Athènes, le 21 juillet 2010
Seul le prononcé fait foi
Points principaux :
(sur les questions relatives aux navires « Piri Reis » et « Tchesmé ») :
· « Il est de notre devoir de sauvegarder nos positions du point de vue politique et juridique, ce que nous avons immédiatement fait. Nous l’avons également fait par l’intermédiaire des notes verbales et des démarches auprès de la partie turque. Dans ces documents sont présentées les positions légales de la Grèce. Nous avons aussi internationalisé la question, à savoir le ministre adjoint des Affaires étrangères a informé un bon nombre de ses homologues lors de ses contacts en Kazakhstan et en Afghanistan, en vue que ces derniers soient au courant de la situation. Et, dans un même temps, la présence de la police portuaire vient confirmer la souveraineté hellénique dans cette région ».
· « Cela dit, la Turquie dernièrement veut se montrer à l’extérieur comme un pays pacificateur qui est un facteur de stabilisation, une puissance régionale ou plutôt une puissance mondiale, comme l’affirment certains, qui crée autour d’elle un environnement de paix. Ainsi, la Turquie devra maintenant expliquer la raison pour laquelle elle provoque une tension dans notre région, en Méditerranée du Sud-est, et pour quelle raison elle sape le processus qu’elle a elle-même entamé avec la Grèce en vue d’améliorer nos relations et de créer un climat de stabilité dans notre région. C’est à la Turquie qui revient de donner des explications et la Grèce à de bonnes raisons de signaler ce comportement de la Turquie au niveau international ».
(sur le voyage du Premier ministre en Israël et aux territoires palestiniens) :
· « Ce voyage vient confirmer, comme nous l’avons dit, que la Grèce peut et doit jouer un rôle dans sa région élargie. Elle entretient de bonnes relations traditionnelles avec le monde arabe et a une relation de confiance avec Israël. Nous devons valoriser ces relations et jouer le rôle que nous sommes capables de jouer en vue d’instaurer la stabilité dans notre région et renforcer les fondements de notre pays ».
Texte intégral de l’interview :
M. M. POLLATOS : Ces derniers jours la Turquie a fait sentir sa présence en envoyant deux navires de recherches tant dans la région de Castellorizo que dans la région du plateau continental grec et elle a remis en opération un autre navire de recherches dans la région de Samothrace sous le prétexte de vouloir réviser ces cartes marins.
Nous allons discuter de ces questions avec le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, M. Delavekouras. Bonjour, M. Delavekouras.
M. G. DELAVEKOURAS : Bonjour, M. Pollatos et bonjour aussi à vos auditeurs.
M. M. POLLATOS : Comment réagit le gouvernement face à cette « revalorisation qualitative des provocations turques » ?
M. G. DELAVEKOURAS : Permettez-moi tout d’abord de vous présenter l’état actuel des choses. Le navire « Piri Reis » se trouve actuellement dans le golfe d’Antalya. Le navire « Tchesmé », comme vous l’avez tout à l’heure dit, se trouve dans la région de l’Egée du nord et est placé sous la surveillance de la police portuaire grecque.
M. M. POLLATOS : Est-ce que ces actions, ces efforts entrepris par les Turcs pour réaliser des recherches au cours de cette période sont conformes à la volonté déclarée de la manière la plus officielle par l’intermédiaire des Premiers ministres de la Grèce et de la Turquie en faveur du renforcement des relations bilatérales ?
M. G. DELAVEKOURAS : Non, en aucun cas, puisque en ce moment la Turquie crée des conditions susceptibles à conduire à une tension dans notre région. Il ne s’agit pas seulement de ces incidents. D’autres incidents sont également survenus en plein été. Mais nous sommes prêts à faire face à ces situations car nous connaissons les positions de la Turquie et les objectifs qu’elle cherche à atteindre et c’est pourquoi nous prenons toutes les mesures nécessaires.
M. M. POLLATOS : Quels sont les objectifs que la Turquie cherche à atteindre M. Delavekouras ?
M. G. DELAVEKOURAS : Pour ce qui est tout particulièrement de cette question que nous sommes en train de gérer, la Turquie tente de nouveau de soumettre à la table des discussions ses points de vue qui n’ont aucun rapport avec la légalité internationale, autrement dit ses points de vue concernant le plateau continental. Et, dans un même temps, elle cherche à contrôler également les réactions de la partie grecque.
Il va de soi que la Turquie souhaite engager une discussion en dehors du cadre qui a été fixé et délimité, ce qui va à l’encontre de l’intérêt de la Grèce. La Grèce a des arguments solides qui sont axés sur le droit international. Nous avons mis en place un processus à travers les contacts exploratoires, un processus qui constitue la seule voie qui peut conduire au règlement de ce litige et c’est pourquoi nous voulons que les pourparlers soient engagés dans ce cadre et nous ne suivons pas la Turquie.
M. M. POLLATOS : Lundi prochain a eu lieu le 45e tour des contacts exploratoires.
M. G. DELAVEKOURAS : Exactement.
M. M. POLLATOS : Quels sont les résultats ?
M. G. DELAVEKOURAS : Comme vous le savez, je ne peux faire aucun commentaire sur le contenu des contacts exploratoires car ceux-ci se déroulent dans la confidentialité.
M. M. POLLATOS : Oui, vous avez raison.
M. G. DELAVEKOURAS : Toutefois, je voudrais dire que notre devoir est de sauvegarder nos positions du point de vue politique et juridique, ce que nous avons immédiatement fait. Nous l’avons également fait par l’intermédiaire des notes verbales et des démarches auprès de la partie turque. Dans ces documents sont présentées les positions légales de la Grèce. Nous avons aussi internationalisé la question, à savoir le ministre adjoint des Affaires étrangères a informé un bon nombre de ses homologues lors de ses contacts en Kazakhstan et en Afghanistan, en vue que ces derniers soient au courant de la situation. Et, dans un même temps, la présence de la police portuaire vient confirmer la souveraineté hellénique dans cette région.
M. M. POLLATOS : J’imagine que votre réponse ci-dessus s’adresse aussi à une partie de la presse qui taxe le gouvernement grec de « tiédeur » pour ce qui est de sa réaction au niveau diplomatique et politique.
M. G. DELAVEKOURAS : C’est justement à cette question que je voudrais me référer. La Grèce doit conserver sa capacité d’initiative, elle doit elle-même définir le rythme et la tension et elle n’a aucune raison de laisser à la Turquie cette initiative. La Turquie veut justement jouer sur son terrain en fixant elle-même les règles du jeu et les délais qui lui conviennent.
Nous n’avons aucune raison de la suivre de près car nous avons des moyens à notre disposition que nous emploierons en fonction des évolutions mais nous devons faire preuve de retenue et de détermination. Cela veut dire que nous devons peser nos intérêts en faisant preuve de sang-froid, autrement dit, nous entreprendrons des actions lorsque nous jugeons que cela est dans notre intérêt.
M. M. POLLATOS : Est-ce que le rythme de renforcement et d’amélioration des relations gréco-turques est ralenti en raison des gestes de la partie turque ?
M. G. DELAVEKOURAS : Ce comportement n’est pas conforme à la volonté déclarée par le Premier ministre turc lui-même « en faveur de l’amélioration des relations avec la Grèce ».
M. M. POLLATOS : Oui, on peut bien le constater mais…
M. G. DELAVEKOURAS : La Grèce souhaite l’amélioration des relations et c’est dans ce sens que nous œuvrerons. Toutefois, il faut clarifier que cela va se faire dans un cadre précis et en plein respect des droits souverains de la Grèce. C’est seulement dans ce cadre que cette question doit être soulevée. La pleine normalisation des relations avec la Turquie ne passe que par le plein respect des droits souverains de la Grèce et du droit international. C’est dans ce cadre seulement que nous engageons cette discussion.
M. M. POLLATOS : Bon. Une autre question : que prévoit le moratorium d’été ? J’imagine que les survols des avions de combat turcs au-dessus des îles grecques sont interdits ou est-ce qu’ils pratiquent le « plane spotting » ?
M. G. DELAVEKOURAS : Vous avez tout à fait raison. Et c’est justement sur cette question que je voudrais axer votre attention : nous ne sommes guère surpris par ces « indications » car nous avons fait tous nos calculs, nous connaissons les positions turques ainsi que la façon dont la Turquie agit.
Cela dit, la Turquie dernièrement veut se montrer à l’extérieur comme un pays pacificateur qui est un facteur de stabilisation, une puissance régionale ou plutôt une puissance mondiale, comme l’affirment certains, qui crée autour d’elle un environnement de paix. Ainsi, la Turquie devra maintenant expliquer la raison pour laquelle elle provoque une tension dans notre région, en Méditerranée du Sud-est, et pour quelle raison elle sape le processus qu’elle a elle-même entamé avec la Grèce en vue d’améliorer nos relations et de créer un climat de stabilité dans notre région. C’est à la Turquie qui revient de donner des explications et la Grèce à de bonnes raisons de signaler ce comportement de la Turquie au niveau international.
M. M. POLLUATES : D’après vos calculs, est-ce que les actions agressives de la part de la Turquie se poursuivront ? Car vous avez dit que vous aviez fait vos calculs.
M. G. DELAVEKOURAS : Je ne peux sûrement exclure cette éventualité. Mais je répète que ces gestes, ces positions de la Turquie sont d’ores et déjà connus et nous sommes prêts à toute éventualité, nous sommes prêts à réagir conformément aux plans que nous avons élaborés ce que nous sommes en train de faire actuellement et c’est dans ce cadre que nous poursuivrons nos actions.
Toutefois, il faut toujours avoir à l’esprit que, quoi qu’il en soit, nous agissons en fonction de la protection pleine et absolue des positions politiques et légales de la Grèce.
M. M. POLLUATES : Si je ne me trombe pas, vous vous trouvez à l’aéroport. Êtes-vous encore en Afghanistan ou êtes-vous en train de vous déplacer à un autre endroit ?
M. G. DELAVEKOURAS : Nous sommes rentrés à 3 heures du matin et maintenant je me rendrai en Israël où le Premier ministre effectuera un déplacement et par la suite nous nous rendrons aux territoires palestiniens. Le Premier ministre s’entretiendra avec le Premier ministre et le Président d’Israël ainsi qu’avec le Président de l’Autorité palestinienne. Ce voyage vient confirmer, comme nous l’avons dit, que la Grèce peut et doit jouer un rôle dans sa région élargie. Elle entretient de bonnes relations traditionnelles avec le monde arabe et a une relation de confiance avec Israël. Nous devons valoriser ces relations et jouer le rôle que nous sommes capables de jouer en vue d’instaurer la stabilité dans notre région et renforcer les fondements de notre pays.
M. M. POLLUATES : Bon. Nous n’avons plus qu’à juger par les résultats. Nous vous remercions.
M. G. DELAVEKOURAS : Merci à vous.