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Propos recueillis par Irene H. Velasco

 

Athènes, le 29 mai 2011

  

Q : De quelle façon les problèmes économiques influent-ils sur l’image internationale de la Grèce ?

 

R : Lorsque M. G. Papandréou a été élu Premier ministre en octobre 2009, les problèmes économiques de la Grèce avaient déclenché une crise de crédibilité.  Au cours de la dernière année et demie, le gouvernement grec et notamment le peuple grec, ont regagné leur crédibilité à travers la mise en place des plans de réforme et au terme d’énormes sacrifices du peuple, des sacrifices qui ont été reconnus par nos partenaires. L’année dernière nous avons réussi à réduire notre déficit de 5%. Nous avons procédé à des changements tout aussi nécessaires et difficiles au niveau du système de sécurité sociale et avons modernisé l’administration publique, tout en réduisant de manière drastique les dépenses. Et maintenant, nous allons venir à bout du reste du plan de redressement de l’économie en procédant à des privatisations à grande échelle.

 

Q : La crise économique suscite des conflits intenses au sein de l’UE, certains chefs européens pensent qu’Athènes doit régler seule ses problèmes économiques. Que pensez-vous de cela ? Que se serait-il passé si la Grèce avait été abandonnée à son sort ? 

 

R : Abandonner la Grèce à son sort, à savoir renoncer au principe de la solidarité européenne, n’est pas une option. Il s’agit d’une attitude adoptée par certains hommes politiques pour contenter l’opinion publique – ou plutôt ceux qui ne sont pas bien informés sur la question – au sein de leurs circonscriptions électorales. Aucun homme politique ne veut en fait que la Grèce soit abandonnée à son sort. Et, sans aucun doute, la Grèce n’est pas seule. Cela est un fait : nous sommes 27 partenaires au sein de l’UE dont les 17 participent à la zone euro. Par ailleurs, la Grèce a dès le premier moment clarifié qu’elle ne mendie pas. Elle ne demande pas l’aumône. Aussitôt que nous mettrons de l’ordre dans notre maison, nous rembourserons notre dette jusqu’au dernier centime.

 

Q : Quelles seraient les incidences d’une éventuelle faillite de la Grèce sur l’Union européenne ?

 

R : Je suis ministre des Affaires étrangères. Les discours alarmistes conviennent à ceux qui jouent les Cassandre. Et ils sont nombreux tant en Grèce qu’à l’étranger. Je pense que nous pouvons être plus clairs envers nos partenaires européens et internationaux : la Grèce n’a pas l’intention de ne pas rembourser ses dettes. Il existe des conditions plus importantes : la réforme du système de sécurité sociale, la réforme fiscale, la rationalisation de l’administration publique, la réduction des dépenses, les nationalisations. La Grèce marque la différence en transformant ces conditions dans des actions, des événements et des résultats.

 

Q : Il y a un an, le gouvernement grec a adopté un train de mesures dures en vue de réduire le déficit budgétaire. Toutefois, ces mesures n’ont pas apporté les résultats souhaitables. Que s’est-il donc passé ?

 

R : Ce qui est certain est qu’actuellement nous avons les premiers résultats importants et nous poursuivrons nos efforts soutenus et globaux en vue de sortir de la crise. Je ne peux que souligner le fait que ces résultats ont été acquis au prix d’énormes sacrifices. Ce dont la Grèce a besoin actuellement est de savoir qu’elle n’est pas seule.

 

Q : Le gouvernement vient d’annoncer un nouveau plan de privatisations lequel apportera, espérons-nous, 50 milliards d’euros avant 2015. Ce plan est la cible de virulentes critiques de la part de certains hommes politiques à travers des références patriotiques. Quelle est votre avis à cet égard ?

 

R : La valorisation des biens de l’Etat constitue l’une des principales composantes de notre plan puisque cela contribuera de manière considérable à la réduction de la dette publique. Au sein d’une République, la tâche des partis de l’opposition est de s’opposer, d’exercer des pressions et de garantir la transparence dans la prise des décisions.

 

Toutefois, invoquer des arguments patriotiques pour s’opposer à ce plan, n’est que de l’opportunisme pur. Nous élaborons le plan de privatisations avec la plus grande attention. Je peux assurer tous les investisseurs étrangers que les investissements quels qu’ils soient dans notre pays, seront profitables.

 

Q : Dans ce contexte, que diriez-vous aux investisseurs étrangers potentiels pour les convaincre d’investir en Grèce ?

 

R : Si j’avais 20 secondes pour convaincre un investisseur d’investir en Grèce, j’avancerai trois arguments : Premièrement, la Grèce est en train de mettre de l’ordre dans sa maison et une activité quelle qu’elle soit liée au redressement économique de la Grèce sera profitable. Deuxièmement, la Grèce offre des opportunités d’investissement dans les domaines du tourisme, de l’énergie, des transports, des télécommunications. Troisièmement, les investisseurs jouiront du plein soutien du gouvernement, non seulement maintenant mais aussi à l’avenir lorsque la Grèce sera un marché moderne et particulièrement compétitif.

 

 

 

Q : Les économies du Portugal et de l’Espagne sont confrontées à des problèmes. Pensez-vous que nous pourrions qualifier cette crise de méditerranéenne ?

 

R : De fortes pressions sont exercées par les marchés de capitaux et les agences de notations, sur l’Espagne, le Portugal et l’Irlande. Et tous ces pays connaissent des problèmes liés à des taux élevés de chômage  et de croissance faible. Mais il serait une erreur de qualifier cette crise de méditerranéenne. Tous les cas sont différents, en dépit du fait que la crise a été aggravée par une série de facteurs communs, y compris la spéculation des marchés financiers. Afin de faire face à cette crise et nous espérons que nous la surmonterons, nous devons la considérer comme une crise européenne. La crise n’est pas un problème exclusif des pays qui ont jusqu’à l’heure actuelle été touchés de plein fouet par la crise. Ce serait une erreur colossale, dans les conditions actuelles, de se retrancher derrières les intérêts nationaux lesquels, dans certains cas, vont à l’encontre des principes fondamentaux et des valeurs les plus profondes de la vision européenne. La solidarité entre les Etats membres de l’UE est indispensable si nous voulons que nos efforts soient couronnés de succès.

 

Q : Est-ce que cette crise oblige la Grèce à limiter sa participation aux missions internationales ? Je pense, par exemple à la Libye…

 

R : Au-delà de la réduction des dépenses, nous axons notre attention sur les moyens qui nous permettront de valoriser de manière plus profitable notre argent. Chaque euro dépensé à l’étranger, doit être utilisé à la promotion de nos intérêts nationaux, en tant que membre de l’UE ou de la communauté internationale. La Libye est un exemple révélateur dans ce sens. La Grèce a joué un rôle décisif dans l’opération d’évacuation des Européens et des ressortissants des pays tiers en Libye, en accueillant des milliers de personnes en Crète. Nous avons soutenu les opérations de l’OTAN tout en mettant à disposition nos installations à nos alliés et nous avons envoyé une aide humanitaire.

 

 




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