Athènes, le 7 février 2010
JOURNALISTE : Nous avons en ligne M. Dimitris Droutsas, ministre adjoint des Affaires étrangères. Bonjour M. Droutsas
M. D. DROUTSAS : Bonjour à vous et à nos chers auditeurs.
JOURNALISTE : Une question concernant votre visite aux Etats-Unis. Qu’avez-vous pensé de tout ce qui a été écrit, des commentaires disant que votre rencontre avec Mme Clinton n’a pas beaucoup duré ? Mais le fait que cette rencontre ait eu lieu, les doutes planant au sujet d’éventuels problèmes dans les relations gréco-américaines ont été dissipés. Y a-t-il un quelconque problème ?
M. D. DROUTSAS : Je ne pense pas qu’il y ait de problème. Je ne voudrais pas axer toute mon attention sur l’un de ces commentaires. J’aimerais axer mon attention sur le fond de la question. A savoir que cette visite dans un pays important, comme dans de nombreux autres pays, permet, d’une part d’échanger des vues, de discuter sur les grandes questions internationales, d’autre part de présenter ses propres positions sur des questions d’intérêt direct.
Je pense que lorsque l’on s’entretient avec des hauts fonctionnaires américains, cela est très important. Car les Etats-Unis sont un pays important sur la scène internationale actuelle. Il est donc primordial que ce pays connaisse, que les hauts fonctionnaires de ce pays connaissent en détail nos positions. Les positions de la Grèce sur toutes les questions d’intérêt commun.
Comme de nombreuses opinions sont exprimées s’agissant des relations entre la Grèce et les Etats-Unis, j’aimerais dire que la visite et les entretiens avec les hauts fonctionnaires se déroulent sur une base équitable. Il faut surmonter ces idées, ces perceptions au sujet d’une Grèce qui ne serait qu’un petit pays ayant peur de la grande Amérique.
Je le souligne donc, des relations égales, des consultations égales non seulement avec les Etats-Unis d’Amérique, mais avec tous les pays que nous visitons.
JOURNALISTE : Monsieur Droutsas, quel a été selon vous le résultat tangible de ces rencontres ? Une autre question concernant l’Afghanistan. Selon les informations disponibles, les Américains souhaiteraient une plus forte présence grecque en Afghanistan. Avez-vous reçu un message de cette teneur ?
M. D. DROUTSAS : Non jamais. Comme je vous l’ai dit, les entretiens se sont déroulés dans un climat particulièrement positif et chaleureux. Ce qui nous importait réellement était de transmettre l’image de la Grèce que nous souhaitons.
Au-delà des questions intéressant particulièrement la Grèce, le dossier chypriote, nos relations avec la Turquie, la question du nom de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine, la Grèce peut jouer un rôle important dans d’autres domaines, comme les Balkans.
Nous pouvons jouer un rôle important dans les développements au Moyen-Orient. Nous sommes un pont unissant l’Europe à cette région. C’est ce que nous voulions souligner. Que la Grèce a aussi des avantages, elle est un allié fiable et un partenaire équitable.
JOURNALISTE : Un allié fiable et un partenaire équitable, certes M. le ministre, mais pour ce qui est de la question des visas, pour l’ancienne ministre des Affaires étrangères ce n’était pas une question prioritaire dans les relations gréco-américaines et en fait s’agissant de cette question une solution ne semble pas se dessiner. Est-ce qu’il y a eu des erreurs de gestion de cette question pour la partie grecque en novembre dernier et est-ce la raison pour laquelle nous n’avons pas abouti à l’abolition des visas ?
M. D. DROUTSAS : Je vous remercie de me donner l’occasion de clarifier cette question. Bien entendu, la question des visas est importante pour la Grèce. Cette question concerne bon nombre de nos concitoyens qui voyagent aux Etats-Unis. Et nous voulons leur faciliter les choses. En ce qui concerne la Grèce, j’aimerais dire que toutes les modalités préalables et les conditions ont été remplies. Pour ce qui est des Etats-Unis, certaines procédures ne sont toujours pas achevées. Mes interlocuteurs me l’ont confirmé, ils m’ont dit que du côté grec nous étions prêts. Il ne faut pas oublier que dernièrement, certains événements ont perturbé les Etats-Unis au niveau interne pour ce qui est des questions de terrorisme. C’est pourquoi il convient d’être très prudent dans les derniers préparatifs.
Et puisque vous avez soulevé la question, permettez-moi de démentir catégoriquement les rumeurs disant qu’en novembre la question aurait pu être close et que le gouvernement pour des raisons internes et de publicité – et je ne sais quoi d’autre encore – a manqué cette occasion. Jamais cela n’a été le cas. En d’autres termes, jamais la partie américaine n’a dit « venez, nous allons clore la question » et jamais le gouvernement grec a répondu « non, nous ne sommes pas pressés, nous verrons cette question plus tard ».
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, vous avez mentionné tout à l’heure tout l’éventail des questions : les relations gréco-turques, le dossier chypriote, la question du nom de l’ARYM ; pourquoi ne publiez-vous pas les lettres du Premier ministre adressées à M. Erdogan malgré les vives sollicitations du chef de l’opposition, M. Samaras ?
M. D. DROUTSAS : Pour une simple raison. Car j’estime que si l’on veut être sérieux, on ne peut pas jouer avec la correspondance officielle du premier ministre grec. Nous avons informé les partis politiques et l’opinion commune de la teneur de ces lettres, j’en ai également informé le parlement lors du Comité Affaires étrangères.
J’ai même proposé, et nous le ferons au cours des prochains jours, d’informer en privé les chefs des partis politiques, s’ils le désirent, dès mon retour de voyage. Cela va se faire. Mais rendre public la correspondance officielle du premier ministre grec – permettez-moi de le dire – n’a pas de sens.
JOURNALISTE : Jusqu’à présent, toutefois, l’opposition se borne à la critique suivante : M. Papandréou, en agissant ainsi, semble changer le cadre des négociations s’agissant des questions gréco-turques. L’opposition souligne que pour la première fois un premier ministre grec accepte l’existence d’autres différends – outre celui du plateau continental – et ce, soit pour que ces différends fassent l’objet du dialogue gréco-turc, soit pour qu’ils soient renvoyés devant la Cour de la Haye. N’est-ce pas ?
M. D. DROUTSAS : C’est peut-être ce que dit l’opposition. Mais cela n’est pas vrai, nous l’avons dit à plusieurs reprises, même publiquement, depuis la tribune du parlement. Et comme je vous l’ai dit, je me ferais un plaisir d’informer quiconque le souhaitera afin que nous puissions clarifier cette question.
JOURNALISTE : Est-ce que cela concerne aussi les journalistes, M. le ministre ?
M. D. DROUTSAS : Je comprends que toute opposition a besoin de substance pour pouvoir exercer une critique ou engager un débat public, un bras-de-fer. Tout cela est légitime. Mais je le répète, ce n’est pas vrai.
JOURNALISTE : Je suppose qu’ils veulent être informés. Il a été convenu que les contacts exploratoires s’intensifient. On entend dire que vous vous rendrez très prochainement à Ankara, sans doute la deuxième quinzaine du mois. Quand aura lieu la prochaine rencontre au niveau des ministres des Affaires étrangères dans le cadre des contacts exploratoires ? Quand irez-vous à Ankara ? Car ces choses là ne sont pas connues.
M. D. DROUTSAS : Elles ne sont pas connues dans leur moindre détail car les derniers détails n’ont pas été convenus. Mais ce que vous avez dit personnellement est connu et je pense qu’il y a eu une séance d’informations détaillée après ma rencontre avec M. Davutoglu. Nous avons dit que nous voulions engager une coopération plus intense dans un grand nombre de domaines.
A cet égard, nous avons dit que nous allions réactiver des mécanismes qui ont existé et existent, du moins sur papier, depuis un certain temps. Il y a un comité de coordination des deux ministères des Affaires étrangères, dont les directeurs politiques sont chargés de coordonner ces efforts. Il y aura bientôt une rencontre des deux directeurs politiques. Comme cela a été annoncé et comme je l’ai affirmé après ma rencontre avec M. Davutoglu, ce dernier m’a invité à venir à Ankara, vers la fin du mois de février – début mars. Je lui ai répliqué que je répondrais à cette invitation une fois que les directeurs politiques auront fait les préparations nécessaires.
J’aimerais souligner la chose suivante. Il s’agit d’une procédure que nous voulons de nouveau engager. Une procédure vivante, dynamique. Au-delà des contacts officiels au niveau du ministère des Affaires étrangères, nous voulons essayer d’établir ces contacts au niveau d’autres entités, comme le monde des affaires, le milieu politique et dans d’autres domaines afin que nous puissions de nouveau développer et construire des relations plus positives, des relations de plus grande confiance entre les deux pays et les sociétés de nos deux pays. Voilà l’idée.
JOURNALISTE : Simplement, M. le ministre, vous avez dit que ce n’était pas une question de calendrier pour ce qui est de votre visite ou des prochaines rencontres au niveau des experts des directeurs politiques. Mais le Premier ministre lui-même, selon ce qui a été rendu public, dans sa lettre de réponse à M. Erdogan dit que ces questions doivent être abordées selon un calendrier précis. N’est-ce-pas ? Est-ce deux ans, trois ans ?
M. D. DROUTSAS : Je pense que l’un exclut l’autre. Quand je parle d’une procédure dynamique, cela n’exclut pas de voir si nous avons abouti à certains résultats, et ce, afin de voir de quelle façon nous allons avancer et si des pas supplémentaires doivent être faits. Voilà l’idée.
JOURNALISTE : Voyons un peu l’histoire, M. le ministre. Dans le passé, des efforts de ce genre avaient été faits en 1999 et un horizon à 2004 avait été fixé.
M. D. DROUTSAS : Exactement.
JOURNALISTE : A Helsinki en 1999, il avait été prévu un renvoi devant la Cour de la Haye en 2004, même s’il n’avait été clairement défini ce qui allait être renvoyé devant la Cour, la question du plateau continental seulement ou d’autres questions connexes.
M. D. DROUTSAS : Comme vous le savez, comme vous le dites si bien, il y avait ce calendrier qui avait été prévu par les décisions d’Helsinki, au niveau donc de l’UE elle-même. Il y a eu un changement de gouvernement en Grèce et donc un changement d’approche à l’égard de cette question.
JOURNALISTE : Par consentement mutuel avec M. Erdogan toutefois.
M. D. DROUTSAS : Nous pensons qu’une réelle occasion a été perdue et que nous n’avons pu avoir les résultats escomptés après un travail systématique de cinq ans.
JOURNALISTE : Je garde donc en tête ce que vous avez dit tout à l’heure, à savoir que la critique de l’opposition disant que vous voulez renvoyer devant la Cour d’autres différends n’est pas valable et que vous campez sur votre position, la position grecque concernant le plateau continental.
M. D. DROUTSAS : Il s’agit d’une position ferme de la Grèce depuis des décennies. En ce qui nous concerne du moins, rien n’a changé. JOURNALISTE : Concernant Skopje, est-ce que vous pensez que la visite de M. Nimetz changera quelque chose ? Attendez-vous une nouvelle proposition qui pourrait constituer une base de discussion ?
M. D. DROUTSAS : Nous n’attendons aucune nouvelle proposition. Nous attendons que les dirigeants politiques de l’Ancienne République yougoslave de Macédoine aient une attitude plus constructive afin que nous puissions clore cette question. Je n’aurais de cesse de souligner que la position grecque est claire et connue de tous. Il s’agit de notre ligne nationale rouge et tout le monde devra en tenir compte.
JOURNALISTE : Le fait de ne pas attendre de nouvelle proposition peut être interprété de deux façons. Soit que la proposition soumise par M. Nimetz – République de la Macédoine du Nord – est toujours valable, soit que les pourparlers s’enlisent que nous n’avons rien à attendre.
M. D. DROUTSAS : Je dirais d’attendre les prochaines semaines et les évolutions. Il s’agit d’une négociation et comme je l’ai dit la position grecque est claire et connue de tous.
JOURNALISTE : Très bien. Monsieur le ministre, je comprends que des coupes sombres sont en cours. Pouvez-vous nous dire – de manière générale – si le ministère des Affaires étrangères contribuera à l’effort de réduction des dépenses ?
M. D. DROUTSAS : Je pense que le ministère des Affaires étrangères déploie déjà de très grands efforts compte tenu des moyens dont il dispose. De nombreuses réductions ont été effectuées et j’aimerais saisir cette occasion pour remercier tous les collaborateurs, tous les employés du ministère des Affaires étrangères.
Non seulement le personnel diplomatique, mais le personnel de toutes les branches du ministère des Affaires étrangères pour leur compréhension et leur coopération.
Des avons procédé à des réductions, lorsque cela était possible, au niveau des transports, des voyages et des frais de fonctionnement du ministère. Nous étudions de nouvelles idées, voir comment réduire davantage les coûts et – je ne vous cacherais pas – éviter le gaspillage qui était fait dans le passé.
Nous voulons examiner de nouvelles possibilités de réformes qui nous permettront de réduire davantage les frais, comme un meilleur usage des technologies ou encore l’économie de papier. Le ministère des Affaires étrangères, comme chaque ministère, fait de réels efforts, des efforts sérieux dans ce sens.
JOURNALISTE : Monsieur le ministre, j’aimerais vous remercier pour cet entretien.
M. D. DROUTSAS : Bonne journée.