Athènes, le 20 décembre 2009
Propos recueillis par M. G. Vlavianos
JOURNALISTE : Il semblerait que la Turquie cherche à chaque occasion à soulever des questions relatives à la région de Thrace. A votre opinion, comment devons-nous envisager ces questions ?
M. DROUTSAS : Je le répète encore une fois et je ne me lasserais jamais de le répéter : la Grèce ne discute pas des questions concernant des citoyens grecs avec un gouvernement étranger. Le gouvernement actuel l’a, à plusieurs reprises, affirmé de manière claire. La Turquie, les hauts fonctionnaires turcs et même le Premier ministre turc peuvent dire tout ce qu’ils veulent. Il serait plus sage qu’ici en Grèce on n’écoute davantage ce que le gouvernement grec dit et non pas ce que la Turquie ou les médias de ce pays affirment.
JOURNALISTE : Est-ce que la Grèce doit désormais exercer une politique étrangère qui sera axée sur des objectifs clairs et à long terme et cesser de se tenir seulement sur la défensive ?
M. DROUTSAS : Mais tel est justement notre message. Tel est le cœur de la politique de notre gouvernement. Quand on reste sur la défensive, ce sont les autres qui définissent le contenu, le cadre et les règles du jeu et par conséquent on se trouve en position défavorisée. Désormais, c’est à nous de fixer l’agenda et de donner le cap à suivre. Nous valorisons chaque opportunité, nous créons des opportunités, nous prenons des initiatives et nous développons des plans ambitieux. Nous exerçons une politique étrangère avec confiance. La Grèce doit prendre de l’avance. Il y a des questions en suspens. Des questions qui nécessitent un grand capital diplomatique. C’est pourquoi, nous devons être actifs, intelligents et rapides. Nous vivons dans un voisinage difficile et si nous voulons – et nous le voulons – que la Grèce joue de nouveau un rôle de protagoniste, nous devons passer à l’ « attaque ». La Grèce phobique, complexée et introvertie est reléguée au passé. Nous créons une Grèce qui aura une vision, une voix et un rôle à jouer sur la scène internationale.
JOURNALISTE : Les discussions sur les mesures de confiance sont en cours depuis dix ans. Ces discussions bénéficient-elles à notre pays ou légalisent-elles plutôt les provocations de la Turquie ?
M. DROUTSAS : Quand ce processus a été lancé, il y avait un calendrier clair, des conditions claires et des pressions étaient même exercées sur la Turquie. Il y avait aussi les décisions d’Helsinki selon lesquelles la Turquie devaient montrer des résultats jusqu’en 2004.
Malheureusement, cette échéance a expiré sans que le gouvernement précédent évalue les conséquences. De grandes opportunités, des opportunités historiques ont été perdues. Notre objectif n’était pas de donner l’impression que ces contacts exploratoires « font avancer les choses ». Au contraire, cela a bénéficié à la Turquie car aucune pression n’était exercée sur elle et elle ne se voyait pas obligée de faire des pas en avant. Notre priorité est de donner un nouvel élan à ces contacts. Nous voulons parvenir à des résultats, et ce, en temps utile. A travers des pas attentifs, un travail préparatoire sérieux, un attachement absolu à notre objectif qui est la délimitation du plateau continental en Egée. Si cela n’est pas possible, nous saisirons de cette affaire la Cours de la Haye. La Grèce n’a rien à craindre.
JOURNALISTE : Qu’avons-nous gagné des conclusions du Conseil vu que l’UE n’a pas imposé de sanctions à Ankara ? A votre avis, la question chypriote sera-t-elle réglée d’ici avril ?
M. DROUTSAS : Lors du conseil on a mis certaines choses dans l’ordre. Par les réactions seulement des défenseurs de la Turquie, il est évident que la Grèce et Chypre ont parlé d’une seule voix et ont atteint leurs objectifs. Nous avons sauvegardé nos positions et nos intérêts lesquels sont notés de manière plus explicite dans les conclusions du conseil. La Turquie sera confrontée à ses positions à chaque étape de son parcours d’adhésion.
S’agissant de la question chypriote, la Grèce et Chypre souhaitent une solution immédiate. Une solution juste, durable et fonctionnelle. Une solution à la fois « chypriote et européenne ». Des calendriers artificiels ne peuvent être acceptés. Les négociations n’ont pas progressé comme on l’aurait voulu et cela est clairement dû au manque de volonté politique de la part de la partie chypriote turque et, bien entendu, d’Ankara. Le Président Christofias mène un véritable combat pour parvenir à une solution à la question chypriote et a tout le soutien de la Grèce. La Turquie doit finalement laisser M. Talat faire de même.
JOURNALISTE : S’agissant de la question du nom de Skopje, est-ce que nous avons le dos au mur ?
M. DROUTSAS : Non, en aucun cas. Nous avons des positions claires, la « ligne nationale rouge ». Le fait que nous avons pu parvenir à un consensus avec la grande majorité des forces politiques du pays constitue une réalisation importante. Cela vient renforcer notre confiance et notre force de négociation. Grâce à l’initiative de Georges Papandréou de s’entretenir directement avec le Premier ministre de Skopje, tout le monde a réalisé que la Grèce voulait parvenir à une solution et œuvrait dans ce sens.
Nous l’avons, à maintes reprises, souligné : nous tendons une main d’amitié à Skopje, notamment au peuple du pays voisin. Nous voulons apporter un véritable soutien à son parcours européen. Toutefois, cela présuppose le règlement de la question du nom et nous invitons Skopje à participer aux négociations menées sous l’égide des Nations Unies en adoptant une attitude constructive.
JOURNALISTE : Vous avez affirmé votre volonté en faveur d’un consensus sur des questions relevant de la politique étrangère. Que pensez-vous de l’élection de M. Antonis Samaras à la tête du parti de la Nouvelle Démocratie et de la rhétorique utilisé par le parti L.A.O.S. ?
M. DROUTSAS : Les citoyens nous ont confié le mandat d’apporter des changements radicaux dans la manière dont nous exerçons la politique étrangère. Nous avons d’emblée présenté notre politique. Nous avons donné un nouvel élan à toutes les questions qui nous préoccupent. Pour nous, le consensus sur des questions relevant de la politique étrangère constitue une priorité. Cela est un élément important du succès et de la puissance de notre pays. Le milieu conservateur traverse une période de changements. Ce n’est pas à moi qu’il appartient d’émettre des commentaires sur des questions concernant la gestion de ce parti. J’espère que ces changements n’influencent pas notre diplomatie et nos intérêts nationaux. Sinon, le consensus sera perdu sous la pression des tons élevés et des outrances.