position dans la région se voit de plus en plus renforcée ?

 

M. D. DROUTSAS : Vous avez utilisé l’argument que moi-même j’invoquerais non pour justifier cette attitude mais pour mettre en valeur son caractère nécessaire. Et c’est justement cette attitude qu’a adoptée le gouvernement dès le début. Il a pris des initiatives pour montrer que son intention n’était pas de rester sur la défensive, si vous me permettez l’expression. Pour montrer qu’il est parfaitement conscient de la situation du pays, des questions à régler et pour faire preuve de sa volonté de faire face à cette situation ainsi que de sa capacité à résoudre les problèmes ainsi que pour fixer le cap.

 

La défense, si vous me le permettez, n’a été jamais utile. C’était cette attitude défensive des 5 dernières années – non seulement l’attitude défensive mais aussi l’inertie – au niveau de notre politique étrangère qu’a conduit notre pays à la situation actuelle.

 

Mme A. KARAYIANNIS : Vous parlez monsieur le ministre d’une politique « extrovertie ».

 

M. D. DROUTSAS : Exactement

 

 

Mme A. KARAYIANNIS : A l’occasion de la visite du Président de la République chypriote, j’aimerais passer à la question chypriote. Toutes les estimations et les analyses montrent que les évolutions ne sont pas positives, notamment pour ce qui est des nouvelles propositions soumises par la partie Chypriote turque et en vue des élections présidentielles et de l’élection, semble-t-il, de M. Eroglu.

 

M. A. TOLIOS : La conjoncture n’est pas favorable en raison aussi de ces élections.

 

Mme A. KARAYIANNIS : J’aimerais écouter votre point de vue sur cette question. S’agissant de la politique étrangère grecque, quelles actions envisagez-vous d’entreprendre à l’avenir ?

 

M. D. DROUTSAS : Avant d’aborder cette question, permettez-moi madame Karayiannis de répondre à la première partie de votre question. Nos questions nationales se trouvent sans aucun doute au centre de nos efforts, ce qui sera toujours le cas. J’aimerais tout simplement souligner que si l’on ne s’occupe que de nos questions et qui plus est de cette manière aussi défensive, on se trouvera dans une situation difficile.  Par conséquent, par cette ouverture vers l’extérieur nous voulons faire de sorte que la Grèce ait une véritable présence sur la scène internationale et une véritable voix pour ce qui est des événements internationaux majeurs. Une présence et une voix afin que nous puissions valoriser cette nouvelle position de la Grèce de manière efficace dans l’intérêt de nos questions aussi. J’aimerais clarifier cette position.

 

M. A. TOLIOS : De toute façon monsieur le ministre, comme Mme Noni Karayiannis l’a affirmé, en ce moment la conjoncture est difficile pour les questions gréco-turques et la question chypriote, n’est-ce pas ? 

 

M. D. DROUTSAS : Certainement, nous ne traversons pas la meilleur période. Toutefois, à l’occasion aussi de la visite du Président de la République de Chypre, M. Dimitris Christofias à Athènes – comme vous l’avez vous-mêmes affirmé, je voudrais souligner, ce que le gouvernement et le Premier ministre lui-même ont affirmé aussitôt que nous avons assumé nos fonctions : la Grèce sera de nouveau aux côtés de Chypre, aux côtés du peuple chypriote, et ce, non seulement en théorie mais aussi dans la pratique.

 

Je pense que nous avons fait preuve de cette intention lors du dernier conseil de décembre dans le cadre duquel ont été abordées des questions très importantes pour la Grèce et Chypre. La Grèce et Chypre ont avancé main dans la main, elles ont fait ensemble une préparation systématique et ont livré leur bataille lors du Conseil de décembre en parlant d’une seule voix.

 

M. A. TOLIOS : Ce que vous dites est très positif.

 

M. D. DROUTSAS : Oui. Il s’agit justement de la politique que nous menons et que nous voulons mener dans le cadre de notre coopération avec Chypre. Cela porte sur la question chypriote également mais permettez-moi de dire que la République de Chypre est un Etat membre de l’Union européenne. Par conséquent, le champ d’une véritable coopération entre la Grèce et Chypre est très élargi.

 

M. A. TOLIOS : Tout cela monsieur le ministre est très bien. Toutefois, compte tenu de la conjoncture, des propositions turques qui renvoient à l’époque avant le plan Annan, des propositions beaucoup plus dures…

 

Mme A. KARAYIANNIS : Notamment pour ce qui est de la gouvernance.

 

M. A. TOLIOS : La question est donc la suivante : dans quelle mesure pourrait-on entretenir des espoirs ou des espérances   que nous pourrons parvenir à un véritable règlement de la question chypriote dans la conjoncture actuelle ? Je pense que la plupart des gens sont à juste titre pessimistes.

 

M. D. DROUTSAS : Vous avez tout à fait raison. On ne peut envisager la situation avec optimisme puisque il n’existe pas d’indications y relatives. Lorsque la partie Chypriote turque a soumis ses propositions, j’ai moi aussi avoué que nous étions très déçus car ces propositions n’allaient pas dans le bon sens. Par conséquent, faute d’indications nécessaires, nous ne pouvons pas être très optimistes.

 

M. A. TOLIOS : Cela veut dire que…

 

M. D. DROUTSAS : Toutefois, cela ne signifie pas que nous renonçons à nos efforts. Au contraire, nous essayerons par le biais de nos propres propositions de persuader l’autre partie de la bonne direction à suivre.  

 

M. A. TOLIOS : Quoi qu’il en soit, l’essentiel est que la diplomatie grecque est mise à l’épreuve. Tel est le cas aussi pour la question macédonienne avec l’intransigeance de M. Gruevski. Cette situation nous conduite également à …

 

Mme A. KARAYIANNIS: …l’inertie.

 

M. A. TOLIOS : Je ne dirais pas l’inertie, je parlerais plutôt de l’éventualité d’un nouveau veto. Et si la question de l’adhésion à l’OTAN est de nouveau soulevée, cela ne serait pas à l’avantage de la diplomatie grecque. Je veux dire que les choses ne sont pas très optimistes pour nous.

 

M. D. DROUTSAS : S’agissant de cette question aussi, vous avez bien raison. Je ne peux qu’être d’accord avec vous. Toutefois,  le fait que l’autre partie fasse preuve d’une telle attitude intransigeante, ne signifie pas que nous renoncerons à nos efforts. Si nous renonçons à nos efforts, nous resterons sur la défensive et des pressions seront tôt ou tard exercées sur nous. Par conséquent, par le biais de la diplomatie agressive – au sens positif du terme – des propositions et des initiatives nous montrerons le chemin à suivre.

 

Permettez-moi de dire également que la Grèce n’a aucune raison de se cacher. Nous avons confiance en nous-mêmes car nous avons des positions claires que nous avons présentées à toutes les parties dès les premiers instants. Cela est une source de confiance pour nous et nous n’avons aucune raison de nous cacher. Nous nous efforcerons à travers des initiatives appropriées de monter le chemin à suivre. Telle est notre attitude et notre politique.

 

Mme A. KARAYIANNIS : Monsieur le ministre, selon des estimations, la question de Skopje et la récession générale à Athènes influencent de manière négative nos relations avec les Etats-Unis. Cela est-il vrai ? Et à cette occasion, quand est-ce que vous envisager d’effectuer une visite à Washington ?

 

M. D. DROUTSAS : Nous sommes en concertation avec la partie américaine et je pense que bientôt j’effectuerai une visite aux Etat Unis qui sera suivie par la visite du Premier ministre. Les dates vous seront communiquées.

 

Mme A. KARAYIANNIS : Votre visite aura-t-elle lieu au cours du mois de février ?

 

M. D. DROUTSAS : Il est possible qu’une visite ait bientôt lieu mais la date vous sera communiquée aussitôt que tous les arrangements nécessaires seront faits.

 

Mme A. KARAYIANNIS : Allez-vous répondre à la première partie de ma question ?

 

M. D. DROUTSAS : Certainement. Aucune ombre n’est jetée sur nos relations avec les Etats-Unis ou un autre pays quel qu’il soit car – je le souligne encore une fois – nous avons des positions claires, des positions axées sur le respect du droit international. Par conséquent, cela doit être respecté. Et les bons comptes font les bons amis. Il y a des divergences de vues sur certaines questions relatives à l’approche suivie, toutefois pour entretenir des relations excellentes il ne faut pas nécessairement s’accorder sur toutes les questions. Et nous entretenons d’excellentes relations.

 

Mme A. KARAYIANNIS : La question des visas avec la partie américaine ?

 

M. D. DROUTSAS : Cette question est en train d’être également réglée. Et je pense que nous pourrons bientôt annoncer le règlement officiel de cette question.

 

M. A. TOLIOS : Monsieur le ministre, pour revenir à la question de nos relations avec les Etats-Unis – Mme Clinton a récemment  fait une intervention – et je vous ai déjà parlé du veto, etc. La Grèce a déjà mis un veto à l’adhésion de l’ARYM à l’OTAN. A proprement parler, l’utilisation fréquente du droit de veto n’est pas toujours bonne. En effet, nous brandissons un nouveau veto à l’adhésion de Skopje à l’OTAN, nous brandissons un deuxième veto si l’OTAN avance dans cette direction, cela ne vous concernera pas vous [en tant que ministère des Affaires étrangères], cela concerne éventuellement le ministère de la Défense nationale et le commandement de Larissa si cette question relève de votre compétence ou de celle du ministère de la Défense. N’est-il pas difficile d’avancer dans cette direction avec un veto en main ?

 

M. D. DROUTSAS : Monsieur Tolios, permettez-moi de préciser la chose suivante car j’ai entendu souvent le mot veto. Sans doute ce mot est-il à la mode et qu’utiliser le veto est synonyme de pouvoir. Permettez-moi de clarifier la chose suivante. La Grèce ne va pas hésiter à utiliser son droit de veto lorsque cela sera nécessaire. Il n’y a aucun doute là-dessus. Mais il n’y a pas eu de droit de veto dans ce sens là.

 

Car lorsqu’une décision requiert la majorité on doit se préparer en fonction de cela. On trouve des alliés, des pays partenaires, qui s’accordent avec ta position. Ce qui signifie que la question n’est pas soumise au vote de sorte que la Grèce puisse par elle-même dire pas de veto. Une telle question ne se pose pas. Je le souligne encore une fois pour qu’il n’y ait pas de malentendus. Si le besoin se présente, la Grèce n’hésitera jamais à utiliser son droit de veto.

 

M. A. TOLIOS : Si l’on dit cela, M. le ministre c’est pour ne pas se cacher…

 

M. D. DROUTSAS : Permettez-moi d’ajouter la chose suivante. Vous vous êtes référés à la question de l’adhésion de Skopje à l’OTAN et il pourrait y avoir une difficulté ici. Je rappellerais qu’il y a deux ou trois jours le Secrétaire général de l’OTAN, M. Rasmussen a rencontré les dirigeants de Skopje et dans la conférence de presse commune donnée par M. Gruevski et M. Rasmussen, ce dernier a de nouveau réitéré cette décision de l’OTAN, à savoir que si la question du nom n’est pas préalablement résolue, il n’y aura pas d’adhésion à l’OTAN. Les choses sont donc claires.

 

Les choses sont tout aussi claires à l’Union européenne. La condition préalable à l’ouverture de négociations d’adhésion entre l’Union européenne et Skopje est la résolution préalable [de la question du nom]. Cela ne souffre aucune discussion. Nous voulons nous concentrer sur la question de la résolution du nom. Il y a la proposition grecque qui est claire et la ligne nationale rouge. Nous attendons de Skopje et de M. Gruevski de venir enfin à la table des négociations dans un esprit constructif.

 

Mme A. KARAYIANNIS : Monsieur le ministre avant de vous remercier quand aurons-nous votre adjoint ?

 

M. D. DROUTSAS : Permettez-moi de ne pas faire de commentaires.

 

M. A. TOLIOS : Je vous en prie.

 

Mme A. KARAYIANNIS : Merci beaucoup.

 

M. D. DROUTSAS : Je vous remercie également. Au revoir.




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