Athènes, le 30 mars 2011
M. SARAFOGLOU : M. G. Delavekouras, porte-parole du ministère des Affaires étrangères est avec nous. Bonjour, soyez le bienvenu à notre émission.
M. G. DELAVEKOURAS : Bonjour.
M. SARAFOGLOU : M. Nikos Doussis-Rassias, membre de l’association « Médecins de la Paix » est également avec nous. Vous venez juste de rentrer de Libye. Nous vous donnerez un aperçu de la situation. Je commencerai par les résultats de la réunion qui s’est tenue hier à Londres, la conférence internationale. M. Delavekouras, pourriez-vous nous dire ce que l’on doit retenir de cette conférence ? Est-ce que les opérations se poursuivent et l’objectif final est-il d’obliger M. Kadhafi à quitter le pays ?
M. G. DELAVEKOURAS : Commençons tout d’abord par l’objet de la réunion. Trois objectifs ont été fixés. Le premier objectif est de réaffirmer l’unité de la Communauté internationale et le respect des résolutions 1970 et 1973. Le deuxième objectif est de continuer de fournir une aide humanitaire et le troisième de lancer un dialogue politique en vue de pouvoir avancer au lendemain de la crise.
M. SARAFOGLOU : Y a-t-il un accord unanime ? Car il y a eu des absences.
M. G. DELAVEKOURAS : En effet, il y a eu des absences de dernières minutes, qui ont d’ailleurs été critiquées. Il aurait été important que l’Union africaine soit également présente à cette rencontre. Malgré cela, nous avons eu la participation de la Ligue arabe, de la Conférence islamique des pays arabes et la nécessité d'appliquer la résolution du Conseil de sécurité et de protéger les civils a été confirmée avec tout d'abord la décision portant création du groupe de contact, mais aussi l'engagement de tous les pays. Ce sont des décisions importantes. Ce sera un processus difficile et long, mais il va de soi que nous avons désormais un cadre et que nous avançons dans ce sens.
M. SARAFOGLOU : Monsieur Delavekouras, pouvez-vous nous dire quelle est la position de la Grèce vis-à-vis des rebelles et du Conseil qui a été créé ?
G. DELAVEKOURAS : Nous pensons qu’à l'heure où ce processus politique est engagé – et il devra avancer indépendamment du cessez-le-feu - un dialogue national devra être lancé avec la participation de tous afin justement de donner la possibilité au peuple libyen de façonner son avenir, de faire des pas vers la démocratie. Encore une fois, je tiens à dire que le processus sera difficile, il y aura des désaccords et je m'attends à ce que nous en soyons témoins ces prochains jours, car il s'agit d'acteurs très différents. Toutefois, nous avons des engagements clairs, nous avons la communauté internationale qui s’est exprimée par le biais de la résolution 1973 et nous avons l’ONU qui joue un rôle de premier plan et cela est très important.
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M. SARAFOGLOU : Nous constatons, M. Delavekouras, que nous avons beaucoup de difficultés à remédier à la situation. Y a-t-il un plan de reconstruction ? Et je ne parle pas seulement de l'aspect politique, en d’autres termes qui sera chargé de la direction du pays et que deviendront toutes ces personnes ?
G. DELAVEKOURAS : Il est très important que la communauté internationale puisse apporter son aide sur le plan humanitaire et cela figure tout en haut de nos priorités. L’Union européenne jouera, à mon avis, un rôle très important en coopération avec l’Organisation des Nations Unies. Cela étant, nous ne devons pas dépasser les limites définies par la résolution 1973, nous ne devons pas faire une interprétation qui élargisse ses dispositions juridiques. Les Libyens tiennent leur avenir entre leurs mains. Ce sont eux qui définiront la création de leur cadre politique et de leur société au lendemain du conflit.
M. SARAFOGLOU : Est-ce que par exemple la seule aide est la couverture militaire par les forces occidentales ?
G. DELAVEKOURAS: C’est la mission et le mandat donné par le Conseil de sécurité des Nations Unies et cela doit être respecté de tous.
M. SARAFOGLOU : Mais vont-ils réussir ? D'aucuns affirment que des interventions terrestres seront nécessaires de la part de ces forces pour venir à bout des forces Kadhafistes ou bien qu’ils donnent leurs armes aux rebelles afin qu’ils puissent riposter, mais d’autres questions éthiques se posent en l'espèce, comment armer l'un des camps d'une guerre civile.
G. DELAVEKOURAS : En effet, ces prochains jours de nombreuses questions seront soulevées, justement parce qu’il existe une imprécision constructive dans certaines décisions prises. Mais c'est exactement la raison pour laquelle il est important de nous en tenir à une interprétation juste de la résolution 1973, car tel est le mandat donné par la communauté internationale pour parvenir à un cessez-le-feu et à la protection des civils. Il ne faut pas oublier quand cette décision a été prise. Elle a été prise au moment où les forces du régime se trouvaient aux portes de Benghazi et annonçaient leur intention de procéder à une attaque massive. La nécessité était immédiate au moment où la décision a été prise et il est très important de noter que les 15 membres du Conseil de sécurité aient pu s'entendre sur un cadre commun, en dépit des divergences et des négociations houleuses.
M. SARAFOGLOU : A-t-on une idée de quand cette opération prendra fin ? Je pose la question parce que cela nous coûte assez; notre pays participe aux opérations menées contre la Libye à hauteur de 6.500.000 euros par mois, selon les déclarations du ministère de la Défense…
G. DELAVEKOURAS : Effectivement.
M. SARAFOGLOU : C'est donc officiel. Par conséquent, a-t-on une idée de quand ces opérations s'achèveront ?
G. DELAVEKOURAS : Personne ne peut le prévoir avec certitude à l’heure actuelle.
M. SARAFOGLOU : Quel est le sentiment général ? Car avant la conférence de Londres, le sentiment général était que l’on arrive à la fin des opérations, mais maintenant il y a un sentiment contraire.
G. DELAVEKOURAS : Non, il est encore trop tôt pour pouvoir dire quand cette situation arrivera à sa fin et il ne faut pas oublier quelle est la mission de la communauté internationale : protéger les civils. Cela étant, ce processus devrait être long et difficile afin que ce dialogue national qui sera bientôt lancé – espérons-nous – puisse porter ses fruits.
M. SARAFOGLOU : Si les choses prenaient une tournure différente et que des renforts étaient demandés à notre pays – je sais que nous avons choisi la voie diplomatique – comment la Grèce réagirait dans le cas où une plus grande assistance lui serait demandée ?
G. DELAVEKOURAS : La position de la Grèce est claire. Dès les premiers instants, la Grèce a souligné la nécessité de rechercher une solution politique, diplomatique et nous voyons que les choses vont dans ce sens et qu'il ne peut y avoir une autre voie. Les opérations devront se poursuivre, des opérations visant à protéger les civils. C'est l'obligation de la communauté internationale et l'on ne parle pas d’une implication militaire de notre pays.
M. SARAFOGLOU : Oui mais outre la protection des civils, tout le monde hier a abouti à l’idée que Kadhafi doit quitter le pouvoir. Par conséquent, comment le deuxième volet de l'opération pourrait-il être réalisé ? Est-ce que les raids aériens sont suffisants ?
G. DELAVEKOURAS : Ce deuxième volet est, comme je l’ai dit, entre les mains du peuple libyen. La résolution du Conseil de sécurité ne stipule pas comment la situation politique en Libye devra évoluer. Cette décision sera prise par le peuple libyen et toujours en respectant pleinement la souveraineté, l’indépendance et l’intégrité territoriale du pays.
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M. SARAFOGLOU : Très bien. Nous vous remercions beaucoup.