Athènes, le 30 juin 2010
Points principaux :
• « L’économie grecque n’est pas faible. Tout vient de la mauvaise gestion de l’économie grecque. L’aide financière mise à disposition par l’Union européenne et le Fonds monétaire international, qui sera remboursée avec les intérêts, soutiendra la mise en place des réformes en Grèce. Aussi douloureuse que soit cette crise pour mon pays, j’y vois une grande opportunité de sortir plus forts de cette crise dans tous les domaines ».
• « Dans le cadre de cet effort, notre politique étrangère est chargée d’une mission spéciale : créer plus d’opportunités pour notre pays. Au sein d’un système économique et politique véritablement mondialisé, le gagnant est celui qui s’intègre pleinement dans ce système et non pas celui qui est isolé de ce contexte. Les opportunités sont offertes à celui qui est audacieux et qui s’ouvre vers l’extérieur et non pas à celui qui se renferme sur lui-même ».
• « C’est pourquoi, nous assumons nous-mêmes des initiatives et soutenons aussi les efforts des tiers qui visent à promouvoir un environnement de stabilité et de prospérité dans notre région élargie qui englobe les Balkans, la Méditerranée orientale et le Moyen-Orient, la Mer Noire et le Caucase ».
• « Dans l’ensemble de cette région, l’Hellénisme a eu une présence historique et un bon nombre d’amis. Nous valorisons les relations privilégiées et nous osons explorer les perspectives d’une coopération ultérieure avec tout le monde. Sans phobies, ni complexes. Avec confiance mais sans faire de concessions pour ce qui est de nos principes fermes »
• « Le Traité de Lisbonne a doté l’UE d’un nouvel instrument de politique étrangère, la fonction du Haut représentant pour les Affaires étrangères et le Service européen pour l’Action extérieure que nous sommes en train de mettre en place. Au sein de ces nouvelles institutions, de nouvelles responsabilités ont été confiées aux Etats membres ».
• « La responsabilité qu’assument alors les chefs des nouvelles institutions de l’Union européenne qui ont été créées par le Traité de Lisbonne est lourde. Ils ne doivent pas trahir notre confiance. Sinon, leur crédibilité mais aussi celle de ces nouvelles instances sera fortement ébranlée.
• « Un système international sans une Europe puissante sera tout simplement un système déséquilibré. Le monde a besoin de l’Europe. Mais l’Europe doit s’ouvrir au monde. Cela signifie pour nous deux choses ».
• « Premièrement, il faut parachever l’élargissement de l’Union. Il ne faut pas qu’il y ait de « trou noir » dans l’espace unique européen de sécurité, de justice et de prospérité que nous ambitionnons de créer. Les pays de l’Europe de l’Est sont dans l’antichambre de l’Union. Nous ne devons plus les laisser attendre».
• «Deuxièmement, il faut conserver la dynamique de l’approfondissement politique de l’Union. Le Traité de Lisbonne constitue une étape et non pas la destination finale. Et, s’il peut résulter quelque chose de positif de cette crise, c’est la prise de conscience qu’en ayant plus et non pas moins d’Europe nous sommes mieux protégés contre les défis de notre temps ».
Texte intégral du discours
Avant d’entrer dans le vif du sujet, je souhaiterais remercier chaleureusement le fondateur et Directeur Général de l’Institut Français des Relations Internationales, Monsieur Thierry de Montbrial, de m’avoir donné l’occasion de présenter quelques idées sur une question aussi intéressante, devant un tel auditoire d’experts et de connaisseurs, que je remercie également pour leur présence et leur attention.
Mesdames et messieurs,
Il existe une difficulté inhérente à la question que nous avons choisie de traiter aujourd’hui, à savoir celle de la politique étrangère en temps de crise économique.
Plusieurs voient une certaine contradiction dans cette expression. La première chose qui nous vient à l’esprit est qu’un de ses deux termes – la crise économique – exclut l’autre : la mise en œuvre d’une politique étrangère efficace. Autrement dit, les conditions d’une crise économique imposent des limites non seulement sur les activités économiques, mais également sur tout un ensemble de mouvements sur la scène internationale.
Certains ont poussé cette idée un peu plus loin. Ils considèrent que dans ces conditions, « nous devons, en premier lieu, mettre de l’ordre dans notre propre maison », et alors seulement, nous pourrons faire de nouvelles incursions dans la politique étrangère. Ils affirment qu’en ce moment précis, nous sommes en désavantage en termes de corrélations de pouvoir international, et nous devons, de ce fait, laisser les choses telles qu’elles le sont si nous voulons éviter de faire marche arrière en raison de notre faiblesse.
Ils sont intimidés. Et ils veulent rester entre eux.
Si tout le monde dans cette audience d’aujourd’hui était grec, ils penseraient que je parle d’eux, de mon pays, la Grèce et de tous les fronts réels ou imaginaires de la politique étrangère grecque.
Mais la vérité est qu’en ce moment je pense notamment à l’Union européenne et à ses Etats membres. Je pense au sentiment d’insécurité qu’éprouve l’opinion publique quant au fait de savoir s’il y aura une reprise économique et dans quelle mesure celle-ci sera durable. Je pense que dans ces conditions, l’ « euroscepticisme » a gagné tous les niveaux de notre société. Je pense que le soutien – tel qu’exprimé dans les sondages – à l’approfondissement et à l’élargissement de l’Union européenne a diminué. C’est un peu comme si nos concitoyens se disaient : « je ne veux plus de mésaventures ».
Et à ce stade, j’aimerais poser la question de base à laquelle nous nous efforcerons de répondre aujourd’hui : N’avons-nous pas besoin de plus d’Europe – et non moins d’Europe – si nous voulons relever les défis de notre temps ?
Mesdames et Messieurs,
Je vais essayer de vous décrire dans un premier temps l’expérience que nous avons eu jusqu’à présent, en tant que pays, dans le but de faire face à la situation économique. Par la suite, je m’efforcerais d’expliquer pourquoi la politique étrangère que nous suivons n’est pas phobique et défensive, mais au contraire plus que jamais active et extravertie. Enfin, j’espère que je vous convaincrais que, en tant qu’Union européenne, nous aurons plus à gagner si nous reprenons le fil de l’histoire européenne là où à un moment donné nous l’avons laissé, avant que la vision d’une Europe grande et unie ne s’estompe.
En Grèce, le gouvernement de Georges Papandréou a assumé ses fonctions en octobre 2009. Les chiffres étaient impitoyables : déficit de plus de 13% et dette publique de plus de 110%. Outre la dette publique, nous accusions également un déficit de compétitivité. Et plus encore, nous accusions un déficit de confiance sur les marchés internationaux. Les « spreads » - un mot qui est entré dans le vocabulaire du Grec moyen – augmentaient de jour en jour pour atteindre les plus hauts niveaux, laissant ainsi la voie libre aux spéculateurs de s’approprier le revenu national.
Nous devions donc agir, et vite. Nous devions, comme je l’ai dit tout à l’heure, « mettre de l’ordre dans notre propre maison ». Nous avons engagé un énorme effort d’assainissement budgétaire, dans le but de réduire le déficit, de 14% environ en 2009 à moins de 3% d’ici 2014 et de commencer à diminuer le rapport dette – PIB après 2013. En 2010, nous limiterons le déficit de 5,5 points – de 13,6% à 8,1% du PIB.
Il a fallu, pour ce faire, prendre des mesures très dures pour la société grecque, pour chaque citoyen grec. Mais les résultats sont d’ores et déjà encourageants : au cours des 5 premiers mois, le déficit a été réduit de 40%, par rapport à la même période de l’année précédente, les revenus ont augmenté, tandis que les dépenses ont fortement été réduites. Nous sommes donc dans les objectifs que nous nous sommes fixés, et ce, avant même de mettre en œuvre un bon nombre des nouvelles mesures qui ont été adoptées par le parlement hellénique.
L’assainissement budgétaire était et demeure la pierre angulaire de notre programme. Mais l’assainissement budgétaire à lui seul ne suffit pas. Pour cette raison, nous avançons très rapidement dans le sens de la réalisation des réformes structurelles nécessaires, afin de créer de nouveau les conditions de développement et faire de la Grèce une des destinations mondiales les plus attractives en matière d’investissements.
Je voudrais souligner que l’économie grecque n’est pas faible. Tout vient de la mauvaise gestion de l’économie grecque. L’aide financière mise à disposition par l’Union européenne et le Fonds monétaire international, qui sera remboursée avec les intérêts, soutiendra la mise en place des réformes en Grèce. Aussi douloureuse que soit cette crise pour mon pays, j’y vois une grande opportunité de sortir plus forts de cette crise dans tous les domaines.
Dans le cadre de cet effort, notre politique étrangère est chargée d’une mission spéciale : créer plus d’opportunités pour notre pays. Au sein d’un système économique et politique véritablement mondialisé, le gagnant est celui qui s’intègre pleinement dans ce système et non pas celui qui est isolé de ce contexte. Les opportunités sont offertes à celui qui est audacieux et qui s’ouvre vers l’extérieur et non pas à celui qui se renferme sur lui-même.
C’est pourquoi, nous assumons nous-mêmes des initiatives et soutenons aussi les efforts des tiers qui visent à promouvoir un environnement de stabilité et de prospérité dans notre région élargie qui englobe les Balkans, la Méditerranée orientale et le Moyen-Orient, la Mer Noire et le Caucase.
Dans l’ensemble de cette région, l’Hellénisme a eu une présence historique et un bon nombre d’amis. Nous valorisons les relations privilégiées et nous osons explorer les perspectives d’une coopération ultérieure avec tout le monde. Sans phobies, ni complexes. Avec confiance mais sans faire de concessions pour ce qui est de nos principes fermes.
Dans les Balkans, la Grèce était, à un moment donné, le principal défenseur des demandes de ses voisins du nord en pour une intégration régionale et une adhésion à l’Union européenne. En théorie et en pratique. Grâce aux initiatives qui ont mené au modèle actuel de la coopération interbalkanique. Grâce à l’élaboration de la stratégie de Thessalonique en 2003 qui constitue encore aujourd’hui le noyau dur de la politique balkanique de l’Union européenne. Grâce à la réalisation d’investissements dans tous les secteurs de l’économie qui ont engendré des milliers d’emplois dans les économies balkaniques. Et enfin, grâce au développement de la communauté énergétique de l’Europe du Sud-est.
C’est à cette politique que nous revenons aujourd’hui. Pour cette raison, dès les premiers instants, le gouvernement a fait part de son initiative concernant un nouvel « Agenda 2014 » dans le but de relancer la perspective européenne de tous les pays de la région.
2014 est une année très importante qui coïncide avec le 100e anniversaire du déclenchement de la Première guerre mondiale et nous pensons que nous devons rappeler à l’opinion commune ce que cette année symbolise et ce qu’est l’Union européenne. Il s’agit du modèle de paix le plus réussi et nous pensons qu’il peut garantir la paix et la stabilité à tous les pays des Balkans occidentaux. Tel est l’objectif de l’ « Agenda 2014 », nous voulons promouvoir l’adhésion de tous les Etats des Balkans occidentaux et remettre cette question à l’ordre du jour de l’UE. Nous voulons dire aux peuples des Etats des Balkans occidentaux que l’avenir, leur avenir, se trouve en Union européenne.
Je l’ai affirmé dans le passé et, si vous me le permettez, j’aimerais saisir cette occasion pour répéter que notre vision pour les Balkans « européens » est d’inclure l’Ancienne République yougoslave de Macédoine. Personne ne peut contester nos intentions à cet égard. Nous sommes prêts à devenir le défenseur le plus fervent de la demande de nos sincères voisins du nord d’’adhérer à l’UE, aussitôt que nous parviendrons à une appellation mutuellement acceptable.
Nous faisons ce que nous devons faire : nous exposons avec clarté notre position, à savoir notre volonté en faveur d’une appellation assortie d’un indicatif géographique pour tous les usages. Au même titre, nous avons entrepris des initiatives et avons cherché à avoir des entretiens bilatéraux avec Skopje en vue d’améliorer le climat pour faciliter les négociations y relatives menées sous l’égide des Nations Unies. S’agissant de cette question aussi, nous avons pris de l’avance. Toutefois, nous attendons que les chefs politiques de Skopje soient à la hauteur de cette attitude constructive.
Dans la région de la Méditerranée orientale et du Moyen-Orient, la Grèce laisse sa propre empreinte grâce à sa position géographique et les relations qu’elle entretient traditionnellement avec le monde arabe. Nous valorisons cette réserve de confiance tout en signant de nouveaux accords sur un large éventail de questions avec de nouveaux partenaires et des anciens amis aussi.
Toutefois, dans cette région il existe, si vous me le permettez, deux plaies ouvertes depuis des années. Deux situations totalement différentes mais qui génèrent de l’instabilité. Et, tant que ces problèmes ne sont pas réglés, ils seront des entraves au parcours de toute la région vers la paix réelle et la prospérité durable.
La première question est la question du Moyen-Orient considérée dans tous ses aspects. Nous avons récemment vécu une recrudescence qui a été cette fois due à la crise humanitaire continue provoquée par l’embargo mis sur la Bande de Gaza. La Grèce et ses partenaires ont réagi de manière responsable tout en essayant de sauver le fragile processus de paix et d’assurer le flux d’aide humanitaire.
Toutefois, nous devons lutter contre la racine de ce problème. En Grèce, nous fondons de grands espoirs sur les pourparlers de proximité et nous les soutenons. La solution n’est peut être que celle décrite par la communauté internationale. Une solution sur la base de deux Etats qui coexisteront dans un environnement de sécurité et de stabilité.
La deuxième question majeure est la question chypriote. Nous ne pouvons pas fermer les yeux devant cette situation d’injustice et d’illégalité flagrante qui perdure depuis 36 ans. A Chypre – un pays membre de l’Union européenne, il y a une armée d’occupation turque. Il existe un mur, le mur de la honte, le dernier mur à séparer le peuple chypriote de son avenir. La position de la Grèce est connue, nous voulons une solution chypriote. Nous devons laisser les Chypriotes grecs et les Chypriotes turcs libres de décider de leur avenir commun au sein de l’Union européenne, de décider sans pressions extérieures ni calendriers artificiels. En outre nous voulons une solution européenne. Cela signifie que la République chypriote est un Etat membre de l’Union européenne, et par conséquent, après le règlement de la question, elle devra être en mesure de fonctionner de manière efficace au sein de l’Union européenne. C’est pourquoi, nous disons toujours que lors de la négociation il faut prendre en considération l’ « acquis communautaire ».
Dans la région de la mer Noire, l’Hellénisme a des racines profondes et historiques. Depuis le début de ce mois, la Grèce exerce la présidence de l’Organisation de la CEMN, tout en présentant un agenda ambitieux. Nos priorités portent sur le développement vert, les sources d’énergie renouvelables et la promotion de deux grands programmes ambitieux qui seront au profit des peuples de la région : la route périphérique de la mer Noire et le développement des couloirs maritimes.
S’agissant de cette région, je ne saurais omettre la région du Caucase. Il s’agit d’une zone d’intérêts critique qui devra avoir une importance accrue à l’avenir pour l’Europe et ses Etats membres, en raison notamment des voies énergétiques qui transiteront par cette région. Il y a ici aussi des questions liées à des sensibilités bien justifiées mais qui doivent être envisagées au profit notamment des peuples de la région. La Grèce aspire à jouer le rôle modeste de médiateur sincère. Notre récent mandat à la présidence de l’OSCE a laissé un héritage précieux pour l’avenir concernant les questions qui préoccupent la région.
Les Balkans, la Méditerranée orientale et le Moyen-Orient, la mer Noire et le Caucase et, bien entendu, les relations gréco-turques que je n’omets pas d’évoquer. Bien au contraire, je veux souligner cette dimension de la politique étrangère grecque telle qu’exercée par le gouvernement de Georges Papandréou.
Tout au début de ce discours, j’ai affirmé que nous osions élargir les champs de coopération avec tout le monde, sans phobies ni complexes mais avec confiance et sans faire des concessions pour ce qui est de nos principes fermes. Un exemple qui illustre bien cette attitude est celui du rapprochement gréco-turc qui est en cours.
L’événement le plus marquant à ce jour tout au long du processus, a été la visite récente du Premier ministre turc dans notre pays, la création du Conseil de coopération de haut niveau avec la participation des ministres des deux gouvernements et la signature de nouveaux accords de coopération dans des domaines individuels.
Je n’entends pas par cela que le paysage des relations gréco-turques a dramatiquement changé. Tant que la question chypriote demeure en suspens, nous ne pourrons pas parler d’une pleine normalisation des relations. Tant que les pratiques qui influencent notre souveraineté nationale demeurent, nous y répondrons de manière déterminée. Nous devons donc constater de la part de la Turquie un revirement tangible d’attitude ce qui nous permettra de construire une relation stable. La bonne intention existe, nous l’avons constaté lors de nos contacts avec les chefs politiques de la Turquie ainsi que dans les messages que cette dernière transmet quotidiennement. Toutefois, nous devons passer à l’action.
Par ailleurs, l’important est que nous avons commencé avec notre voisin tout doucement à accumuler de la confiance. Et, si à l’avenir, dans un avenir proche, espérons-nous, une réserve importante de confiance est accumulée, nous serons probablement en mesure de faire un pas en avant, un pas qui sera prouvé comme étant historique. Nous aurons alors thésaurisé un grand dividende de paix qui nous investirons dans des activités plus productives que celles liées aux armements, activités qui absorbent actuellement une grande partie de notre richesse nationale.
Je reviens alors à ce que j’ai affirmé au début et j’espère avoir bien illustré avec les exemples que je vous ai donnés l’évidence, à savoir que la politique étrangère grecque est extravertie et plus active que jamais. Et, dans le contexte actuel de la crise budgétaire, elle a toutes les raisons de l’être.
Quel est la similitude entre ce que j’ai affirmé et l’Union européenne ? Que signifie la crise économique pour l’avenir de l’Europe ? Constitue-t-elle une menace ou plutôt une opportunité ?
Tout d’abord, considérons l’état actuel des choses.
Après une discussion longue – et douloureuse pour certains – nous sommes parvenus à un modèle institutionnel qui soutiendra l’Union européenne à l’avenir prévisible. Après un bon nombre de compromis, nous sommes parvenus au Traité de Lisbonne qui consacre un équilibre interinstitutionnel, lequel permettra à l’Union européenne de jouer le rôle qu’elle mérite sur la scène internationale.
C’est pourquoi, le Traité de Lisbonne a doté l’UE d’un nouvel instrument de politique étrangère, la fonction du Haut représentant pour les Affaires étrangères et le Service européen pour l’Action extérieure que nous sommes en train de mettre en place.
Au sein de ces nouvelles institutions, de nouvelles responsabilités ont été confiées aux Etats membres. Nous leur avons confié la gestion de certaines questions politiques très importantes. Et nous l’avons fait tout en acceptant une idée fondamentale : l’intérêt des Etats membres est également l’intérêt de l’Union européenne. Donc, les institutions de l’Union européenne parlent d’une seule voix, au nom de ses 27 Etats membres et à l’avenir elles parleront au nom d’un plus grand nombre d’Etats membres. Elles expriment l’intérêt commun.
La responsabilité qu’assument alors les chefs des nouvelles institutions de l’Union européenne qui ont été créées par le Traité de Lisbonne est lourde. Ils ne doivent pas trahir notre confiance. Sinon, leur crédibilité mais aussi celle de ces nouvelles instances sera énormément ébranlée.
Lors donc de cette étape historique de l’intégration européenne, nous nous trouvons confrontés à la crise économique mondiale. L’impact est ressenti au sein de nos économies nationales et, par extension, au sein de nos sociétés lesquelles voient certains pactes fondamentaux en vigueur depuis des années se rompre. Le déficit existant dans la gouvernance économique mondiale – ce qui est d’ores et déjà communément admis – est allé jusqu’à menacer à un moment donné notre monnaie unique, l’euro.
Devant ce défi, l’Union européenne a été à l’hauteur des circonstances et y a répondu de manière coordonnée. Elle a reconnu que ce défi était et est commun et, en réponse à la nervosité des marchés, elle a annoncé et institutionnalisé le mécanisme de soutien bien connu dont la Grèce a profité.
Toutefois, c’est qui est important à mon avis est qu’elle parle d’une seule voix dans le cadre de ce débat mondial qui vient d’être engagé en vue de lutter contre les faiblesses de la gouvernance économique mondiale. Depuis Bruxelles, le Président du Conseil et le Président de la Commission ont transmis un message au nom des 27 Etats membres de l’UE au G-20 qui s’est réuni à Toronto.
N’est-elle pas une expression d’une véritable politique étrangère commune de l’Union ? J’espère que probablement à l’occasion de cette crise, l’Union européenne empruntera de nouveau la voie vers son objectif primaire : une Europe grande et puissante qui aura une place spéciale et importante sur la scène internationale.
Mesdames et messieurs,
Un système international sans une Europe puissante sera tout simplement un système déséquilibré. Le monde a besoin de l’Europe. Mais l’Europe doit s’ouvrir au monde. Cela signifie pour nous deux choses,
Premièrement, il faut parachever l’élargissement de l’Union. Il ne faut pas qu’il y ait de « trou noir » dans l’espace unique européen de sécurité, de justice et de prospérité que nous ambitionnons de créer. Les pays de l’Europe de l’Est sont dans l’antichambre de l’Union. Nous ne devons plus les laisser attendre.
Deuxièmement, il faut conserver la dynamique de l’approfondissement politique de l’Union. Le Traité de Lisbonne est une étape et non pas la destination finale. Et, la chose positive qui peut résulter de cette crise est la réalisation qu’en ayant plus et non pas moins d’Europe nous sommes mieux protégés contre les défis de notre temps.
Mesdames et messieurs,
En concluant cette brève introduction concernant une question aussi importante, je n’oublie pas un seul instant que je prononce ce discours en France, pays qui entretient des liens d’amitié historiques avec la Grèce. Un pays qui, encore une fois, a fait preuve de sa solidarité de manière déterminée, et ce, dans le contexte négatif de cette crise économique et à travers des actions précises dont nous sommes profondément reconnaissants à la France.
Je vous remercie.