Athènes, le 22 février 2010
JOURNALISTE : Est-ce que le gouvernement grec sera en mesure d’appliquer les mesures d’austérité exigées par l’UE d’ici à mi-mars ? Est-ce que gouvernement est prêt à être soumis à une surveillance plus étroite de la part de l’UE ?
M. D. DROUTSAS : Notre gouvernement travaille d’arrache pied pour lutter contre la crise. Nous avons procédé à la révision de la loi sur la fiscalité en élargissant l’assiette des impôts et en comblant les lacunes qui ont conduit à la fraude fiscale et par conséquent à la perte des milliards d’euros en matière des recettes fiscales chaque année. A travers nos interventions, nous limitons le recours à des paradis fiscaux et aux exemptions appliquées aux gros revenus et nous nous attachons à transférer la plus grande partie des nouvelles obligations fiscales aux riches en soutenant dans un même temps les citoyens qui en ont le plus besoin. Nous avons également pris le contrôle des organismes publics les plus dépensiers en gelant les salaires et en réduisant les allocations. Avec les dispositifs de surveillance de l’UE, le premier rapport sur les progrès réalisés sera soumis mi-mars mais je pense que les résultats positifs des mesures qui ont été prises porteront leurs fruits plus tôt. Notre intention est de poursuivre notre coopération étroite avec les institutions de l’UE.
JOURNALISTE : Allez-vous procéder à des réductions des dépenses dites « délicates » du budget comme les dépenses de défense et de santé ?
M. D. DROUTSAS : Nous allons réduire les dépenses dans ces secteurs également tout comme dans les autres. Notamment dans le secteur de la santé nous constatons qu’il offre de grandes possibilités de réductions ultérieures. Notre objectif est de rendre le système plus transparent. Force est de signaler que notre gouvernement est au pouvoir depuis un peu plus de 100 jours. Nous voulons procéder à des réductions immédiates et précises des dépenses publiques tout en augmentant les recettes du budget de l’Etat et dans un même temps nous voulons allier mesures et changements structurels à long terme, ce qui nous permettra de mettre de l’ordre aux affaires de notre pays. A titre d’exemple : actuellement nous disposons en Grèce d’un système gouvernemental à cinq niveaux ce qui signifie que le personnel est plus nombreux – ce que je n’hésiterai pas à évoquer – et cela conduit à son tour à davantage d’opportunités de corruption. Nous avons élaboré un projet de loi qui sera bientôt soumis au parlement et qui prévoit un système gouvernemental à trois niveaux ce qui permettra de réduire de nombreuses dépenses et dans un même temps de réduire les possibilités et les opportunités de corruption.
JOURNALISTE : Voulez-vous vraiment réduire la taille du secteur public et mettre les gens à la rue ?
M. D. DROUTSAS : Nous ne parlons pas de licencier. Nous parlons de limiter les embauches, autrement dit à 5 départs en retraites, correspondra une embauche. Ce qui nous fait une proportion de 1 / 5.
JOURNALISTE : Comment envisagez-vous de parvenir à une paix sociale en une période où des réductions drastiques des dépenses publiques devront être faites ? Dans quelle mesure les Grecs sont-ils prêts à accepter ces réductions ?
M. D. DROUTSAS : Le peuple grec reconnaît que la situation doit changer de manière radicale. Le parcours suivi au cours des 5 dernières années avec le gouvernement précédent (à savoir, le gouvernement de centre-droit de la Nouvelle démocratie qui est actuellement le parti d’opposition en Grèce) a mené à cette impasse et maintenant nous devons procéder à des réformes immédiates et drastiques pour corriger les erreurs du passé. Hormis les mesures citées-ci-dessus, en remplaçant cinq fonctionnaires partis en retraite par un fonctionnaire nouvellement nommé, nous adaptons l’âge de la retraite à des niveaux qui correspondent mieux aux données européennes et à l’espérance de vie qui est en hausse. Et, en dépit du fait que ces mesures nécessitent des sacrifices de la part de tous, notre côte de popularité est toujours en hausse et nous avons le soutien de la majorité du peuple grec (d’après les sondages, les 2 tiers des Grecs soutiennent les mesures d’austérité).
JOURNALISTE : Le tourisme constitue une partie importante de l’économie grecque. A quoi s’attendront les touristes tchèques pour ce qui est des mesures contre la crise économique. Est-ce que l’Etat mettra en place des programmes pour soutenir le tourisme ?
M. D. DROUTSAS : Le tourisme représente une part très importante du PIB et joue évidemment un rôle très important pour sortir de la crise actuelle. Par conséquent, le touriste tchèque pourra profiter de nos produits touristiques de haute qualité et respectueux de l’environnement. Il pourra visiter les nombreux monuments historiques ainsi que les parcs nationaux. Il restera dans des hôtels de luxe en profitant des prix compétitifs. La tendance à des prix plus compétitifs de l’année dernière sera conservée cette année aussi avec des prix encore plus compétitifs. La Grèce est un beaux pays et les Grecs sont prêts à offrir à leurs amis tchèques un accueil chaleureux.
JOURNALISTE : La Grèce est confrontée actuellement à une situation très fragile en raison de la crise économique internationale. Dans quelle mesure cela influence les objectifs traditionnels de sa politique étrangère ? Par exemple, êtes-vous prêts à faire des concessions pour ce qui est du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine ?
M. D. DROUTSAS : La politique étrangère grecque est axée sur des positions fermes soutenues par la plupart des forces politiques. L’objectif du nouveau gouvernement est d’atteindre les objectifs traditionnels de la politique étrangère de la Grèce à travers l’application d’une approche axée sur des initiatives au niveau de nos relations internationales. L’Agenda 2014 constitue une initiative de ce genre qui a été mise en place pour donner un nouvel élan à la perspective européenne de tous nos voisins dans les Balkans occidentaux, y compris l’Ancienne République yougoslave de Macédoine de sorte que nous accueillions nos voisins des Balkans au sein de la famille européenne en 2014. S’agissant de la question du nom, nous avons fait la moitié du chemin en vue de rencontrer l’Ancienne République yougoslave de Macédoine et nous attendons des dirigeants de Skopje d’adopter une attitude similaire et de faire preuve du même esprit constructif dont nous avons fait preuve à la table de négociations de l’ONU. Nous avons affirmé notre volonté de parvenir à une solution mutuellement acceptable qui sera considérée comme une victoire par les deux parties. Une appellation avec détermination géographique pour tous les usages. Il appartient à Skopje maintenant de faire preuve de la même volonté en vue de régler cette question.
JOURNALISTE : Etes-vous capables, dans le cadre de la situation actuelle, de recueillir le soutien des membres de l’UE pour ce qui est de vos objectifs relatifs à la question chypriote et à la Turquie ? Pensez-vous qu’il y aura du progrès concernant cette question ?
M. D. DROUTSAS : La politique étrangère grecque est notamment axée sur le respect du droit international. Dans ce cadre, le soutien des partenaires européens est acquis. Nous soutenons les négociations en cours entre le Président de la République de Chypre, M. Christofias et le dirigeant Chypriote turc, M. Talat. Et nous espérons qu’il y aura du progrès. Il faut permettre aux deux communautés de parvenir à une solution commune, une solution chypriote, sans calendriers artificiels et pressions extérieures. Car une solution imposée n’est pas une véritable solution. Il s’agit d’une solution vouée à l’échec. La Turquie aura un rôle-clé dans cette question. Elle doit laisser les deux parties négocier librement. La Grèce a déclaré et montré qu’elle soutenait clairement la perspective d’adhésion de la Turquie à l’UE. Mais la barre ne peut être rabaissée pour un pays candidat à l’adhésion. Ainsi, la Turquie devra s’acquitter de ses obligations à l’UE si elle souhaite promouvoir son parcours d’adhésion. En d’autres termes, l’avenir européen de la Turquie est entre ses mains.