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Athènes, le 24 janvier 2011

 

  

M. DROUTSAS Madame la présidente, Mesdames et Messieurs les députés, dans cette salle beaucoup de choses ont été dites sur les choix du gouvernement en politique étrangère. Nous avons pu entendre des arguments, sur le ton de la critique certes - tout cela étant bien légitime, mais aussi de nombreux slogans. Nous avons pu entendre des stéréotypes, des clichés, répétés quasiment par reflexe, chaque fois que le gouvernement du pays s’ouvre davantage vers l'extérieur, chaque fois qu'il entreprend des actions dans un sens que personne n'aurait pu imaginer ou oser, chaque fois qu'il doit lutter contre les idées reçues.

 

Et bien, il faudra vous y habituer. Nous sommes ici pour entreprendre des initiatives, faire sortir le pays de l’impasse dans laquelle il se trouve. Nous avons bien vu où nous ont menés l'inaction et le conservatisme. C’est pourquoi on aurait pu s'attendre à plus de modération, du moins de la part de ceux qui ont conduit le pays dans la situation dans laquelle il se trouvait au moment où nous avons assumé nos fonctions, à savoir au bord de la faillite et en position de faiblesse sur la scène internationale.

 

Je ne voudrais pas hausser le ton, ni accuser qui que ce soit sur le passé, mais il est bon de rappeler les choses, qui plus est lorsque nous suivons les efforts déployés pour effacer les lourdes responsabilités de choix erronés et d'omissions.

 

Permettez-moi de dire deux mots sur le ministère des Affaires étrangères et les personnes qui y sont affectées, car j'ai pu entendre certaines choses et je ressens le besoin d’y répondre.

 

Le ministère des Affaires étrangères n’a bien entendu pas dérogé à la règle, celle du grand effort national visant à réduire les dépenses publiques et je pense que les résultats jusqu’à présent sont assez satisfaisants. Et j’éprouve le besoin de dire devant le Parlement que ce sont les cadres du ministère des Affaires étrangères qui ont personnellement supporté le fardeau leur correspondant – voire plus – et continuent d’offrir leurs services à la patrie avec dévouement et un sens du devoir national. Que nous tous dans cette salle convenons au moins du fait que ces personnes exécutent leur mission sans agir par intérêt personnel.

 

Je voudrais m’adresser à M. Samaras, qui n’est pas dans cette salle en ce moment, pour lui dire que vous parlez aujourd'hui des choix du gouvernement et de ses capacités de négociation dans le domaine économique. Mais n'est-ce pas vous qui êtes responsables des choix limités de notre pays ? N’est-ce pas vous qui êtes responsable du fait que le pays se trouve en position de faiblesse ? Et vous nous faites porter le fardeau. Vous nous faites beaucoup la publicité de l’autocritique au sein de la Nouvelle Démocratie, mais permettez-moi de vous dire M. Samaras que vous avez encore du chemin à parcourir en matière d’autocritique et le peuple grec le sait bien. 

 

A Erzeroum – comme vous l’avez dit à plusieurs reprises aujourd'hui - le Premier ministre grec a dit l'évidence, oui. Vous avez raison. Mais c’était aussi évident dans le passé. A l’époque où M. Karamanlis avait effectué une visite en Turquie en sa qualité de Premier ministre ou encore M. Molyviatis, en tant que ministre des Affaires étrangères. A cette époque personne n’a osé dire l'évidence.

 

Quels sont donc vos véritables « crédo » M. Samaras – et je m’adresse de nouveau à vous. Ceux de 1992 ? Ceux du gouvernement Karamanlis ou ceux que vous nous présentez aujourd’hui ? Si vous n’étiez pas d’accord à l’époque, pourquoi n’avez-vous pas réagi ? Pourquoi n’avez-vous pas élevé la voix ? Vous étiez ministre du gouvernement. Vous auriez du dire ce que vous pensiez. Où étiez vous donc lorsque M. Karamanlis – et je répondrais à certaines choses qui ont été dites aujourd’hui – a annoncé sur CNN qu’il n’userait pas de son droit de veto contre la Turquie, gaspillant alors le plus grand chapitre diplomatique jamais créé par la diplomatie grecque ? Une vraie occasion historique pour la Grèce et je n'exagère pas.

 

Et puisque l’on parle de veto, permettez-moi de lancer un appel à vous tous de ne pas utiliser ce terme pour ce qui est de la question du nom. Aussi patriotique que cela puisse paraître, utiliser ce terme nuit aux intérêts nationaux pour ce qui est de l’affaire de Skopje devant la Cour internationale de la Haye. Vous devriez le savoir en tant que ministre du gouvernement précédent, M. Samaras, et je lance un appel, de ne pas tout sacrifier sur l’autel des « impressions faciles » et de la politique des partis au détriment des intérêts réels du pays.

 

Et puisque l’on parle de Skopje, où étiez-vous, M. Samaras, lorsque les Etats-Unis ont reconnus l’ARYM sous son dit nom constitutionnel ? Et puisque M. Samaras vous vous êtes référé à la réciprocité entre le Patriarcat œcuménique et la minorité musulmane, où étiez-vous lorsque M. Erdogan se référait à cette question lors de sa conférence de presse conjointe avec le Premier ministre de l’époque, M. Karamanlis, en visite officielle en Turquie et que M. Karamanlis n'a pas répondu à la question ? Je sais que l’on ne peut pas changer les idées, les positions exprimées par l’autre partie, mais on doit au moins répondre à de telles choses.

 

Enfin, M. Samaras, puisque dans votre discours vous vous êtes longuement référé au plan Annan, quelle était la position de la Nouvelle Démocratie concernant le Plan Annan ? Clarifions enfin tout cela car beaucoup de choses ont été dites aujourd'hui dans cette salle. Et si je vous pose la question c'est parce que – du moins personnellement – vous m’avez réussi à semer la confusion dans mon esprit.

 

 

Il y a peu vous avez parlé d’un « non » très fier de la Nouvelle Démocratie. Permettez-moi de lire la déclaration du Premier ministre de l’époque, M. Karamanlis, un extrait, le plus significatif : « L’état des choses particulier implique de ne pas laisser les injustices nous empêcher de regarder sur le long terme. Ce qui importe aujourd’hui, ce que nous devons faire, c’est de voir avez sang-froid comment nous pourrons valoriser les points positifs du plan Annan dans le cadre de la dynamique européenne. Personnellement je crois profondément en la puissance de la réalité européenne, en sa capacité à résoudre les difficultés, quelles qu'elles soient. C'est pourquoi je pense que dans le cadre de la perspective européenne, les points positifs peuvent  prévaloir sur les points négatifs ».

 

Pour moi, en tout cas, cela sonne comme un « oui », un « oui » très clair ou bien s'agit-il d'un dialecte, d'une langue que seule la Nouvelle Démocratie comprend ? Expliquez-moi M. Samaras où était votre voix à l’époque concernant cette question ? Car il est bien facile de dire des grandes paroles lorsque l’on est à l'opposition. Personnellement, M. Samaras, l'occasion vous a personnellement été donnée à deux reprises de traduire en actions ce que vous pensez réellement. Et nous savons tous quelle a été votre attitude et quels ont été les résultats.

 

Les objectifs stratégiques de la politique étrangère grecque, Mesdames et Messieurs sont immuables. C’est pour ces mêmes objectifs que nous nous battons, c’est pour ces mêmes objectifs que nous devons tous lutter. Oui, aujourd’hui, nous exerçons une politique étrangère dynamique, nous entreprenons plus d'actions et sommes plus courageux que le gouvernement précédent. Mais les objectifs demeurent les mêmes.

 

Nous sommes réellement en faveur du consensus, nous œuvrons et œuvrerons dans ce sens. Nous suivons le principe selon lequel les questions nationales ne doivent pas devenir le moteur des batailles politiques entre partis. Nous vous voulons à nos côtés. La Grèce a besoin de nous tous, unis. Nous vous voulons à nos côtés, non pas avec des cris, mais avec des arguments. Celui qui joue un jeu politique en se servant des questions nationales met en péril les intérêts cruciaux du pays. Et nous nous y opposerons avec force. Que chacun assume donc ses responsabilités.

 

Merci beaucoup.




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