Mme S. KOSSIONI : Alors que le pays traverse une situation difficile, à Londres, le ministre adjoint des Affaires étrangères, M. Droutsas a eu deux rencontres importantes, avec les ministres des Affaires étrangères de la Turquie et de Skopje, en marge de la Conférence internationale sur l’Afghanistan. M. Dimitris Droutsas est avec nous, bonjour M. le ministre.
M. D. DROUTSAS : Bonjour Mme Kossioni.
Mme S. KOSSIONI : J’aimerais commencer par la dernière rencontre que vous avez eue, celle avec le ministre turc des Affaires étrangères, compte tenu de la mobilité actuelle avec l’échange de lettres et les rencontres qui auront probablement lieu prochainement. Je pense qu’il serait intéressant que vous nous parliez des sujets abordés.
M. D. DROUTSAS : Bien entendu Mme Kossioni. La rencontre avec le ministre des Affaires étrangères de la Turquie, M. Davutoglu fait d’une certaine façon suite à la lettre envoyée récemment par le Premier ministre grec à son homologue turc et s’inscrit dans le même esprit et la volonté exprimée dans cette lettre en faveur d’un rapprochement et d’une coopération avec la Turquie. Cette rencontre s’est déroulée dans un climat très amical et constructif. Nous avons dans un premier temps examiné les prochains pas à entreprendre, les premiers pas visant à développer cette coopération à laquelle aspirent les deux parties.
Mme S. KOSSIONI : Toutefois, M. Erdogan a exprimé la volonté d’un dialogue sur toutes les questions. N’est-ce pas ce que veut également la partie grecque, M. Droutsas ? En avez-vous discuté, avez-vous parlé de l’agenda de la prochaine rencontre des deux Premiers ministres ?
M. D. DROUTSAS : Bien entendu. Nous avons examiné les domaines d’intérêt commun dans lesquels nous pourrions coopérer. Au niveau international, les questions comme l’impact du changement climatique pour notre région, la Méditerranée, offrent des champs de coopération pour nos deux pays. Nous avons ici des intérêts communs. Au niveau régional, nous pourrions par exemple coopérer sur la question du Moyen-Orient. La Grèce et la Turquie ont développé une certaine activité et nous jouissons d’un certain prestige auprès de nos interlocuteurs dans cette région. Nous avons dit que nous pouvions examiner des possibilités de coopération dans ce domaine.
Et bien entendu, au niveau bilatéral, nous allons examiner davantage des domaines d’intérêt commun, comme la coopération dans les secteurs du tourisme, de l’économie, de la culture, suivant le modèle de l’effort que nous avions commencé en 1999 avec M. Georges Papandréou, alors ministre des Affaires étrangères de la Grèce.
Dans ce contexte, nous aspirons à une coopération. Et j’aimerais à ce titre ajouter, Mme Kossioni – car souvent on entend des expressions comme « dialogue sur toutes les questions» ou encore « diplomatie secrète » et ces expressions, permettez-moi de le dire sont dénuées de substance, de fondement. Et discuter sur toutes les questions ne veut pas dire que la Turquie peut soulever n’importe quelle question.
Mme S. KOSSIONI : Je veux parler des sujets bilatéraux et notamment la question de l’Egée qui est une question brûlante.
M. D. DROUTSAS : Je vais y venir. C’est le processus que nous avons inauguré il y a quelques années, appelé « contacts exploratoires ». Notre objectif est la délimitation du plateau continental en Mer Egée. Nous voulons intensifier ce processus, voir si nous pouvons aboutir à un résultat. La position de la Grèce est connue : si nous ne pouvons nous accorder dans un délai raisonnable, alors il faudra saisir de concert la Cour internationale de la Haye qui tranchera sur cette question.
Nous sommes en faveur d’une coopération assortie de conditions très claires, une très bonne préparation de notre part, pas à pas.
Mme S. KOSSIONI : En ce qui concerne la question de l’immigration clandestine et de la coopération des deux pays s’agissant d’une question, pour dire les choses par leur nom M. Droutsas, pour le moins brûlante pour la société grecque, y a-t-il un agenda de discussion entre les deux premiers ministres ?
M. D. DROUTSAS : C’est une question que nous soulevons, qui touche très gravement la Grèce. Nous avons été confrontés à cette question et la Turquie joue un rôle particulier à cet égard. C’est pourquoi, nous examinerons des possibilités de coopération. Mais avant tout, nous posons l’obligation pour la Turquie d’appliquer le Protocole bilatéral de réadmission signé par nos deux pays. Qu’elle l’applique de façon efficace. Et pour ce qui est de l’Union européenne, qu’elle négocie un protocole similaire, un accord similaire de réadmission. Bien entendu, la Grèce soulève toutes ces questions et nous en discuterons.
Mme S. KOSSIONI : J’imagine qu’elles seront abordées lors d’une éventuelle visite de votre part à Ankara dans un avenir proche. Nous avons appris que vous avez reçu une invitation à venir visiter notre pays voisin et aussi lors de la visite du Premier ministre grec en Turquie qui aura lieu d’ici l’été ?
M. D. DROUTSAS : En effet, M. Davutoglu m’a adressé une invitation à venir visiter Ankara, que j’ai bien entendu acceptée. Nous verrons quand cette visite aura lieu. Il y aura une préparation sérieuse et cette visite à Ankara sera également une visite de préparation de l’éventuelle venue de M. Erdogan à Athènes.
Comme chacun sait, le Premier ministre grec a adressé une invitation à M. Erdogan à venir visiter Athènes, visite qui aura probablement lieu en été. C’est un premier calendrier approximatif. Force est de voir maintenant si nous pourrons tenir ce calendrier.
Mme S. KOSSIONI : Avant de finir, M. Droutsas, nous aimerions deux mots sur la rencontre que vous avez eue avec Antonio Milososki, ministre des Affaires étrangères de Skopje. Quel a été l’objet des entretiens notamment pour ce qui est de la fameuse question?
M. D. DROUTSAS : M. Milososki a demandé à me rencontrer à l’occasion de notre présence à la Conférence internationale sur l’Afghanistan. Des conférences de ce genre sont une bonne occasion d’établir des contacts bilatéraux.
Mme S. KOSSIONI : C’est vrai.
M. D. DROUTSAS : Comme je l’ai à maintes reprises affirmé, la partie grecque est ouverte à des contacts bilatéraux avec les dirigeants politiques de l’ARYM. Et comme chacun sait, le Premier ministre lui-même a pris l’initiative d’inviter son homologue de l’ARYM à des rencontres.
Nous pensons que ces rencontres bilatérales, les contacts directs ne peuvent que soutenir et contribuer au processus en place visant à parvenir à un règlement à la question du nom, processus qui, je le souligne, se déroule sous l’égide des Nations unies.
Mme S. KOSSIONI : Il y a eu la proposition de l’ARYM de transformer les missions diplomatiques Athènes – Skopje et il semblerait que cela ne soit pas compatible avec la rhétorique employée par Skopje à l’encontre de notre pays, M. Droutsas.
M. D. DROUTSAS : En effet, M. Milososki a réitéré cette proposition faite par l’ARYM concernant la transformation de nos missions diplomatiques bilatérales. Je lui ai répondu que nous aspirions bien entendu à une amélioration de nos relations bilatérales, mais j’ai ajouté qu’à l’heure actuelle, compte tenu du niveau de ces relations, je ne vois aucune raison de procéder à une telle transformation. J’ai souligné que tout d’abord nos relations devront être considérablement améliorées. J’ai tout particulièrement lancé un appel pour que les dirigeants politiques de l’ARYM ne contribuent pas à présenter à l’opinion publique de l’ARYM une image négative de la Grèce, à présenter la Grèce comme un ennemi. Nous disons clairement que la Grèce est un ami. Mais Skopje se doit de venir à la table des négociations menées sous l’égide de l’ONU dans un esprit constructif afin que nous puissions résoudre la question du nom.
Mme S. KOSSIONI : Encore faut-il qu’ils aient cultivé un climat amical et non nationaliste. Monsieur Droutsas, je voulais vous remercier et vous souhaiter un très bon voyage de retour. Bonne journée.
M. D. DROUTSAS : Je vous remercie également, au revoir.