M. D. DROUTSAS: C’est un grand plaisir pour moi de vous revoir.
J’aimerais dire quelques mots sur ma visite d’aujourd’hui à Bruxelles à l’occasion de la réunion du Conseil de l’Atlantique nord.
Le premier et principal objectif de ma visite a été, bien entendu, la communication d’informations de la présidence de l’OSCE à l’OTAN. Comme vous le savez, la Grèce exerce actuellement la présidence de l’OSCE et en vue de la grande réunion du Conseil ministériel début décembre (les 1 et 2 décembre à Athènes), s’est tenue une réunion avec l’OTAN, dans le cadre de laquelle la présidence hellénique a communiqué des informations concernant les discussions qui seront engagées lors du Conseil ministériel d’Athènes.
Force est de signaler que la réunion du Conseil ministériel de l’OSCE sera la plus grande manifestation organisée par la Grèce après les Jeux Olympiques de 2004. A la réunion assisteront plus de 50 ministres des Affaires étrangères et il y aura plus de 1.200 participants venant de tous les Etats membres de l’OSCE ainsi que des centaines de correspondants des médias étrangers.
Il s’agit d’une manifestation très importante pour Athènes et la Grèce.
J’aimerais rappeler les questions qui seront abordées.
La principale question abordée portera sur la sécurité en Europe. C’est, à mon sens, le plus important débat engagé ces dernières années sur la question aussi importante qu’est la sécurité en Europe. A ce stade, permettez-moi de rappeler l’œuvre accomplie jusqu’à présent par la Grèce en tant que présidente de l’OSCE.
Je me réfère tout particulièrement au « processus de Corfou » qui a été lancé lors de la réunion informelle du conseil ministériel à Corfou cet été. Je pense que les observations et les réactions sont jusqu’à présent particulièrement positives. En décembre lors du Conseil ministériel notre objectif sera de jeter des bases solides pour la poursuite d’un dialogue structuré sur la sécurité en Europe.
Pour donner la suite appropriée au processus de Corfou. Je pense que cet exploit, vu l’objet particulièrement important des discussions portant sur la sécurité de l’Europe, a été associé au nom de la Grèce. Je pense que la Grèce, même après la fin de la Présidence, avec la poursuite du processus de Corfou, continuera de faire entendre sa voix.
À l’occasion de ma participation au Conseil de l’Atlantique nord, j’ai également eu une rencontre bilatérale avec le Secrétaire général de l’OTAN, M. Rasmussen. J’ai eu l’opportunité de présenter au Secrétaire général de l’OTAN les réflexions du nouveau gouvernement grec en matière de politique étrangère. En outre, j’ai décliné les priorités du gouvernement grec dans ce domaine.
Permettez-moi de vous présenter très brièvement les questions abordées. Nous avons évoqué les évolutions dans les Balkans. Comme vous le savez, les Balkans, notre voisinage, constituent une priorité absolue pour le gouvernement et pour la Grèce. J’ai eu également l’occasion de présenter au Secrétaire général la proposition de la Grèce, l’Agenda 2014, à savoir la perspective claire que la Grèce souhaite donner aux pays des Balkans occidentaux pour ce qui est de leur parcours d’adhésion à l’Union européenne. S’agissant de cette question, j’ai eu l’opportunité de souligner que pour la Grèce l’avenir de cette région était au sein de l’Europe, au sein de l’Europe unie, au sein de l’UE et que la Grèce devrait jouer – ce qu’elle fera d’ailleurs – un rôle de protagoniste dans la promotion de cette politique.
Nous avons également évoqué avec M. Rasmussen les conclusions de ma récente tournée dans les pays des Balkans occidentaux. Nous avons échangé des vues et M. Rasmussen m’a informé de son intention de visiter lui aussi dans les jours à venir certains pays des Balkans occidentaux.
Un autre dossier évoqué était la question du nom de l’ARYM. S’agissant de cette question, la position de l’Alliance, de l’OTAN – et cela a été souligné au cours des discussions – est la position connue de tous et celle adoptée par l’Alliance lors de la récente réunion au sommet de Bucarest.
Nous avons, bien entendu, abordé avec M. Rasmussen la question de la Turquie. S’agissant de cette question, j’ai eu l’occasion de présenter nos réflexions et les initiatives entreprises par le gouvernement grec. Notamment la rencontre récente du Premier ministre grec, M. Papandréou avec son homologue turc, M. Erdogan. Nous avons eu l’opportunité d’aborder l’objet des discussions, des négociations actuellement en cours à Chypre en vue de parvenir à une solution. J’ai eu de nouveau l’occasion de réitérer la position claire de la Grèce. Notre soutien à une solution dans le cadre des résolutions de l’ONU, et ce, en plein respect des traités, des principes et des valeurs de l’Union européenne, et bien entendu, de l’acquis communautaire. J’ai de nouveau souligné que la solution devait être une solution européenne, ce qui signifie que l’acquis communautaire doit être pleinement respecté, mais aussi une solution chypriote, à savoir que nous devons laisser les Chypriotes grecs et turcs libres de négocier leur avenir commun en tant qu’Etat membre de l’UE, sans calendriers artificiels, sans pressions extérieures ou encore menaces qu’utilisent certains en disant qu’il n’y aura pas d’autre occasion pour parvenir à un règlement de la question chypriote.
En ce qui concerne la Turquie, nos relations avec la Turquie, j'ai bien entendu transmis au Secrétaire général notre préoccupation concernant l'attitude de la Turquie en Egée, qui, comme je l'ai souligné, a indéniablement un impact sur le fonctionnement de l’Alliance de l’OTAN. Les pratiques de violation des forces armées turques ne sont pas compatibles avec les relations de deux alliés à l’OTAN et partenaires potentiels futurs à l’UE. J’ai eu l’occasion d’informer en détail M. Rasmussen des problèmes et des dangers que comporte cette situation et je lui ai expliqué que pour nous il était impossible que l’Alliance suive ces événements les bras croisés. Car de cette façon je pense qu’elle envoie des messages faux.
Enfin, nous avons abordé une autre question, à savoir les relations UE – OTAN. A cet égard, j’ai eu de nouveau l’occasion de rappeler à M. Rasmussen les propositions soumises récemment par la Grèce à ce sujet, les solutions pratiques que propose la Grèce pour améliorer les relations entre l'UE et l'OTAN ou encore pour une meilleure application des règles convenues.
Je suis maintenant disponible pour la séance de questions.
JOURNALISTE : Pour ce qui est de la préoccupation dont vous avez fait part au Secrétaire général concernant l’attitude provocatrice de la Turquie en Mer Egée, que vous a-t-il répondu ?
M. D. DROUTSAS : Je pense que pour nous il importe avant tout, lors d’une telle réunion, de transmettre nos préoccupations et d'analyser nos positions et notre approche, ainsi que les priorités de notre politique étrangère. Bien entendu, nous attendons de l'OTAN qu’elle réponde aux sensibilités que nous avons exprimées dans ce contexte et je pense que nous trouverons un écho positif.
JOURNALISTE : Y a-t-il du nouveau concernant la question du nom dans le cadre de la rencontre du Premier ministre et de M. Gruevski à Prespès ? Y a-t-il du nouveau concernant la réponse écrite à la lettre de M. Erdogan ?
M. D. DROUTSAS : Ce sont deux sujets de prédilection à ce que je vois. Je répèterais seulement, un jour après la discussion que nous avons eue également dans le cadre du Comité Affaires étrangères au Parlement, que la lettre du Premier ministre grec à M. Erdogan est en préparation et qu’elle sera remise très rapidement à la partie turque.
En ce qui concerne la rencontre de Prespès, je dirais à nouveau qu’il s'agit d'une initiative du Premier ministre grec s'inscrivant dans la lignée d'une initiative prise par la Grèce il y a 10 ans sur la coopération environnementale dans la région de Prespès entre trois pays, la Grèce, l’Albanie et l’ARYM. Comme vous le savez, les questions environnementales sont au cœur de la politique du nouveau gouvernement et de la vision du Premier ministre en vue du Sommet de Copenhague sur le changement climatique. Cette initiative a toute son importance. Je réitèrerais ce que j’ai dit hier depuis la tribune du Comité du Parlement que lors d’une rencontre entre les Premiers ministres de la Grèce et de Skopje il est évident qu’une discussion soit engagée autour de la question du nom. Mais permettez-moi, pour ne laisser aucun malentendu à ce sujet, de souligner encore une fois que le seul processus valable et les négociations menées en vue de la résolution de la question du nom de l'ARYM se déroulent dans le cadre de l’ONU. Nous pensons que les contacts entre les deux pays et au niveau des deux premiers ministres ne sont pas nuisibles, au contraire ils peuvent contribuer à la résolution de cette question et au processus se déroulant sous l’égide de l’ONU. J'espère que cette initiative du Premier ministre grec trouvera un écho positif de l'autre côté et que les dirigeants politiques de Skopje iront à la table des négociations animés d'un esprit désormais constructif en vue de parvenir à un règlement de la question du nom de l'ARYM.
JOURNALISTE : Vous attendez-vous à ce que cette rencontre ait un résultat tangible ?
M. D. DROUTSAS : Comme je vous l’ai dit, ce genre de rencontres ne peuvent que contribuer à l’ensemble de ce processus et le forum approprié des négociations est l’ONU.
Je vous remercie beaucoup.