Athènes, le 24 mai
2011
JOURNALISTE : Monsieur le Ministre, sur quels dossiers porteront vos discussions avec votre homologue italien ?
D. DROUTSAS : La Grèce et l’Italie ont des intérêts vitaux et convergents en Méditerranée. Il suffit de considérer les incidences de la grande révolution en Afrique du nord ainsi que les évolutions dans les Balkans. Nos économies doivent être davantage renforcées, notamment dans le domaine de l’énergie.
JOURNALISTE : L’Europe demeure partagée quant à sa politique étrangère. Dans quelle mesure cela influe sur les relations avec les autres grandes puissances mondiales ?
D. DROUTSAS : Le Traité de Lisbonne a marqué une étape importante vers la représentation commune de l’UE à travers le monde. Mais cela n’a été que le début. Catherine Ashton accomplit un travail excellent et les résultats sont visibles. Ce qui manque est l’âme d’une Europe unie : une vraie communauté d’intérêts. Ce n’est qu’ainsi que l’UE exercera son influence sur les équilibres géopolitiques mondiales.
JOURNALISTE : Abordons la question de la Libye. Quel a été le rôle de la Grèce pendant la crise ?
D. DROUTSAS : La Grèce a contribué de manière substantielle à la lutte contre la crise. Elle a mis à disposition ses bases militaires afin que les opérations de l’OTAN puissent être menées, elle a offert une aide humanitaire et continue d’œuvrer une faveur d’une solution politique et pas seulement militaire. La Grèce a joué un rôle important lors de l’ « exode » des réfugiés et des immigrants. Plus de 20 000 personnes ont été accueillies à Crète pendant la crise.
JOURNALISTE : Est-ce que les flux migratoires augmenteront dans les mois à venir ?
D. DROUTSAS: Il paraît que certains partenaires européens pensent que l’Italie et la Grèce servent de barrière contre les flux migratoires. Toutefois, le manque d’une politique commune européenne en matière d’immigration souligne les faiblesses de l’UE. Je pense qu’il est temps d’adopter des décisions collectives.
JOURNALISTE : La Grèce, l’Italie et l’Espagne risquent de manquer le train de l’Europe dont le conducteur est encore une fois l’Allemagne. Quelle devrait-être leur réaction ?
D. DROUTSAS : La dimension européenne du problème doit être mise en avant. La crise n’est pas un problème exclusif des pays de la Méditerranée. Il serait une erreur grave en cette conjoncture de se retrancher derrière les intérêts nationaux, ce qui, par ailleurs, n’est pas conforme aux principes et valeurs fondamentaux de la vision européenne.
JOURNALISTE : La Grèce traverse de nouveau l’une des plus difficiles périodes dans son histoire récente. De quelle façon envisage le gouvernement de surmonter ces difficultés ?
D. DROUTSAS : Nous poursuivons nos efforts considérables pour sortir de la crise. Nous sommes parvenus aux premiers résultats importants en l’espace d’un an et demi et ce au prix d’énormes sacrifices. Il serait une erreur de le sous-estimer. La Grèce a actuellement besoin de la certitude qu’elle ne parcourra pas seule ce chemin difficile.
JOURNALISTE : Est-ce que l’arrestation et la démission de Dominique Strauss-Khan de ses fonctions au sein du FMI influenceront-ils le plan de sauvetage de la Grèce ?
D. DROUTSAS : Notre coopération avec le FMI est institutionnelle et n’est pas déterminée par les personnes mais par des choix politiques. La clé de la réussite est l’application soutenue de notre programme. C’est justement cela que nous faisons et nous sommes convaincus que notre réussite sera une victoire de l’Europe aussi contre ceux qui investissent dans l’échec de la zone euro et de l’euro.
JOURNALISTE : Toutefois, la situation demeure critique. Est-ce que le programme de privatisations à hauteur de 50 milliards d’euros et les réformes budgétaires et structurelles suffisent pour réduire la dette ?
D. DROUTSAS : La valorisation des biens de l’Etat constitue l’une des principales composantes de notre programme car elle contribue de manière décisive à la réduction de la dette publique. Nous effectuons un travail de préparation avec une attention suivie. Je peux assurer les investisseurs étrangers que tous ceux qui investiront dans notre pays, ils seront à la fin gagnants. Après la crise, la Grèce sera un partenaire compétitif doté d’une économie dynamique.