Athènes, le 19 juillet 2010
Seul le prononcé fait foi
Points principaux :
M. D. DROUTSAS :
· « La visite de mon cher ami Markos Kyprianou en Grèce coïncide avec un triste anniversaire pour Chypre, pour la Grèce et pour l’hellénisme. Cet anniversaire marque 36 ans depuis l’invasion turque à Chypre qui a conduit à l’occupation d’une grande partie du territoire de la République de Chypre et si, de notre rencontre d’aujourd’hui, on pouvait retenir un message, celui-ci serait le suivant : la situation inacceptable actuelle doit prendre fin, l’armée d’occupation doit se retirer afin que le peuple chypriote puisse vivre en paix, en sécurité et en prospérité ».
· « Au slogan, Question chypriote : faisons un pas en avant, que la Turquie répète sans cesse, nous répondons par des actions et non pas par des discours et le Président Christofias a encore une fois devancé les évolutions et il a soumis une série de propositions visant à raviver le processus, et ce en utilisant un vocabulaire politique et non pas médiatique. Nous saluons ce geste, un geste qui jouit de notre plein soutien ».
· (sur le navire « Piri Reis ») : « Il y a quelques semaines, la Turquie tente de créer une ambiance de tension, d’intensifier la situation en Egée – et je me réfère ici, bien évidemment, à la région de Castellorizo – en ressassant ses positions bien connues qui vont à l’encontre de la légalité internationale telle que celle-ci est visée dans la Convention sur le droit de la mer et en contestant les droits souverains de la Grèce ainsi que de la République de Chypre. Notre réaction est axée sur un plan élaboré avec retenue et détermination. Nous répondons de manière claire tout en sauvegardant – je le souligne – pleinement nos positions légales et politiques et dans un même temps nous déterminons nous-mêmes le rythme et la tension de tous ces incidents. Nous ne permettrons pas à la Grèce de se laisser entraîner dans une situation incontrôlable, ni de se laisser embarquer dans un dialogue en dehors du cadre que nous avons fixé, ce qui est l’objectif évident de la Turquie ».
M. Kyprianou :
· « Demain c’est le 36e anniversaire de l’invasion turque dont les conséquences négatives sont toujours ressenties. A cette occasion, j’aimerais remercier encore une fois le gouvernement grec, le milieu politique et le peuple grec pour son soutien durable apporté à la lutte du peuple chypriote pour la libération et la réunification de notre île ».
· « Les propositions du Président Christofias visent en effet au renforcement substantiel des pourparlers et à l’ouverture des autres chapitres des pourparlers. Je tiens à souligner tout particulièrement la proposition relative à Famagouste, la mise de la région enclavée sous le contrôle des Nations Unies et la mise en opération du port de Famagouste sous l’égide et la gestion de l’Union européenne ».
· « La Turquie doit respecter le droit international et le droit de la mer. Force est de rappeler que la Convention sur le droit de la mer a été ratifié par les 27 Etats membres de l’Union européenne et par la Communauté européenne elle-même et par conséquent, si la Turquie veut réellement avancer dans son parcours vers l’Union européenne, elle doit reconnaître les droits résultant de cette convention et reconnues par cette dernière et de procéder également à sa signature et ratification.
Texte intégral des déclarations
M. D. DROUTSAS : C’est avec un grand plaisir que j’accueille aujourd’hui le ministre des Affaires étrangères de la République de Chypre, mon cher ami Markos Kyprianou. Markos, je te souhaite encore une fois la bienvenue en Grèce.
Sa visite en Grèce coïncide avec un triste anniversaire pour Chypre, pour la Grèce et pour l’hellénisme. Cet anniversaire marque 36 ans depuis l’invasion turque à Chypre qui a conduit à l’occupation d’une grande partie du territoire de la République de Chypre et si, de notre rencontre d’aujourd’hui, on pouvait retenir un message, celui-ci serait le suivant : cette situation inacceptable actuelle doit prendre fin, l’armée d’occupation doit se retirer afin que le peuple chypriote puisse vivre en paix, en sécurité et en prospérité.
Comme vous le savez, la Grèce soutient activement les efforts consentis par le Président Christofias en faveur d’une solution juste, durable et fonctionnelle dans le cadre des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et des principes et valeurs de l’Union européenne, sans calendriers artificiels ni arbitrages. Une solution sur la base d’une Fédération bicommunautaire et bizonale d’égalité politique, ainsi que visé dans les résolutions des Nations Unies, et dotée d’une seule souveraineté, d’une nationalité et d’une personnalité internationale. Une solution sans garanties obsolètes – nous l’avons à plusieurs reprises affirmé– qui ne peuvent aller de pair avec la réalité moderne européenne.
Nous sommes en faveur d’une Chypre unifiée qui sera représentée de la manière appropriée et de façon fonctionnelle au sein de l’Union européenne et qui appliquera pleinement l’acquis communautaire car tel est le présent et l’avenir de Chypre. Je le souligne de nouveau : nous regrettons que la rhétorique employée dernièrement par la partie chypriote turque rappelle celle du passé.
Tout le monde sait que la principale responsabilité appartient à la Turquie et que cette dernière doit faire preuve d’une véritable volonté politique sans chercher à exploiter la situation à des fins médiatiques, mais visant à parvenir à des résultats tangibles et substantiels. Au slogan, Question chypriote : faisons un pas en avant, que la Turquie répète sans cesse, nous répondons par des actions et non pas par des discours, et le Président Christofias a encore une fois devancé les évolutions et il a soumis une série de propositions visant à raviver le processus, et ce en utilisant un vocabulaire politique et non pas médiatique. Nous saluons ce geste, un geste qui jouit de notre plein soutien.
Avec M. Kyprianou nous avons eu aujourd’hui une discussion particulièrement constructive et utile. Tout d’abord nous avons faire le bilan de l’état actuel des choses concernant les pourparlers entre les deux communautés et avons échangé des points de vue sur leurs perspectives. Nous avons également évoqué le parcours d’adhésion de la Turquie vers l’Union européenne. M. Kyprianou nous a informé sur les résultats de sa récente visite au Royaume-Uni et avons également discuté de notre initiative commune, l’initiative commune de la Grèce et de Chypre sur la question de Gaza.
Nos discussions ne se sont pas achevées ici mais elles seront poursuivies mercredi à Larnaka où le Premier ministre, M. Papandréou s’entretiendra avec le Président Christofias car avec Chypre nous avons une coordination soutenue. Force est de répéter que la Grèce est aux côtés de Chypre, aux côtés du peuple chypriote et, ce non pas seulement en théorie mais en pratique aussi.
Encore une fois, Markos, je te souhaite la bienvenue. Vous avez la parole.
M. KYPRIANOU : C’est un grand plaisir pour moi de me trouver aujourd’hui ici. Je voudrais remercier mon cher ami et collègue Dimitris pour cette rencontre qui s’intègre dans le cadre des contacts réguliers que nous avons en vue de discuter bien entendu de la question chypriote, des questions nationales ainsi que d’autres questions ayant trait à Chypre, à la Grèce et à l’Union européenne en général.
Il est vrai que ces jours sont marquants. Demain c’est le 36e anniversaire de l’invasion turque dont les conséquences négatives sont toujours ressenties. A cette occasion, j’aimerais remercier encore une fois le gouvernement grec, le milieu politique et le peuple grec pour son soutien durable apporté à la lutte du peuple chypriote pour la libération et la réunification de notre île. Et, en fait, 36 ans après, cette question ne continuerait pas d’être abordée au sein des enceintes internationales, ne continuerait pas d’être considérée comme un dossier dont le règlement demeure en suspens, sans le soutien et l’aide de la Grèce.
Pour ce qui est de la question chypriote, nous avons à maintes reprises affirmé que notre partie demeure engagée en faveur d’une solution convenue qui prévoira la transformation de la République de Chypre en une Fédération bizonale et bicommunautaire dotée d’une seule nationalité, d’une seule souveraineté, d’une seule personnalité internationale sur la base des résolutions des Nations Unies et des principes, bien entendu, du droit international et européen.
Il est toutefois important de souligner la nécessité de sauvegarder la forme du processus ce qui a été une partie intégrante de la décision en faveur de la réouverture des pourparlers. Autrement dit, un processus direct au cours duquel les deux parties pourront discuter de la solution et parvenir à un accord mais, ce sans calendriers ni arbitrage. Nous l’avons souligné lors de toutes nos rencontres internationales.
On ne peut changer les règles du jeu du moment où ces règles ont été la condition fondamentale à l’ouverture de ces pourparlers.
Nous attendons à ce que la partie turque contribue de manière tangible aux efforts, cesse de rejeter les responsabilités sur les autres et axe toute son attention sur la substance même des propositions constructives formulées lors des pourparlers, en renonçant aux jeux visant à produire des effets médiatiques et aux artifices.
Les propositions du Président Christofias visent en effet au renforcement substantiel des pourparlers et à l’ouverture des autres chapitres des pourparlers. Je tiens à souligner tout particulièrement la proposition relative à Famagouste, la mise de la région enclavée sous le contrôle des Nations Unies et la mise en opération du port de Famagouste sous l’égide et la gestion de l’Union européenne.
Cela sera dans l’intérêt de toutes les parties et donnera également un élan aux pourparlers en créant un bon climat entre les deux parties.
Nous avons bien entendu évoqué des questions internationales. Comme vous le savez, le gouvernement grec et chypriote ont pris une initiative ensemble en faveur de l’augmentation du flux d’aide humanitaire vers Gaza. Cette initiative est également entreprise en coopération étroite avec l’Union européenne. Nous avons discuté de cette initiative et, bien entendu, d’autres questions d’intérêt en ce moment pour l’Union européenne.
Pour ce qui est de la perspective européenne de la Turquie, je tiens à souligner que le gouvernement chypriote tout comme la Grèce soutiennent la possibilité de la pleine adhésion de la Turquie à l’Union européenne à condition bien entendu que celle-ci s’acquitte de toutes les obligations qu’elle a assumées à l’égard de l’Union européenne et, bien entendu, des obligations notamment qui concernent Chypre.
Les obligations auxquelles la Turquie doit se conformer ne peuvent faire l’objet d’un choix sélectif, ni la Turquie peut bénéficier d’un un traitement plus favorable par rapport à tous les autres pays candidats ou aux pays qui ont à ce jour adhéré à l’Union européenne.
Plus tôt la Turquie comprendra que ce n’est qu’en respectant ses obligations que son parcours vers l’Union européenne pourra s’accélérer, plus tôt cet objectif sera atteint.
Bien évidemment, nous poursuivrons notre discussion, comme l’a tout à l’heure affirmé, mon cher ami Dimitris et à mon sens ce serait constructif d’avoir la possibilité de nous entretenir régulièrement en vue justement d’une meilleure coordination et d’une intensification des efforts que nous déployons ensemble.
Permettez-moi de remercier encore une fois Dimitris pour cette rencontre et, bien entendu, les contacts continuent.
JOURNALISTE : Avez-vous discuté de la question du «Piri Reis» qui a de nouveau surgi ces derniers jours. Je m’adresse au ministre des Affaires étrangères de la Grèce: qu’en pensez-vous et quelles seront les prochaines actions que vous entreprendrez à cet égard?
M. D. DROUTSAS : Nous avons bien entendu discuté de cette question. Nous sommes pleinement conscients des objectifs que la Turquie cherche à atteindre, ce qui n’est pas nouveau. Il y a quelques semaines, la Turquie tente de créer une ambiance de tension, d’intensifier la situation en Egée – et je me réfère ici, bien évidemment, à la région de Castellorizo – en ressassant ses positions bien connues qui vont à l’encontre de la légalité internationale ainsi que visé dans la Convention sur le droit de la mer et en contestant les droits souverains de la Grèce ainsi que de la République de Chypre. Notre réaction est axée sur un plan élaboré avec retenue et détermination. Nous répondons de manière claire tout en sauvegardant – je le souligne – pleinement nos positions légales et politiques et dans un même temps nous déterminons nous-mêmes le rythme et la tension de tous ces incidents. Nous ne permettrons pas à la Grèce de se laisser entraîner dans une situation incontrôlable, ni de se laisser embarquer dans un dialogue en dehors du cadre que nous avons fixé, ce qui est l’objectif évident de la Turquie
La Grèce opte pour les contacts exploratoires, tel est le cadre strictement défini qui sauvegarde nos positions et dans lequel la question de la délimitation du plateau continental opposant les deux pays pourra être réellement réglée. Ce n’est qu’autour de cette table que nous discuterons avec la Turquie. Et, en fin de compte, si nous ne parvenons pas à une solution, le recours à la Haye demeure une possibilité à envisager.
Force est de répéter que la Grèce souhaite l’amélioration des relations et le renforcement de la coopération avec la Turquie dans la mesure où cette coopération est dans l’intérêt mutuel et au profit des intérêts de la Grèce. Toutefois, je vous assure que chaque action que nous entreprenons est le résultat d’une mûre réflexion, et ce toujours en fonction de nos intérêts nationaux, de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale de notre pays.
Encore une fois, notre réponse, nos actions sont le résultat d’un plan élaboré avec retenue ainsi qu’avec la détermination nécessaire.
M. KYPRIANOU : Si vous me le permettez, je voudrais faire un bref commentaire sur cette question car de temps à autre la Turquie adopte un comportement provocateur à l’égard de la République de Chypre aussi et elle ne respecte pas nos droits souverains.
Je tiens moi aussi à souligner que la Turquie doit respecter le droit international et le droit de la mer. Force est de signaler que cette convention sur le droit de la mer a été ratifié par les 27 Etats membres de l’Union européenne ainsi que par la Communauté européenne elle-même et par conséquent, si la Turquie veut réellement avancer dans son parcours vers l’Union européenne, elle doit reconnaître les droits résultant de cette convention et reconnus par cette dernière et de procéder également à sa signature et ratification.
Et la République de Chypre défendra ses droits avec les moyens dont elle dispose. Force est de rappeler que ces provocations sont la raison pour laquelle Chypre ne consente pas à l’ouverture du chapitre portant sur l’énergie dans les négociations de la Turquie avec l’Union européenne
Il faut toutefois rappeler les conclusions des Conseils de l’UE, et même celles du dernier Conseil de l’Union européenne tenu à Bruxelles, où de temps à autre un appel est fait à la Turquie en vue que cette dernière adopte une attitude responsable à l’égard de ces questions.
JOURNALISTE : S’agissant des propositions du Président Christofias. Le moment est, bien entendu, précoce. Mais, est-ce que vous avez certains messages à transmettre ? Quelles sont les réactions à ces propositions, s’agissant notamment de la proposition relative à l’organisation d’une conférence internationale avec la participation de la République de Chypre.
M. KYPRIANOU : La première réaction n’a pas été positive et notamment celle portant sur l’ouverture d’autres dossiers des pourparlers. En fait, le comportement de la Turquie est ironique car d’une part elle prétend vouloir parvenir rapidement à une solution et elle affirme que les pourparlers doivent être accélérés et d’autre part lorsque cette proposition est soumise à la table concernant l’ouverture d’une discussion sur toutes les questions demeurées en suspens, elle trouve des prétextes afin que les négociations n’avancent pas.
Pour ce qui est, bien évidemment, des deux autres questions et de la question de Famagouste ainsi que de la question de la conférence internationale sous la forme que nous avons proposée et avec la thématique que nous avons proposée, il n’y a pas eu de réaction immédiate mais, de temps à autre, la Turquie transmet des messages négatifs.
Toutefois, à mon sens, vu la proposition officielle formulée de notre part et en considérant les choses de manière objective, il est du devoir de la Turquie d’adopter une attitude positive à l’égard de ces propositions, et c’est justement sur cette question que nous nous sommes penchés avec mon cher ami Dimitris, une question que nous soulèverons également lors de nos discussions avec nos partenaires à l’Union européenne et avec nos collaborateurs d’autres pays. Car, ils doivent comprendre la logique de ces propositions ainsi que la façon dont ces propositions pourront contribuer au parcours ultérieur de la question chypriote ainsi qu’au parcours européen de la Turquie.