Points principaux:
• « La situation actuelle des relations gréco-turques a changé dans le sens souhaitable. Ce changement ne porte pas seulement sur l’ambiance instaurée au niveau des relations bilatérales mais aussi sur le fond même de celles-ci dans des domaines importants précis. Toutefois, il s’agit notamment d’un changement que nous-mêmes avons recherché, préparé et apporté. Un changement qui n’est pas dû à un événement fortuit, comme le séisme qui a frappé la Grèce et la Turquie en 1999 et qui a donné naissance à ladite « diplomatie des séismes ». Par contre, il s’agit d’un changement qui a été le fruit des décisions stratégiques et des actions entreprises prudemment et suivant un plan précis. Un changement issu d’une perception stratégique précise qu’a le gouvernement de la Grèce et de sa place dans le monde. Un changement qui ne va pas à l’encontre du cadre de principes que j’ai tout à l’heure décrit lors de notre discussion précédente. Et, c’est pour cette raison justement que le changement au niveau de nos relations bilatérales avec la Turquie est sous notre plein contrôle ».
• « Nous devons adopter un langage franc et décider, soit d’être assujettis au destin conflictuel forgé par notre histoire, soit de suivre l’exemple d’autres pays dans notre voisinage européen et d’établir une relation axée sur la confiance. Je pense que la deuxième solution est dans notre intérêt. Les chefs politiques turcs partagent aussi cet avis, et ce, dans un esprit de sincérité. Apparemment, les deux parties, au niveau le plus élevé, font preuve de la même volonté politique ».
• « En faisant le bilan de la visite de M. Erdogan à Athènes, je pourrais la qualifier d’importante. En jugeant par les objectifs fixés, je pourrais affirmer qu’elle a été couronnée de succès. C’est le début d’un nouvel effort et d’un nouveau processus. Un nouvel effort de rapprochement qui ne sera finalement jugé que par son résultat ».
• « Et les positions grecques ont été présentées de manière claire et ouverte tout au long des consultations qu’a eues le Premier ministre grec. Il s’agit des positions datant depuis très longtemps, des positions axées sur des principes, tels que le respect de l’intégrité territoriale de la Grèce, de nos droits souverains et du droit international ».
• « Nous ne nous attendons pas à des évolutions spectaculaires dans ce domaine car notre objectif n’a pas été celui-ci. Quoi qu’il en soit, cette visite devrait marquer une nouvelle étape qui donnera lieu à une autre approche de la part de la Turquie ce qui nous aidera à faire face aux questions plus difficiles ».
Texte intégral de l’intervention :
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les députés,
La dernière séance d’information du Comité permanent « Défense nationale et Relations étrangères » s'était tenue le 14 avril.
Quelques jours auparavant, j’avais effectué ma visite à Ankara.
Lors de la séance d’information du Comité et de la discussion qui a suivie, j’ai eu l’occasion de me référer au cadre de principes en vertu duquel le gouvernement souhaite développer davantage les relations gréco-turques.
Environ un mois et demi après cette séance d’informations, la situation des relations gréco-turques a changé dans le sens souhaitable.
Ce changement, comme j’aurais l’occasion de vous l’expliquer un peu plus tard, ne porte pas seulement sur l’ambiance instaurée au niveau des relations bilatérales mais aussi sur le fond même de celles-ci dans des domaines importants précis.
Toutefois, il s’agit notamment d’un changement que nous-mêmes avons recherché, préparé et apporté.
Un changement qui n’est pas dû à un événement fortuit, comme le séisme qui a frappé la Grèce et la Turquie en 1999 et qui a donné naissance à ladite « diplomatie des séismes ».
Par contre, il s’agit d’un changement qui a été le fruit des décisions stratégiques et des actions entreprises prudemment et suivant un plan précis.
Un changement issu d’une perception stratégique précise qu’a le gouvernement de la Grèce et de sa place dans le monde.
Un changement qui ne va pas à l’encontre du cadre de principes que j’ai tout à l’heure décrit lors de notre discussion précédente.
Et, c’est pour cette raison justement que le changement au niveau de nos relations bilatérales avec la Turquie est sous notre plein contrôle.
La conjoncture historique joue un rôle décisif dans les relations internationales.
La Grèce traverse la crise économique la plus importante de son histoire récente, tandis qu'en Turquie le processus des réformes et la démocratisation de l'Etat entre dans sa phase la plus cruciale.
L’enjeu des évolutions internes dans chaque pays est grand.
Les grands mots, les mots d’ordre, les mythes et les vérités du passé ne peuvent et ne suffisent plus à définir notre relation.
Les deux parties doivent adopter un langage franc.
La confiance nous fait défaut.
L’administration, l’opinion commune et la presse sont sceptiques dans les deux pays.
La carte de la menace peut facilement être jouée par les deux parties, parfois de manière fondée, parfois moins.
Nous devons adopter un langage franc et décider, soit d’être assujettis au destin conflictuel forgé par notre histoire, soit de suivre l’exemple d’autres pays dans notre voisinage européen et d’établir une relation axée sur la confiance.
Je pense que la deuxième solution est dans notre intérêt. Les chefs politiques turcs partagent aussi cet avis, et ce, dans un esprit de sincérité. Apparemment, les deux parties, au niveau le plus élevé, font preuve de la même volonté politique
Mais cela ne suffit pas.
Les relations internationales, qui plus est les relations Grèce – Turquie, compte tenu de leur poids historique, ne doivent pas, pour être durables, reposer seulement sur la volonté politique de chaque chef politique.
Car cela se résumerait à faire de simples relations publiques au niveau personnel.
Cela ne suffit pas.
Nous avons donc examiné les moyens visant à institutionnaliser notre coopération avec la Turquie, en créant des mécanismes stables de consultation et de synergie.
Nous avons abouti à un modèle qui favorise la diffusion de l'entente gréco-turque à tous les niveaux de gestion, sous la surveillance des deux Premiers ministres.
Dans cet esprit, nous avons fondé le Conseil de coopération gréco-turque de haut niveau.
Pendant toute la période qui a précédé la séance fondatrice du 14 mai, les chefs politiques et les hauts fonctionnaires des ministères concernés en Grèce et en Turquie, sous la coordination des deux ministères des Affaires étrangères, ont travaillé d'arrache-pied pour parvenir à un accord sur des textes soumis par les deux parties, dans le but de promouvoir notre coopération et nos relations bilatérales.
J’aimerais depuis cette tribune les remercier pour leurs inlassables efforts, leur esprit constructif et créatif et leur rythme de travail soutenu, compte tenu des contraintes de temps.
Mais plus que ces accords en soi, ce qui est important c’est que la volonté politique exprimée par les Premiers ministres des deux pays est concrétisée par les ministres des deux gouvernements et les cadres qui les assistent.
J’irais un peu plus loin.
Pour que l’entente gréco-turque puisse être fondée, elle doit être étendue au niveau de l'économie réelle.
Lors de la visite de M. Erdoğan à Athènes, les deux Premiers ministres de la Grèce et de la Turquie ont participé aux travaux du forum d’affaires gréco-turc.
Les deux parties estiment que notre coopération dans les domaines de l’économie, du commerce, des investissements, des échanges et dans d’autres domaines d’intérêt financier présentent d'importantes possibilités de renforcement.
Et les deux Premiers ministres se sont engagés à déployer tous les efforts possibles en vue de développer les relations économiques et commerciales des deux pays, en dépit des difficultés objectives posées par la conjoncture économique.
Passons maintenant à la teneur des décisions que nous avons prises. Je rappellerais que la visite du Premier ministre turc avait été précédée d'une série de rencontres entre moi-même et M. Davutoglu afin que nous puissions identifier les domaines dans lesquels la Grèce et la Turquie pourraient élargir et renforcer leur coopération.
Les 21 textes – mémorandums de coopération et déclarations - qui ont été signés ainsi que la Déclaration commune publiée constituent le résultat tangible de ce premier cycle de contacts et de consultations entre les services compétents – selon le cas – en Grèce et en Turquie.
Leur objet a été rendu public et je pense que chacun est en mesure de constater que ces textes couvrent l’ensemble – quasiment – des thématiques que nous avions identifiées.
Ces textes définissent des domaines de coopération plus spécifiques et plus élargis en vue de renforcer et d’élargir des textes existants et d’en créer de nouveaux.
La présentation et l’examen de propositions visant à la promotion ultérieure de la coopération gréco-turque se poursuivra dans le cadre des contacts engagés.
La préparation et la structure de notre coopération a d’ailleurs été prévue de sorte à favoriser les contacts directs par domaine de responsabilité et l’échange de vues fertile et constant.
Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les députés,
En faisant le bilan de la visite de M. Erdogan à Athènes, je pourrais la qualifier d’importante.
En jugeant de par les objectifs fixés, je pourrais affirmer qu’elle a été couronnée de succès.
C’est le début d’un nouvel effort et d’un nouveau processus.
Un nouvel effort de rapprochement qui ne sera finalement jugé que par son résultat.
C'était une visite hautement symbolique qui a transmis le message de la volonté politique des gouvernements de Grèce et de Turquie en faveur de la coopération et de l’entente.
En faveur de la création et de la consolidation d’un climat de confiance afin de pouvoir achever l’effort de normalisation des relations entre les deux pays engagé pendant la période 1999 – 2004.
On ne peut revenir en arrière.
Et il est clair que la donne a changé.
Mais pas de manière dramatique, comme l’affirment certains.
La Grèce demeure l’un des pays les plus développés dans le monde; elle est un ancien membre de l'Union européenne et a une forte capacité de dissuasion et des points de vue clairs en politique étrangère basés sur le droit international.
La Turquie continue d’être au cœur d’un voisinage géopolitique instable, mais crucial, en plein milieu d’un processus de réformes structurelles dont les résultats sont incertains, qui n’a pas encore touché l’ensemble du tissu social.
Elle est toujours sur le chemin de son intégration européenne.
Un chemin difficile, dont l’issue devra être jugée de façon objective, sur la base de ses exploits.
Nous ne pouvons revenir en arrière.
Toutefois, nous nous servons de nos expériences pour jeter les bases de ce nouvel effort.
Pendant ces dix années passées, de nombreux sujets tabous ont été levés.
Nous avons mieux compris les positions de l’autre ainsi que ses motivations.
Nous parlons franchement, nous parlons ouvertement, ce qui est nécessaire pour pouvoir avancer vers une relation claire, sans zones grises.
J’aimerais être clair :
Il y a eu un échange honnête des vues et positions connues.
Et ce, dans un climat de volonté politique commune de regarder vers l’avenir.
Et les positions grecques ont été présentées de manière claire et ouverte tout au long des consultations qu’a eues le Premier ministre grec.
Ces positions sont immuables, elles sont axées sur des principes, tels que le respect de l’intégrité territoriale de la Grèce, de nos droits souverains et du droit international.
Nous ne nous attendons pas à des évolutions spectaculaires dans ce domaine car notre objectif n’a pas été celui-ci. Quoi qu’il en soit, cette visite devrait marquer une nouvelle étape qui donnera lieu à une autre approche de la part de la Turquie ce qui nous aidera à faire face aux questions plus difficiles.
Encore une fois, j’aimerais dire que les positions de la Grèce sont immuables; ces positions sont en faveur de la nécessité de respecter les principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies, du droit international, des règles de bon voisinage qui depuis toujours constituent le fondement de notre politique étrangère.
Nous continuerons de condamner de la façon la plus catégorique des pratiques et attitudes illégales et les pointerons du doigt à tous nos interlocuteurs.
Nous continuerons de soulever des questions fondamentales comme la nécessité absolue du respect des droits de l’homme et des libertés religieuses.
Nous continuerons de maintenir nos positions immuables en faveur de la légalité internationale, de la nécessité de parvenir à une solution équitable et fonctionnelle à la question chypriote, où le rôle et les responsabilités de la Turquie sont manifestes, à savoir le règlement de la question de la délimitation du plateau continental et la suppression des menaces et des provocations.
Il va de soi que nos positions et nos convictions ne sont ni altérées, ni menacées par les contacts avec la Turquie, ni par les accords que nous avons signés pour la promotion de la coopération des deux pays dans des domaines précis.
Au contraire, des intérêts précis de notre pays sont préservés dans une série de domaines sensibles.
Nous connaissons les points de vue opposés.
Ils existent et nous ne les ignorons pas.
Mais nous ne les laisserons pas saper les possibilités et les perspectives de la coopération gréco-turque.
Nous sommes prêts à discuter de tout argument solide et raisonnable.
Mais pas des slogans phobiques.
Nous espérons que l’amélioration progressive du climat dans les relations gréco-turques qui, comme je l’ai souvent dit, devra être effectuée de manière prudente et méthodique, sans illusions et automatismes et régie par des règles et des contraintes, mènera à un moment donné à la pleine normalisation des relations Grèce - Turquie.
Et dans cet effort, le rôle du Parlement hellénique et la coopération avec le Comité Affaires extérieures et Défense sont nécessaires et décisifs.
Je vous remercie de votre attention.