Mesdames et messieurs,
Tout d’abord je voudrais vous dire que c’est un grand plaisir pour moi de m’exprimer devant vous, représentants distingués du milieu académique, politique et d’affaires, à l’occasion du Symposium sur le thème « L’Europe du Sud-est après la crise ».
Comme vous le savez, l’Europe du Sud-est constitue une priorité absolue pour le nouveau gouvernement. Le soutien apporté par le milieu académique et d’affaires aux efforts de la Grèce pour jouer de nouveau un rôle de protagoniste – un rôle que la Grèce mérite et doit jouer – dans la région des Balkans constitue un élément encourageant.
Afin de pouvoir jouer ce rôle de protagoniste – dans les plus brefs délais et de la manière la plus efficace possible – les dernières semaines après la prise de nos fonctions nous avons entrepris une série d’’initiatives. Parmi ces initiatives, figure notre proposition pour l’Agenda 2014, une vision du Premier ministre, M. Papandréou et de son gouvernement pour réactiver le parcours d’adhésion des pays de l’Europe du Sud-est de sorte que ces pays puissent adhérer à la famille européenne d’ici à 2014, date qui marque cent ans depuis le déclenchement de la Première guerre mondiale.
Cette date revêt un caractère symbolique : un grand nombre de problèmes qui affectent notre région au cours du dernier siècle remontent à ce matin de juin 1941 à Sarajevo où a été déclenchée la seconde des deux guerres catastrophiques du 20e siècle qui a ravagé le continent européen.
Nous avons fixé l’Agenda 2014 pour nos voisins en Europe du Sud-est, quelques jours après notre prise de fonctions lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères du Processus de Coopération des pays du Sud-est (SEECP). La dernière semaine, j’ai effectué une tournée dans les pays des Balkans occidentaux au cours de laquelle j’ai débattu avec les dirigeants politiques à Belgrade, à Podgorica, à Sarajevo et à Tirana de l’agenda 2014 dans un effort de reconstituer la conjoncture positive créée – grâce à la Grèce aussi – sous l’impulsion de l’agenda de Thessalonique sous la présidence hellénique de 2003, conjoncture qui s’est toutefois affaiblie au cours des dernières années.
Mesdames et messieurs,
L’adhésion des pays de l’Europe du Sud-est aux institutions euro-atlantiques constitue une stratégie à long terme pour la Grèce. Et, après une série de conflits et de crises, ces pays se rapprochent de plus en plus de l’objectif de la stabilité sociale et politique et du développement économique.
Dans toute la région, des gouvernements démocratiques sont au pouvoir. Par ailleurs, la coopération régionale s’est revalorisée en prenant la forme des organisations de coopération régionale qui opèrent à des niveaux encore plus élevés.
Toutefois, en dépit du progrès considérable accompli, nous avons encore beaucoup de travail à faire ce qui nous permettra de valoriser au mieux les progrès réalisés jusqu’à présent.
Le rythme des réformes entreprises – et là soyons sincères – n’est pas toujours satisfaisant en dépit des pas positifs entrepris pour lutter contre la corruption, le crime organisé, l’immigration illégale, les infrastructures insuffisantes et l’économie souterraine. De nouveaux efforts doivent être déployés en vue d’éradiquer complètement ces phénomènes et leurs effets dans l’intérêt des sociétés de la région.
Par ailleurs, il faut régler les questions politiques demeurées en suspens et les différends qui continuent de menacer la stabilité régionale et d’entraver la perspective européenne de l’Europe du Sud-est.
L’une des questions en suspens est indéniablement la question de Skopje. Je veux être clair sur ce point. Nous – la Grèce – voulons que l’ARYM rejoigne la famille européenne dans les plus brefs délais et si possible d’ici à 2014. Depuis la prise de ses fonctions en octobre, le Premier ministre, M. Papandréou s’est entretenu deux fois – la deuxième rencontre a eu lieu hier – avec le Premier ministre de l’ARYM, M. Gruevski. Ces deux rencontres – organisées sur l’initiative de la Grèce et du Premier ministre – attestent de manière claire que nous voulons avoir des relations d’amitié et de coopération avec l’ARYM. Nous voulons que l’ARYM devienne notre partenaire à l’UE et à l’OTAN.
Toutefois, nous avons notre propre « ligne nationale rouge » : Skopje ne pourra pas entamer des négociations d’adhésion avec Bruxelles si la question du nom n’est pas préalablement réglée. La Grèce a fait la moitié du chemin. Nous avons affirmé notre volonté en faveur d’une appellation avec une détermination géographique pour usage à l’égard de tous (erga omnes).
À notre sens, il s’agit de la seule façon de régler cette question de manière claire et non pas de la remettre à demain et de faire perdurer la situation actuelle à laquelle nous sommes confrontés depuis plusieurs années.
Maintenant, nous nous attendons à ce que Skopje parcoure l’autre moitié du chemin, et ce, toujours dans le cadre des négociations menées sous l’égide des Nations Unies.
Nous nous attendons à ce que Skopje abandonne – je dois le dire – sa rhétorique contreproductive et participe à ces négociations en faisant preuve d’un esprit constructif afin que nous puissions régler ce problème en bons voisins et en toute bonne foi.
Nous faisons un geste d’amitié et de coopération envers le peuple du pays voisin, envers nos voisins.
Nous espérons en toute sincérité que cette offre d’amitié et de coopération de notre part trouvera un écho positif dans le même esprit constructif dont nous faisons preuve.
Mesdames et Messieurs,
Tout montre que la crise économique internationale et ses effets sur les pays de la région seront probablement plus longs et plus importants que prévu.
La mise en œuvre d'efforts coordonnés entre les pays de la région est une nécessité hautement impérieuse. Les efforts coordonnés visant à lutter contre la crise pour que puisse s’achever le projet de croissance économique ainsi que l’instauration de l’Etat de droit et la création d’institutions efficaces qui suscitent la confiance de tous les citoyens des pays de la région.
Les principales priorités de la région peuvent se résumer comme suit :
Premièrement, création d'un climat de stabilité politique, renforcement des relations de bon voisinage et coopération étroite entre les pays de la région, tant au niveau bilatéral que régional.
Deuxièmement, développement économique et social des pays d’Europe du Sud-est.
Et troisièmement, promotion de la perspective européenne de la région tout entière.
Permettez-moi, Mesdames et Messieurs de souligner la contribution de la Grèce et des investissements grecs dans la croissance économique de la région. Par ailleurs, les efforts visant à la création d'un espace économique unique en Europe du Sud-est ainsi que les initiatives que nous avons entreprises dans le secteur énergétique en vue de créer un marché plus grand et plus compétitif.
Le Plan grec de reconstruction économique des Balkans (ESOAB) constitue un effort consenti par notre pays en vue d'intégrer des initiatives isolées et sporadiques de contribution au développement dans un plan unique, en promouvant une politique au développement concertée visant à instaurer la stabilité politique, économique et sociale en Europe du Sud-est.
Ces actions et les programmes contribuent de façon déterminante – entre autres – à la modernisation des infrastructures, à la promotion des investissements productifs, au renforcement de l'Etat de droit et à la lutte contre les inégalités sociales.
L'enveloppe globale qui sera débloquée dans le cadre du Programme jusqu'en 2011 s'élève à 550 millions d'euros, tandis que les engagements totaux ont, jusqu'à présent, dépassé 50% du budget total.
Dans le même temps, la présence dynamique des entreprises grecques ont, depuis quelques années, fortement contribué à la stabilité des pays voisins.
Aujourd’hui, les investissements grecs dans les pays d’Europe du Sud-est s'élèvent à plus de 20 milliards d'euros, tandis que 3 500 entreprises grecques sont présentes dans la région et ont généré 200 000 emplois.
La Grèce est le premier investisseur étranger en Albanie, en Ancienne République yougoslave de Macédoine et en Serbie. Elle occupe la seconde place en Roumanie et en Bulgarie.
Dans le domaine financier seulement, 2 000 filiales de banques grecques sont implantées dans toute l'Europe du Sud-est.
En d’autres termes, notre présence économique dynamique dans notre région constitue – oserais-je dire – un moteur réel de développement et de progrès en Europe.
Par ailleurs, force est de souligner que quatre des pays des Balkans sont aujourd'hui membres de l'OTAN, tandis que deux d'entre eux participent au programme de l'OTAN intitulé « Coopération pour la Paix ». Deux pays balkaniques ont adhéré à l’UE en 2007 et ont bénéficié du soutien actif de la Grèce. Deux pays sont candidats à l’adhésion à l’UE, tandis que tous les pays des Balkans occidentaux ont signé des Accords de Stabilisation et d’Association avec l’Union européenne.
Cela étant, une décision a été prise concernant la libéralisation progressive du régime des visas pour tous les pays de la région conformément à des obligations ciblées en faveur de réformes qui permettront à ces pays de s'harmoniser avec les normes européennes.
Nous pensons qu’un régime libéralisé des visas revêt une importance cruciale pour le progrès ultérieur – économique, politique et social – des pays d’Europe du Sud-est. Il renforcera les institutions de la région avec l’Europe et contribuera en définitive à la mise en œuvre des réformes, qui à leur tour renforceront la coopération et la compétitivité dans la région.
La libéralisation du régime des visas est un outil aux résultats directs et tangibles pour les ressortissants de ces pays; il permet à ces citoyens, notamment la plus jeune génération, de se rapprocher de l'Europe et de comprendre que les efforts de réformes dans leurs pays sont nécessaires.
Mesdames et Messieurs,
L’initiative grecque et la proposition de l’Agenda 2014 est la pierre angulaire de la mise en œuvre de la politique et du progrès dans tous les domaines. Elle constitue enfin un défi que devra relever l’UE.
L’Union européenne – et je pense que nous nous accorderons tous à ce sujet – est un modèle réussi de paix qu’ait jamais connu l’Europe. Ainsi, l’Union européenne doit également assumer ses responsabilités vis-à-vis de l’Europe du Sud-est, afin de contribuer activement et de façon déterminante à la paix et à la stabilité de notre région.
L’Europe du Sud-est fait partie intégrante de l'Europe. Elle est une partie historique de cette dernière.
Aussi envoyons-nous un message dans la région : son avenir proche se trouve au sein de l'Europe, de l'Europe unifiée, de la famille européenne.
Et dans ce cheminement, les pays de la région, les peuples de la région peuvent compter sur la Grèce en tant que partenaire fiable et ami.
Tel est le message simple et clair de la Grèce.
Je vous remercie de votre attention.